Ce que le témoignage de soldats israéliens révèle de l’ampleur de la déshumanisation des Palestiniens

Lorsque des soldats témoignent avoir reçu l’ordre de tirer sans distinction à Gaza, les médias israéliens n’en déplorent que les victimes israéliennes.

Par l’Agence Média Palestine, le 12 mai 2026



Si le silence règne encore sur les crimes israéliens commis à Gaza et en Cisjordanie, ce n’est pas du fait de l’armée israélienne, qui ne se cache pas de ses exactions. C’était encore le cas la semaine dernière, lorsqu’un soldat israélien a témoigné, sur le média israélien Channel 13, avoir reçu à Gaza l’ordre de « tuer toute personne marchant sur deux jambes ».

Tirer pour tuer

« Un homme, quel que soit son âge, on ne plaisante pas avec ça ; on le tue immédiatement », explique le soldat. « Ils nous ont même dit que s’il s’agissait d’une femme ou d’un enfant, il fallait faire preuve de discernement, parce que tout peut arriver », ajoute-t-il avant de préciser avoir reçu les même consignes concernant les ânes.

L’homme témoigne sous anonymat, et ce n’est pas par remord envers les Palestinien-nes qu’il a assassiné qu’il parle : il s’adresse à la mère d’un otage irsaélien qu’il a tué par “erreur” par l’armée israélienne à Gaza.

Il s’agit d’une enquête sur un événement survenu en décembre 2023, lorsque des soldat·es israélien·nes ont tué trois otages israéliens dans le quartier de Shujaiya, à Gaza, alors qu’ils étaient torse nu, agitaient un drapeau blanc et ne représentaient visiblement aucune menace.

Dans ce documentaire, la mère d’un des otages tués explique avoir parlé avec de nombreux soldats impliqués, et que chacun d’entre eux rapporte avoir reçu le même ordre de la part de l’armée. « Tous les soldats à qui j’ai parlé m’ont dit la même chose », raconte-t-elle. « Ils ont reçu un ordre sans équivoque : tout ce que vous voyez, n’hésitez pas, même s’il s’agit de civils. Vous tirez pour tuer. »

Un autre soldat présent lors du massacre des otages explique que le quartier avait été désigné comme « zone de destruction », réaffirmant que les soldats avaient reçu l’ordre de tirer pour tuer. Il ajoute que les soldats ont supposé, en apercevant l’un des otages originaire d’une communauté bédouine vivant en Israël, que celui-ci était arabe, et justifié leur décision de tirer sur cet argument raciste. « Dès que l’on identifie une personne d’apparence arabe à Gaza », explique le soldat, « notre première intuition est qu’il s’agit de terroristes du Hamas tentant un raid. »

En Cisjordanie, le tir à deux vitesses

Le documentaire d’investigation se poursuit, révélant ce que l’on sait déjà : l’armée israélienne n’était pas à Gaza pour sauver les otages israélien·nes, ou pas seulement, et elle a eu recours par le passé à la « directive Hannibal », qui autorise le recours à la force militaire contre des soldat·es enlevé·es, même si cela entraîne la mort de ces dernier·es.

Ce que ces témoignages prouvent est surtout ce qu’ils ne nomment pas, soit les réelles victimes de ces ordres sanguinaires, tuées parce que “marchant sur deux jambes”, parce que “arabe”, parce qu’elles étaient là : 72 740 Palestinien·nes assassiné·es par l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023. Or la déshumanisation des Palestinien·nes est telle que, dans les témoignages recueillis par Channel 13, l’indignation n’est soulevée que pour ces 3 otages israéliens tués sans raison.

La semaine dernière, le journal israélien Haaretz révélait que le général de division Avi Bluth, commandant israélien chargé de la Cisjordanie occupée, se vantait auprès d’un auditoire privé que l’armée israélienne « tue comme elle n’a plus tué depuis 1967 ». Surtout, il a expliqué devant son auditoire ce que beaucoup savaient depuis longtemps : qu’Israël pratiquait une politique de tir à deux vitesses, évitant activement de tirer sur les colons israéliens qui jettent des pierres sur les forces israéliennes, tout en tirant sans retenue sur les Palestiniens·ne qui faisaient de même.

Le général a affirmé que l’armée avait tué 42 lanceurs de pierres palestiniens en 2025, avant d’expliquer que tirer sur les colons israéliens devait être évité, selon lui, invoquant les « conséquences sociétales profondes » d’un tel acte.

« Cela n’est rien », réagit Orly Noy, rédactrice en chef du journal en hébreu Local Call. Elle explique sur Al Jazeera que « [l’organisation d’anciens soldats] Breaking the Silence a publié un rapport montrant que les soldats israéliens de la zone C [la partie de la Cisjordanie sous administration israélienne totale] ignoraient qu’une partie de leur travail consistait à protéger les Palestiniens de la violence des colons. Ils n’en avaient absolument pas conscience. C’était il y a des années, avant le 7 octobre, avant le génocide [de Gaza]. Les Israéliens pouvaient s’en accommoder à l’époque ; aujourd’hui, ils s’en moquent complètement. »

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