« Apologie du terrorisme » : le procès d’Omar Alsoumi renvoyé au 7 décembre

Par Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, le 7 mai 2026

Le procès d’Omar Alsoumi, cofondateur et porte-parole du collectif Urgence Palestine, a été renvoyé au 7 décembre 2026, à la demande de ses avocats. Visé par des accusations d’« apologie du terrorisme », ce militant franco-palestinien fait l’objet d’un contrôle judiciaire sévère, qui a été allégé lors d’une audience tenue le 6 mai.

Cofondateur et porte-parole du collectif Urgence Palestine, menacé de dissolution, Omar Alsoumi sera finalement jugé le 7 décembre prochain. Il était attendu au tribunal correctionnel de Paris le 6 mai pour une audience de fixation lors de laquelle les juges ont accédé à la demande de renvoi de ses avocats. « On a demandé le renvoi du procès pour avoir le temps de plaider sérieusement cette affaire politique. Ce n’est pas une contravention pour excès de vitesse et deux heures de procès [initialement prévus], c’est indigne par rapport aux enjeux de notre lutte », explique Omar Alsoumi à l’Agence Média Palestine. Au moins cinq organisations se sont portées partie dans cette affaire : le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), la Ligue internationale contre racisme et l’antisémitisme (Licra), l’Observatoire juif de France (OJF), l’association LÉA (Lutte pour l’Égalité dans l’Antiracisme) et l’association CHAR (Contre la Haine, l’Antisémitisme, le Racisme). 

Pour rappel, dans un signalement de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, auprès du parquet le 17 mars 2025, des propos tenus par Omar Alsoumi lors d’une manifestation le 3 novembre 2024 sont dénoncés. Le même Bruno Retailleau avait également émis son intention de dissoudre le collectif Urgence Palestine. Comme le rapporte le journal l’Humanité, le parquet avait également annoncé avoir reçu un signalement du préfet de police en date du 8 octobre 2025, dénonçant d’autres propos tenus par Omar Alsoumi lors d’une manifestation quatre jours plus tôt. 

« Je récuse le jugement d’un régime politique complice du génocide de mon peuple »

Dans son livre intitulé Enfant de Palestine, paru le 28 janvier aux éditions Les Liens qui libèrent et dont les bonnes feuilles ont été publiées sur le site Orient XXI, Omar Alsoumi revenait sur les propos qui lui valent ces poursuites : 

« Je vais être jugé pour avoir fait l’apologie de la révolution décoloniale. (…) Lors d’un discours sur un camion dans une manifestation en novembre 2024, j’ai parlé d’amour et de fraternité sans frontières, de notre exigence de droit et de justice. Dans cette manifestation et tant d’autres, j’ai dit que nous étions résolument les héritiers des luttes anticoloniales pour l’indépendance, de celles et ceux qui ont caché les juifs durant la Seconde Guerre mondiale, résisté au nazisme et au fascisme. J’ai fait l’éloge de nos révolutions passées et à venir. En deux années de mobilisation, j’ai parlé dans des dizaines d’événements, manifestations, conférences, débats, interviews. Je n’ai pas su consigner toutes ces phrases, ces arguments, ces faits, témoignages, analyses. Ce qui m’est reproché consiste en une phrase, détachée de tout contexte, suspendue entre les guillemets de l’accusation, entre des articles numéro xy alinéa lambda du Code pénal. En effet, j’ai lancé : “Est-ce qu’on est d’accord pour continuer d’être ce déluge, ce Déluge d’Al-Aqsa, qui partout à travers le monde, inonde les rues, inonde les âmes, inonde les consciences, ce déluge qui déborde, ce déluge qui amène l’eau de la vie et qui fait pousser les graines de la résistance et de la libération ?”. Cette phrase semble remplir les critères de ce que le ministère de la justice français aurait à me reprocher. Pour ma part, je récuse le jugement d’un régime politique complice du génocide de mon peuple, qui continue à livrer des armes et à offrir l’impunité aux criminels de guerre sionistes. »

Plus haut, il expliquait : « ce qu’on appelle la “bataille du Déluge d’Al-Aqsa” dans le monde arabe, c’est l’ensemble de cette période de deux ans. Le Déluge d’Al-Aqsa inclut ces longs mois de guerre génocidaire visant à détruire la résistance palestinienne et sa base sociale, cette lutte farouche de tout un peuple pour déjouer les plans de la machine de guerre coloniale et cette mobilisation sans frontières pour la libération de la Palestine. »

« L’apologie du terrorisme » est utilisée par l’État  comme l’arme de destruction massive contre la liberté d’expression et le mouvement de solidarité avec la Palestine.  Il faut redoubler d’efforts pour faire front ! » a déclaré son avocate Elsa Marcel à la sortie du tribunal où plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées. De nombreuses personnalités se sont relayées pour prendre la parole en soutien à Omar Alsoumi parmi lesquelles le député insoumis Thomas Portes, le militant de Révolution permanente Anasse Kazib, Béatrice Orès de l’Union juive française pour la paix (UJFP) et un porte-parole de Tsedek, organisation juive antisioniste. 

Dans son discours, Omar Alsoumi a rappelé que l’Etat israélien a consacré « plusieurs centaines de millions de dollars à ce type de procès », appelant à se renforcer et à s’organiser contre ces « offensives ». Il fait référence au quadruplement du budget de la « communication publique » israélienne pour 2026 (720 millions contre 150 millions pour 2025), comme nous le développions dans cet article.

Il a également annoncé le lancement d’une grande souscription pour soutenir Urgence Palestine. « Face à la menace de dissolution, face à la répression on continue à s’organiser de façon efficace pour porter la bataille juridique mais aussi pour développer notre lutte contre l’impunité des sionistes et continuer de former des militant.es dans les universités, les quartiers, et notre capacité à faire porter notre lutte y compris dans les espaces médiatiques, en particulier par la production de rapports comme on l’a fait récemment sur l’armement et comme on s’apprête à le faire sur la question de la répression également », explique-t-il à l’Agence Média Palestine.

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