Bilan hebdomadaire de la situation en Cisjordanie occupée (05-12 mai 2026)

Par l’Agence Média Palestine, le 12 mai 2026.  

Les terres agricoles palestiniennes prises pour cible

« Nous construisons la Terre d’Israël et détruisons l’idée d’un État palestinien ». Ces propos ont été tenus le 8 mai par le ministre Israélien des Finances Bezlalel Smotrich revendiquant l’annonce de l’arrachage de 3 000 arbres plantés par des Palestinien·nes, afin de permettre la construction d’une nouvelle colonie. Cet arrachage massif n’est pas un cas isolé et s’inscrit dans une politique d’attaques visant les terres agricoles palestiniennes. Incendies de bâtiments agricoles, destructions de canalisations, démolitions d’hectares de serres et blocages de routes agricoles, tout est fait pour fragiliser les moyens de subsistances des Palestinien·nes.

Le 6 mai, le directeur général de l’agriculture de Hébron a déclaré au média WAFA que plusieurs milliers d’arbres fruitiers avaient été coupés dans la région, soulignant que les récoltes constituent l’une des principales sources de revenus pour de nombreuses familles. Ces arbres ont été coupés afin de permettre l’élargissement de la Route 60, un axe majeur reliant plusieurs colonies israéliennes.

Plusieurs attaques ont en outre été recensées cette semaine contre des agriculteur·ices alors qu’ils labouraient la terre. Ce fut le cas pour Muhammad Abdul Fattah Diriya, qui a été agressé le 8 mai au sud de Bethléem par des colons. Son téléphone portable lui a également été dérobé.

Le lendemain, les forces d’occupation et des colons ont empêché de nombreux·ses fermier·ères de labourer leurs terres au nord-ouest de Jérusalem, les forçant à quitter la zone. Le bétail est lui aussi pris pour cible, comme c’est le cas à l’est de Ramallah ou environ 80 têtes de bétail ont été volées lors d’une attaque menée par des colons armés.

Israël relance l’offensive contre les accords d’Oslo

Ce 10 mai, la commission ministérielle de la Knesset israélienne a approuvé un projet de loi visant l’abrogation définitive des accords d’Oslo de 1993, qui avait donné naissance à l’Autorité palestinienne et divisé la Cisjordanie en 3 zones (A, B et C). Limor Son Har-Melech, députée d’extrême droite à l’origine de ce projet, a clairement exprimé son intention :

« Nous avons promis d’empêcher la création d’un État palestinien, et il est maintenant temps d’encourager la colonisation dans les zones A et B [placées respectivement sous contrôle administratif palestinien total et partiel] et d’annuler les désastreux accords d’Oslo. ».

Déjà, la semaine dernière, lors de l’annonce de la création de 126 unités de logement dans l’ancienne colonie de Sanur, le ministre de la Justice, Yariv Levin, a lui-même fait le parallèle lorsque les discussions sur le projet de loi ont été reportées, en déclarant « tout comme nous sommes retournés à Sa-Nur, nous retournerons dans d’autres endroits ».

La recolonisation de Sanur s’inscrit dans le cadre d’un projet incluant également la réactivation des colonies de Homesh, Tarsala et Ganim. Le 8 mai, l’armée israélienne était déjà présente sur le site de Ganim afin de procéder à des relevés et des mesures de la zone.

Le même jour, des colons israéliens ont ouvert une route au nord-est de Ramallah, permettant de relier plusieurs avant-postes de colonisations dans la région et ainsi s’approprier davantage de terres palestiniennes.

Cimetières, terrains de football, universités : les espaces palestiniens pris pour cible par les colons.

Dans le village de Jaba, Hussein Asasa a trouvé la mort à l’âge de 80 ans, de causes naturelles. Son enterrement avait été planifié pour le 8 mai et sa mise en terre s’est faite dans le cimetière du village, après l’obtention d’autorisations demandées en amont par sa famille aux autorités d’occupation israéliennes. Seulement, quelques heures plus tard, des colons sont arrivés sur les lieux et ont eux-mêmes commencé à creuser pour déterrer le corps.

Une fois la famille alertée et revenue sur place, elle s’est vu imposer un choix : réinhumer le corps ailleurs ou laisser les colons s’en charger eux-mêmes. Le motif avancé à cette exhumation était que la tombe serait trop près de leur colonie, le cimetière étant situé à proximité de l’avant-poste de Tarsala. Le chef du Bureau des droits de l’homme des Nations Unies, Ajith Sunghay, a qualifié cet incident d’« effroyable », affirmant qu’il « incarne la déshumanisation des Palestiniens à laquelle nous assistons dans l’ensemble du territoire palestinien occupé ».

Cette violence dont font preuve les colons s’est illustrée dans d’autres incidents cette semaine.

Le 9 mai, à Umm al-Khair près d’Hebron, des colons ont fait irruption sur un terrain de football et ont empêché les enfants palestinien·nes de jouer. Ce terrain avait été construit deux ans auparavant grâce à des fonds étrangers, afin d’offrir un espace de jeux aux enfants de ce village. Situé en zone C, il faisait l’objet, depuis février, d’un ordre de démolition émis par Israël, à la suite d’une plainte de l’organisation Regavim, qui s’oppose aux constructions palestiniennes dans cette zone. Les colons ont intimidé les enfants qui jouaient là, notamment en entonnant des chants religieux juifs, tandis que les petits les regardaient, assis et silencieux.

Le 11 mai, un membre extrémiste de la Knesset, a pris d’assaut un évènement commémoratif de la Nakba organisé à l’université hébraïque de Jérusalem en proférant des menaces directes à l’encontre des étudiant·es participant à l’évènement.

Face à la brutalité de ces violences, l’Union européenne à approuvé le 11 mai, de nouvelles sanctions visant des colons et organisations de colons impliqués dans les violences contre les Palestinien·nes en Cisjordanie occupée. Le président du Conseil national palestinien, Rawhi Fattouh, a félicité cette décision dans un communiqué, tout en soulignant la reconnaissance tardive de la gravité du projet colonial et des crimes commis par les colons contre le peuple palestinien en Cisjordanie.

Cette décision a été rejetée par le gouvernement israélien. Le ministre des Affaires Étrangères Gideon Sa’ar a d’ailleurs qualifié ces sanctions comme « sans fondement ».
Les Nations Unies font état de plus de 760 attaques de colons recensées depuis le début de l’année, soit une moyenne de six par jour.

Poursuites des démolitions et expulsions forcées

Les opérations de démolition et d’expulsions se sont poursuivies cette semaine. Le 6 mai, dans la ville d’Al-Eizariya à Jérusalem, les forces d’occupations ont informé les habitants de leur intention de démolir cinquante commerces et installations situés à l’entrée de la ville, en leur donnant jusqu’au dimanche suivant pour régulariser leur situation.

Le même jour, dans la ville de Shuqba, à l’ouest de Ramallah, les forces d’occupation ont démoli deux maisons avec des bulldozers militaires. Les propriétaires n’ont été avertis que quelques jours avant de l’ordre de démolition. Huit personnes se retrouvent ainsi sans domicile.

Le lendemain, à Jérusalem, dans le quartier d’Abu Tahey, au sud de la mosquée Al-Aqsa, Mohammed Mahmoud al-Abbassi a été contraint d’évacuer sa maison et de la démolir de ses propres mains. Il a en effet dû lui-même procéder à la destruction de son domicile afin d’éviter de lourdes amendes et des frais imposés par la municipalité israélienne si la démolition est exécutée par cette dernière. Père de famille, il doit désormais trouver un autre endroit où vivre, alors que son épouse attend un troisième enfant dans les prochaines semaines.

Pour le mois d’avril, la Commission de résistance au mur et aux colonies a constaté que les autorités d’occupation ont mené 37 opérations de démolition, touchant 78 installations, dont 37 maisons habitées. Selon les habitant·es palestinien·nes, Israël profiterait du contexte de guerre et de l’impunité actuelle pour accélérer les expulsions.

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