Gaza ne pourra être reconstruite tant que les Palestinien·nes ne contrôleront pas leur propre avenir politique

Par Alaa Tartir, le 3 mai 2026. 

Alors qu’Israël profite de la reconstruction pour imposer de nouvelles conditions coloniales à Gaza, seul un renouveau politique mené par les Palestinien·nes eux-mêmes, et non des initiatives extérieures, peut mener à un véritable redressement

Des Palestinien·nes passent devant une affiche électorale à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 18 avril 2026 (Haseeb Alwazeer/Reuters)

Après qu’Israël et ses soutiens internationaux ont ravagé la bande de Gaza au cours des 30 derniers mois, leur priorité s’est déplacée vers la mise en place des mécanismes complexes de la phase suivante. Cet effort vise à garantir une domination et un contrôle absolu en imposant des structures globales et des conditions pour « l’après-conflit », consolidant ainsi les projets coloniaux sous le couvert d’un soi-disant cessez-le-feu et d’une reconstruction.

Au lieu de rendre des comptes et de se soumettre à l’État de droit, Israël et ses partisan·es continuent d’imposer la logique de la force coercitive. Ils ne montrent aucun respect pour les normes ou les lois, persistant – et intensifiant même – leurs efforts coloniaux.

Pire encore, de nombreux acteurs internationaux et régionaux traitent Israël comme un « partenaire », une « partie légitime », un « contrôleur », un « gestionnaire » et un « régulateur » de la reconstruction de Gaza, plutôt que de le punir et de l’isoler pour les crimes qu’il a commis – de la Nakba au génocide – au cours des deux dernières années et depuis sa création en 1948.

La « normalisation » des crimes et de la destruction sous le couvert de la « construction de la paix » n’apportera ni paix ni justice à quiconque. Au contraire, elle fournit à Israël et à ses allié·es un prétexte pour remodeler la région à leur guise.

Traiter Israël comme un État « normal » aura non seulement des répercussions pour les Palestinien·nes, mais s’étendra bien au-delà, comme nous l’avons vu à maintes reprises au cours des deux dernières années et dans les événements qui se déroulent depuis le 28 février 2026.

La « normalisation » des crimes et des destructions sous le prétexte de « rétablir la paix » n’apportera ni paix ni justice à qui que ce soit

Rien ne justifie de traiter comme normal un État qui viole quotidiennement le droit international par le biais du colonialisme de peuplement, de l’apartheid, de l’occupation militaire et du génocide, perpétuant ainsi une Nakba qui se poursuit.

Les efforts visant à gérer l’« après-guerre » à Gaza selon la vision israélienne – avec ses nouvelles frontières territoriales, sa géographie modifiée et les conditions imposées en matière de gouvernance – reviennent à capituler devant la permanence coloniale, même si celle-ci se présente sous de nouvelles appellations.

La plupart des plans pour « l’après » visent à restreindre l’autonomie palestinienne et à fragmenter l’identité collective. Il faut s’y opposer.

Ce qui s’est produit tout au long du processus des Accords d’Oslo ne peut se répéter après trois décennies de division. La fragmentation politique palestinienne n’est pas fortuite, mais un mécanisme de contrôle délibéré imposé par le régime israélien.

Les Palestinien·nes doivent donc s’engager dans un contre-processus. Ils doivent refuser de se soumettre à de nouvelles conditions coloniales, même lorsque celles-ci semblent moins brutales ou sont présentées sous le couvert de résolutions de l’ONU qui représentent une nouvelle version de la domination coloniale. Quatre domaines clés requièrent une attention urgente.

Renouveau politique

Le cadre des accords d’Oslo et ses conséquences ont affaibli l’appareil politique palestinien à un point critique, permettant ainsi au colonisateur d’imposer sa domination. Il est donc essentiel de reconstruire l’autonomie politique palestinienne.

Cela nécessite des mesures concrètes qui renforcent la résistance au colonialisme et font progresser la liberté. Ce n’est ni un luxe ni une option. C’est une mesure préventive nécessaire pour restaurer les leviers de force palestiniens face à un pouvoir colonial qui ne cesse de s’étendre.

La reconstruction est également un moment crucial pour redéfinir le leadership politique et technique palestinien. Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?

Un modèle de gouvernance collective, dépassant les structures défaillantes de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), pourrait ouvrir la voie à l’autodétermination.

Ce n’est que lorsque les Palestinien·nes pourront envisager et imaginer des modèles et des structures politiques différents que le processus de transformation de cette vision en réalité pourra commencer.

En cette période de danger sans précédent, le renouveau politique est une question de survie collective. Pourtant, ceux qui détiennent le pouvoir restent réticents à s’y attaquer. La reconstruction politique est une condition nécessaire à la libération et ne peut être reportée.

Il n’est plus acceptable que le dialogue palestinien reste confiné à des acteur·rices dépourvu·es de légitimité ou de représentativité, ou à des factions déterminées à perpétuer la division. Un dialogue national global n’est pas facultatif ; il est impératif, urgent et inévitable.

Ses cadres, ses outils et ses objectifs doivent changer en profondeur. Les échecs répétés du dialogue au cours des deux dernières décennies démontrent que les modèles actuels ne permettent ni d’unifier les Palestinien·nes ni de coordonner une action collective.

Toute marginalisation du rôle de la société civile dans la construction de l’avenir de Gaza n’apportera que davantage de faiblesse, d’humiliation, de fragmentation et de désintégration – non seulement sur le plan social, mais aussi sur le plan politique.

Revendications de la société civile

L’appel lancé en mars 2025 par les acteur·rices de la société civile palestinienne a tracé la voie à suivre. Il a mis en avant le sumud, la ténacité palestinienne, comme un puissant moyen de résister aux déplacements forcés.

Il a appelé à la formation d’un front palestinien uni pour mettre fin aux divisions internes. Il a proposé la mise en place d’un mécanisme national temporaire chargé de gérer les opérations de reconstruction et de secours à Gaza.

L’appel exigeait la mise en place immédiate d’une direction palestinienne élue dans un cadre démocratique, ainsi qu’un mécanisme international de soutien, sans caractère de tutelle, pour accompagner le processus de transformation. Il exigeait le retrait total d’Israël de Gaza, des sanctions et la mise en cause de la responsabilité des criminel·les de guerre.

Enfin, il a appelé à garantir la souveraineté palestinienne et le droit à l’autodétermination, ainsi qu’à s’attaquer aux causes profondes du cycle de destruction.

L’appropriation palestinienne doit aller au-delà de la reconstruction pour englober une vision régionale plus large. Il est urgent de disposer de perspectives palestiniennes indépendantes, libres de toute subordination aux intérêts régionaux et internationaux.

Il est urgent de disposer de perspectives palestiniennes indépendantes, libres de toute subordination aux intérêts régionaux et internationaux. 

La région connaît une transformation constante, marquée par des alliances changeantes et une situation en constante évolution. Les Palestinien·nes doivent développer leur propre lecture de ces dynamiques.

Même si ces perspectives n’ont qu’un poids limité dans les calculs mondiaux, elles affirment une volonté politique de façonner l’avenir plutôt que de subir celui qui leur est imposé par d’autres, y compris la puissance coloniale qui les domine.

Le processus de reconstruction révèle le lien indissociable entre l’humain, le social et le politique.

Ce lien devient encore plus prononcé dans un contexte colonial, en particulier lorsque les efforts de reconstruction visent à « embellir » et à « normaliser » la domination coloniale.

Résister à ce processus est essentiel à la reconstruction des capacités de résistance et d’action des populations vivant sous la domination coloniale.

Source : Middle East Eye 

Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine

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