Des hommes armés ont mené un raid dans le camp de réfugiés de Maghazi, situé au centre de Gaza, apparemment avec le soutien de l’armée israélienne.
Par Maram Humaid, le 8 avril 2026

Lundi midi, Asaad Nteel et sa famille ont été terrifiés par l’irruption soudaine d’un groupe d’hommes armés dans leur maison, située à l’est de Maghazi dans le centre de la bande de Gaza. Aucun avertissement n’avait annoncé leur venue.
Les membres de la famille se sont rapidement retrouvés au cœur d’une fusillade impliquant un groupe armé palestinien, actif dans les zones de la bande de Gaza contrôlées par Israël depuis la fin de la guerre brutale menée par ce dernier.
Au début, Nteel et sa famille ont pensé que les hommes armés, qui s’étaient précipités dans leur maison alors que des tirs nourris grondaient à l’extérieur, devaient être des soldats israéliens, car ils vivent tout près de la « ligne jaune » qui sépare les zones palestiniennes et celles contrôlées par Israël à Gaza.
Les hommes armés se sont toutefois rapidement présentés à la famille comme les « Forces populaires de lutte contre le terrorisme », un groupe armé opérant dans le centre de Gaza avec le soutien de l’armée israélienne.
« Ils ont enfoncé les portes, ont arrêté mon oncle et un autre homme, et les ont emmenés vers une zone proche de la ligne jaune », a déclaré Nteel à Al Jazeera.
Nteel, sa femme et leur famille élargie, y compris ses parents et ses frères et sœurs qui se trouvaient dans l’appartement du dessus, racontent qu’ils sont restés figés de peur.
« Les membres de la milice nous ont ordonné de nous rassembler dans une seule pièce et de ne pas bouger du tout », a expliqué Nteel.
« Nous avons choisi de ne pas résister pour qu’ils ne nous fassent pas de mal, ni aux enfants et aux femmes qui étaient avec nous. »
Alors que la famille s’entassait dans une seule pièce de la maison, les hommes armés se sont positionnés près des fenêtres et des ouvertures, échangeant des coups de feu avec d’autres hommes, vraisemblablement affiliés au Hamas.
La famille a découvert par la suite que leur maison était l’une des quatre du quartier que le groupe armé avait utilisées comme couverture pendant cette bataille.
« Nous n’avons pas compris exactement ce qui se passait ni ce que ces milices voulaient. Nous sommes restés ainsi jusqu’à ce qu’ils reçoivent l’ordre de se retirer », a déclaré Nteel.
Avant de partir, les hommes armés ont longuement interrogé Nteel pour savoir si des habitants du quartier étaient affiliés au Hamas.
Ils l’ont également accusé d’avoir tenté de les filmer après avoir repéré des appareils photo dans la maison. Il a tenté de les convaincre que les appareils ne fonctionnaient pas et leur a expliqué que sa femme et lui avaient travaillé comme photographes de mariage avant la guerre.
« Ils ont cru mon histoire à contrecœur et l’ont vérifiée auprès de mon père, mais ils ont tout de même confisqué tout mon matériel, mes appareils photo et mes objectifs », raconte-t-il.
Avec le soutien de l’armée israélienne
La fusillade dans laquelle la famille Nteel s’est retrouvée terrifiée lundi n’était qu’un épisode d’une série de raids et d’affrontements menés par des membres de gangs armés dans la partie est du camp, qui ont fait au moins 10 morts parmi les Palestiniens et des dizaines de blessés ce jour-là, selon les rapports de l’hôpital Al-Aqsa.
Le ministère de la Santé a également fait état de 10 morts et de 44 blessés lors des violences survenues lundi à Maghazi.
Les habitants affirment que les hommes armés ont bénéficié de la couverture et du soutien des forces israéliennes.
L’attaque a commencé lorsque des groupes armés se sont approchés depuis la ligne jaune, se dirigeant vers des habitations civiles et l’école préparatoire pour garçons d’Al-Maghazi, gérée par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), qui héberge un grand nombre de personnes déplacées.
Alors que les tirs s’abattaient sur l’école, les habitants ont tenté d’arrêter les hommes, déclenchant des affrontements.
Mohammad Jouda, 37 ans, l’un des déplacés vivant dans l’école, raconte à Al Jazeera depuis l’hôpital Al-Aqsa que les gens ont été pris complètement au dépourvu par les tirs, suscitant panique et chaos.
« Nous ne pouvions absolument pas bouger à cause de l’intensité des tirs. Des hommes armés ont pris d’assaut l’école et ont commencé à tirer directement à l’intérieur… c’était la panique et le choc à l’état pur. L’école est pleine de personnes déplacées, d’enfants et de femmes. Puis, quelques minutes plus tard, des avions de combat ont frappé le portail de l’école… nous étions encerclés de tous côtés… il y avait des victimes partout. »
La résistance des habitants locaux et des personnes à l’intérieur de l’école ont poussé les forces israéliennes à leur fournir une couverture de tir, permetant aux hommes armés de se retirer, dit-il.
Khaled Abu Saqr, un autre habitant de Maghazi, confie à Al Jazeera que les événements de lundi ont été « un choc majeur » pour les habitants et les personnes déplacées, les rues du camp s’étant transformées en « zone de guerre ».
« Je me trouvais à environ 400 mètres [1 300 pieds]. Les gens ont commencé à dire qu’il y avait un raid, puis la nouvelle s’est répandue que des milices soutenues par Israël avançaient », raconte-t-il.
« Beaucoup de gens se sont rassemblés, essayant de leur faire face et d’arrêter leur avancée au milieu d’affrontements violents. Soudain, plusieurs missiles de reconnaissance ont été tirés. »
Selon des témoins oculaires, des foules importantes ont été prises pour cible par des tirs ou des bombardements, en particulier près de l’école bondée de civils déplacés.
« Je regardais et j’essayais de me cacher pour éviter d’être touché. Les gens couraient, pris de panique ; des femmes et des enfants fuyaient les milices, tandis que les rues se remplissaient de voitures transportant les blessés et les morts », témoigne Abu Saqr à Al Jazeera.
L’incident a suscité une indignation généralisée sur les réseaux sociaux, où des militants ont partagé des vidéos montrant les victimes transportées vers les hôpitaux.
« Les bombardements et le sang ne cessent jamais »
Ces groupes sont répartis géographiquement à travers Gaza et opèrent près des lignes de front, où ils ont profité de l’effondrement de la sécurité provoqué par la guerre. Selon les analystes, les rapports indiquent qu’ils se composent pour la plupart de petits effectifs et qu’ils opèrent en dehors des structures traditionnelles.
Il y en a un à l’extrême nord, à Beit Lahiya ; et un deuxième, également dans le nord, à l’est de la ville de Gaza, plus précisément à Shujayea.
Dans le centre de Gaza, principalement à l’est de Deir al-Balah, se trouve un troisième groupe responsable de l’attaque de Maghazi.
Dans le sud, un quatrième groupe est présent à l’est de Khan Younis. Il existe également un cinquième groupe dans le sud, à Rafah.
Ces groupes semblent opérer près des zones situées le long de la « ligne jaune ».
Selon Abu Saqr, à Maghazi, les violences de lundi ont duré plus d’une heure et demie, causant une détresse extrême aux habitants qui, selon lui, ne soutiennent pas ces groupes.
« Les forces de sécurité et de nombreux civils ont tenté de s’opposer aux milices. Les gens les rejettent fermement et ont essayé de les arrêter par tous les moyens, mais ils ont été bombardés… la scène ressemblait à un massacre. »
« Ils disent qu’il y a une trêve et un cessez-le-feu… ce ne sont que des mensonges. Les bombardements, les meurtres et le sang ne cessent jamais. Nous sommes épuisés. »
En effet, depuis le début supposé du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas le 11 octobre, quelque 733 Palestiniens ont été tués à Gaza et 2 034 blessés. À cela s’ajoutent 759 corps retrouvés.
Le Centre de Gaza pour les droits de l’homme affirme qu’Israël soutient de plus en plus ces groupes pour mener des opérations au sein de camps et de quartiers densément peuplés.
Il affirme que des drones armés ont apporté un soutien direct lundi, tirant intensément et au hasard dans les ruelles du camp pour faciliter le retrait des miliciens.
Le Centre ajoute avoir documenté des actes de violence antérieurs commis par ces groupes, notamment le pillage de convois d’aide, des enlèvements, des actes de torture et des meurtres, avec la couverture ou le soutien de l’armée israélienne.
Sur le plan juridique, souligne-t-il, la formation et le soutien de tels groupes armés constituent une violation de la quatrième Convention de Genève de 1949. Israël a ratifié les Conventions de Genève en 1951.
L’émergence de ces groupes armés à Gaza représente une « escalade dangereuse et un déni de responsabilité juridique », estime l’organisation de défense des droits humains. Elle appelle la communauté internationale et les Nations unies à ouvrir d’urgence une enquête indépendante, à traduire les responsables en justice et à garantir une protection effective des civils.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera



