“La Nakba est un crime continu, le génocide en est une des formes”

Le 15 mai marquait la 78eme journée de commémoration de la Nakba, une mémoire vive et pourtant peu reconnue.

Par l’Agence Média Palestine, le 18 mai 2026



La Nakba ne consitue pas une tragédie historique, mais bien “un crime continu dont le génocide est une des formes”, a affirmé le ministère palestinien des Affaires étrangères et des Expatriés, dans un communiqué publié vendredi dernier.

Alors que cette journée du 15 mai 2026 marquait la 78eme commémoration annuelle de la Nakba, ce communiqué du ministère palestinien venait rappeler la continuité des crimes israéliens, du nettoyage ethnique ayant visé 530 villages palestiniens au déplacement forcé de près de 950 000 Palestinien-nes de leurs terres en 1948, aux massacres perpétrés dans plus de 70 villages palestiniens, ainsi que les violences, destructions et déplacements qui ont frappé le peuple palestinien.

Le ministère dénonce le projet israélien, dans ces actes de déracinement de Palestinien-nes et d’effacement de leur culture au profit de l’implantation coloniale. Il ajoute que cette politique se poursuit aujourd’hui à travers les opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza ainsi qu’en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, citant notamment les homicides, les arrestations, l’expansion des colonies, les projets d’annexion et les violences de colons.

Le ministère a appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités, notamment en reconnaissant la Nakba comme “un crime contre l’humanité” et un acte de nettoyage ethnique, et en œuvrant à réparer les conséquences de cette tragédie par la reconnaissance des droits palestiniens, dont le droit à l’autodétermination, à l’indépendance d’un État palestinien avec Jérusalem comme capitale, ainsi que le droit au retour et à compensation des réfugié-es conformément à la résolution 194 de l’ONU.

Une reconnaissance ambivalente

En 2023, les Nations unies ont organisé pour la toute première fois une commémoration de la Nakba, marquant alors son 75e anniversaire. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et 30 autres pays avaient toutefois voté contre une résolution de l’ONU reconnaissant cet événement. 

Les États-Unis n’avaient par ailleurs pas assisté à la cérémonie, un porte-parole invoquant “des préoccupations de longue date concernant le parti pris anti-israélien au sein du système des Nations unies”. C’est pourtant dans la reconnaissance de la Nakba que s’ancre le droit au retour des Palestinien-nes déplacé-es, que l’UNRWA recense aujourd’hui à près de six millions, un droit garanti par la résolution 194 de l’ONU.

Malgré ces ambivalences, l’ONU a de nouveau commémoré la Nakba cette année, le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien lui consacrant une séance spécial, tout en alertant sur une “catastrophe continue” qui continue de ravager la population palestinienne. 

« La situation à Gaza aujourd’hui est une catastrophe d’une gravité extrême », a déclaré Khaled Khiari, sous-secrétaire général de l’ONU pour le Moyen-Orient, l’Asie et le Pacifique. Il a rappelé que plus de 85 % de la population de Gaza a été déplacée, souvent à plusieurs reprises, au cours des trois dernières années, et que les habitations, des écoles, des hôpitaux et d’autres infrastructures essentielles ont été détruites, tandis que les civil-es continuent d’être tué-es malgré un cessez-le-feu jugé fragile.

En outre, Khaled Khiari a rappelé dans son discours la position constante des Nations unies selon laquelle Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, constituent “une seule et même unité politique et territoriale” : “traiter l’une tout en négligeant l’autre ne fait qu’enraciner la fragmentation et perpétuer l’instabilité.”

En Cisjordanie occupée, les Palestinien-nes n’ont plus le droit de commémorer la Nakba pour la deuxième année consécutive. A la place des manifestations, ils et elles se rendent dans des villages dépeuplés en 1948 lors de la Nakba.

En Israël à Haïfa, la police a dispersé un rassemblement pacifiste à l’occasion de la Nakba et arrêté 9 manifestants pour “atteinte à l’ordre public”, une répression qui n’a pas été appliquée la veille à l’encontre des colons israéliens violents qui ont défilé lors de la marche du “Jerusalem Day”.

À Gaza, des centaines de Palestinien-nes ont défilé parmi les ruines pour célébrer cette journée, brandissant les clés transmises par leurs parents et réaffirmant leur détermination à ne pas quitter leur terre.

Je me souviens que mon père et mon grand-père disaient toujours que nous retournerions chez nous, et ils ont dit à leurs enfants et petits-enfants de ne pas renoncer au droit au retour”, raconte sur Al Jazeera Abdel Mahdi, habitant de Gaza, qui a lui-même vécu le déplacement forcé lors de la Nakba de 1948, alors qu’il était enfant. “Une Nakba au début de ma vie… et une autre Nakba à la fin. Que pouvons-nous bien dire ?

Il ajoute néanmoins qu’il n’entend pas quitter sa maison, même détruite : “même s’ils m’offraient un palais à New York en échange de cette maison détruite, je refuserais”, affirme-t-il avec fermeté. “Ceux qui sont partis il y a longtemps ne sont jamais revenus. On ne devrait jamais abandonner sa patrie. C’est ici que je mourrai, et c’est ici que je serai enterré.

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