Réalisé par le journaliste Yanis Mhamdi et produit par Blast, Alice au pays des colons plonge les spectateur·ices au cœur de la Cisjordanie occupée, à travers les parcours de deux jeunes Palestinien·nes confronté·es à l’intensification de la colonisation israélienne. En suivant les parcours d’Alice Kisiya et d’Alaa Nasr, le film donne à voir deux formes de résistance face à un système d’occupation toujours plus brutal.
Par l’Agence Média Palestine, le 21 mai 2026.
Le documentaire suit d’abord Alice Kisiya, jeune Palestinienne de 30 ans, originaire de Beit Jala, près de Bethléem. Alice possède également la nationalité israélienne. Cela n’a pourtant pas empêché les colons d’accaparer son terrain, là où se dressaient la maison familiale et le restaurant de ses parents. Chaque jour, Alice revient sur place pour défier cette dépossession, seule face à l’armée israélienne qui protège les colons. Ce double statut, loin de la protéger, rend son combat d’autant plus symbolique : elle incarne une forme de résistance civile, déterminée et frontale, menée au cœur même d’un système colonial.
En parallèle, Alaa Nasr, lui, a 27 ans et vit à Madama, un petit village du nord de la Cisjordanie. Madama est encerclé par deux colonies israéliennes qui le surplombent, menaçant à tout instant de l’engloutir. Dans ce contexte d’étouffement progressif, Alaa et ses amis refusent de fuir. Malgré les attaques régulières, les tirs, les meurtres, ils choisissent de rester, de défendre leur village, leur mode de vie, leur histoire. Leur résistance est celle d’un ancrage, physique et moral, sur une terre que l’on tente de leur arracher.
Leurs récits montrent ainsi deux manières différentes de vivre la résistance. Alice incarne une lutte directe, presque quotidienne, menée au contact des colons et de l’armée d’occupation. Alaa, lui, porte une résistance plus calme, plus ancrée, mais tout aussi déterminée. Tous deux rappellent que résister, ce n’est pas seulement affronter : c’est aussi continuer à vivre et à espérer un avenir meilleur, sur une terre que l’on tente de leur arracher.

Le réalisateur de ce film, Yanis Mhamdi, journaliste et collaborateur du média Blast, inscrit ce documentaire dans la continuité de son précédent film, Netanyahu : portrait d’un criminel de guerre. En juin 2025, il était à bord de la Flottille de la liberté qui se dirigeait vers Gaza et qui a été interceptée par l’armée israélienne dans les eaux internationales. Il a été maintenu en détention pendant plus d’une semaine. Avec ce nouveau film, il poursuit son travail documentaire sur la violence coloniale israélienne, cette fois en Cisjordanie occupée


Dans un entretien autour du film, le réalisateur explique d’ailleurs combien il devient difficile de filmer sur place. Les militant·es mobilisé·es auprès des Palestinien·nes sont arrêté·es, les personnes étrangères expulsées, et l’obtention de visas pour les journalistes devient de plus en plus compliquée. Yanis Mhamdi le dit lui-même : il n’aurait peut-être pas pu faire ce film aujourd’hui.
Le documentaire montre également la présence de militant·es israélien·nes engagé·es contre la colonisation. Mais Yanis Mhamdi rappelle que ces voix restent minoritaires dans une société israélienne où le soutien à la colonisation et au déplacement forcé des Palestinien·nes s’est largement banalisé. Dans le film, leur présence ne sert donc pas à raconter l’histoire rassurante d’un “autre Israël” qui serait en train d’émerger, mais plutôt à montrer l’isolement de celles et ceux qui refusent de participer à cette violence.
Ce qui marque dans Alice au pays des colons, c’est aussi sa manière de ne pas tout expliquer par des commentaires. Le film laisse parler les visages, les corps, les silences, les confrontations. Il montre la violence sans la rendre spectaculaire, et donne surtout à voir l’humanité de celles et ceux qui continuent de tenir debout malgré tout.
Avec ce documentaire, Yanis Mhamdi signe un film profondément politique, mais avant tout humain. À travers Alice et Alaa, il rappelle que derrière chaque terre confisquée, chaque maison détruite et chaque village encerclé, il y a des vies, des familles, des souvenirs et une volonté farouche de ne pas disparaître.
Bande annonce du film :



