Bilan de la situation en Cisjordanie occupée (19 mai – 26 mai) :

Cette semaine encore, la Cisjordanie occupée a connu une nouvelle semaine de violences marquée par une intensification des incursions à Jérusalem, des attaques de colons, des démolitions, des arrestations et des mesures d’annexion progressive.  

Par l’Agence Média Palestine, le 26 mai. 

Al-Aqsa et la Vieille Ville au cœur des incursions israéliennes

Le 19 mai, le cheikh Muhammad Hussein, Grand Mufti de Jérusalem et des Territoires palestiniens, a condamné l’approbation par l’occupation d’un plan visant la saisie d’une vingtaine de propriétés historiques dans le quartier de Silsila. Ce projet, confié à la Jewish Quarter Development Company, s’inscrit dans une politique plus large de dépossession des habitant·es palestinien·nes de la Vieille Ville et de judaïsation de l’espace autour d’Al-Aqsa. Selon le cheikh, il s’agit de « la plus grande et dangereuse escalade coloniale de ce type près de la mosquée depuis près de 60 ans », rapporte WAFA.

Les jours suivants, les incursions de colons sur l’esplanade des Mosquées se sont poursuivies. 

Le 20 mai, des dizaines d’entre eux y sont entrés sous protection de la police israélienne, accompagnés notamment de Zvika Vogel, président de la commission de la sécurité nationale de la Knesset, et y ont effectué des rituels talmudiques. 

Le lendemain, Israël a révoqué les permis de séjour d’une dizaine d’employés de la mosquée Al-Aqsa, à compter du 1er juin, une  décision qui s’inscrit dans la volonté de réduire la présence palestinienne sur le site, et d’affaiblir toute forme de responsabilité locale. 

Le 22 mai, une nouvelle étape a été franchie : pour la première fois depuis l’occupation de Jérusalem-Est en 1967, des colons sont entrés sur l’esplanade en portant une offrande de pain. Cette action, encouragée par des groupes extrémistes liés au mouvement du Mont du Temple à l’occasion de Chavouot – une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme – marque une nouvelle provocation autour d’un lieu déjà soumis à de fortes tensions. Le 24 mai, plus de 218 colons ont de nouveau pris d’assaut l’esplanade, en groupes successifs, y effectuant des rituels talmudiques et des visites provocatrices près des portes de la mosquée. 

Cette offensive intervient alors que Middle East Eye révélait, le 25 mai, que les États-Unis et Israël travailleraient à remettre en cause le rôle historique de la Jordanie dans la garde de la mosquée Al-Aqsa. Une telle évolution ouvrirait la voie à un contrôle israélien encore plus direct sur l’un des lieux les plus sensibles de Jérusalem.

Attaques de colons contre les habitant·es, les terres et les moyens de subsistance

Cette semaine encore, les attaques de colons se sont multipliées dans plusieurs villes et villages de Cisjordanie occupée. Le 20 mai, dans le village de Madama, près de Naplouse, des colons ont abattu des poteaux électriques après avoir établi un campement illégal sur les terres du village. Des vols d’eau auraient également été signalés sur ce même secteur.

Le lendemain, à Rashaydeh, près de Bethléem, des colons ont pris pour cible un véhicule de transports d’élèves, semant la panique parmi les enfants. Le 22 mai, au nord-est de Ramallah, d’autres colons ont attaqué à l’aube la maison de Nael Mustafa, lançant des pierres contre son habitation et brisant plusieurs fenêtres. Le même jour, dans la Vallée du Jourdain, ils ont incendié des dizaines de sacs de fourrage ainsi que des réseaux d’approvisionnement en eau.

Ces violences visent également les moyens de subsistance des Palestinien·nes. Le 21 mai, au sud d’Hébron, des colons vêtus d’uniformes militaires ont volé 45 moutons et agressé un Palestinien. 

La violence coloniale ne s’arrête pas aux humains, mais s’étend également aux animaux. Le 19 mai, un colon israélien a été filmé en train de lancer un parpaing sur des chats. Quelques jours auparavant, c’était Lucy, petite chienne d’une famille palestinienne, qu’il avait également violemment battu. 

Selon le dernier rapport humanitaire de l’OCHA cité par Al Jazeera, plus de 50 attaques de colons ayant causé des victimes ou des dégâts matériels ont été documentées en Cisjordanie occupée en une seule semaine. Depuis le début de l’année 2026, cela porte le total à 870 attaques recensées dans plus de 220 communautés palestiniennes.

Cimetières et lieux de mémoire pris pour cible

 Les lieux de mémoire palestiniens ont eux aussi été pris pour cible. Le 19 mai, dans les villages de Kisan et Rashaida, à l’est de Bethléem, des colons ont détruit des pierres tombales, dont certaines dataient de la période du mandat d’occupation britannique  et appartenaient à des martyrs palestiniens. 

 Quelques jours plus tard, le 23 mai, ces mêmes cimetières ont de nouveau été attaqués. Cinq sépultures, déjà endommagées lors de la précédente attaque, ont de nouveau été détruites. Ces actes répétés montrent que la violence coloniale ne vise pas seulement les vivants, mais aussi les mémoires et symboles collectifs palestiniens. 

Le lendemain, c’est cette fois-ci dans la région de Masafer Yatta, au sud de Hébron, que des colons ont détruit le mémorial dédié au martyr Suleiman al-Hathaleen. Ce dernier avait trouvé la mort après avoir été percuté par un véhicule des forces d’occupation il y a cinq ans, devenant une figure locale de résilience face aux pressions de l’occupation. 

Arrestations et enlèvements

Le 19 mai, à l’est de Jaba’, au nord-est de Jérusalem, des colons ont kidnappé Ahmed Ara’ara, palestinien de la communauté bédouine d’al-Ma’azi. Ils ont ensuite agressé d’autres habitant·es et fouillé plusieurs maisons. 

Le 22 mai aurait dû être un des plus beaux jours de la vie de Yazan Muhammad Qabha, qui fêtait le jour de ses noces. Mais les forces d’occupation israéliennes en ont décidé autrement et ont fait irruption dans la salle de mariage, à Bartaa, et ont arrêté le jeune marié.

 Le lendemain, à Al-Mughayer, au nord-est de Ramallah, deux frères âgés de 13 et 15 ans, Fathi et Muhammad Abu Aliya, ont été arrêtés après une descente à leur domicile. Dans une vidéo relayée ensuite, on peut voir les deux adolescents les yeux bandés et les mains attachées, emmenés à bord d’un véhicule militaire. Aucune information n’a été donnée sur les raisons de leur arrestation ni sur le lieu où ils ont été conduits. 

Raids et démolitions dans plusieurs villes

Les démolitions, confiscations et mesures de contrôle territorial se sont également poursuivies tout au long de la semaine. 

Le 19 mai, au sud de Bethléem, les forces d’occupation israéliennes ont pris d’assaut le village d’al-Jaba’ et réquisitionné un bâtiment en construction, propriété d’Haitham Hamdan, afin de le transformer en caserne militaire. Le même jour, dans le camp de réfugié·es de Jénine, plusieurs maisons ont été incendiées, certaines ayant été transformées en avant-postes militaires depuis plus d’un an et demi.

Toujours le 19 mai, à Rantis, à l’ouest de Ramallah, deux maisons palestiniennes ont été démolies sans avertissement, laissant plusieurs habitant·es sans possibilité de récupérer leurs affaires.

Le lendemain, à Hébron, les forces d’occupation israéliennes ont installé une porte de fer à l’entrée de la Vieille Ville ainsi qu’une tour militaire sur l’ancien bâtiment de la mairie, à proximité de l’école Osama Ben Al-Manaked, elle-même transformée par l’occupation en institut religieux pour rabbins. Le même jour, à Hizma, près de Jérusalem, des ordres de démolition ont été notifiés pour sept habitations palestiniennes et quatre structures commerciales.

Le 22 mai, les forces d’occupation ont incendié des dizaines de cultures agricoles, au nord-est de Ramallah. Le 23 mai, à Hébron, un Palestinien de 32 ans a été blessé par balle lors d’un énième raid des forces d’occupation. Il a été blessé à l’abdomen et à la main. Le lendemain au même endroit, c’est un jeune garçon de quinze ans qui a été blessé par balle. 

Le 24 mai, les forces d’occupation ont détruit des réseaux d’approvisionnement en eau dans la plaine d’Atouf, au sud de Tubas. Le lendemain, à l’est de Qalqilya, elles ont procédé à la démolition d’une station de lavage automobile, ainsi qu’un atelier de carrosserie. Nasr Zahran, jeune palestinien propriétaire de ces deux enseignes, explique que ces démolitions ont été justifiées par les autorités au motif de l’absence de permis. 

Cette même semaine, le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a également ordonné l’avancement de la démolition de Khan al-Ahmar, village bédouin situé dans le couloir stratégique E1, à l’est de Jérusalem. Sa destruction, longtemps retardée par les pressions internationales, ouvrirait la voie à une continuité coloniale entre Jérusalem et la colonie de Ma’ale Adumim, renforçant encore la fragmentation territoriale palestinienne.

Dans ce contexte, documenter ces violations devient de plus en plus difficile pour les journalistes. Le 19 mai, Middle East Eye révélait que la police israélienne a mis en place un service spécial chargé de surveiller de façon accrue les journalistes étrangers dans les territoires occupés de Palestine.

Lieux saints et minorités religieuses visés

Le 21 mai, la mosquée d’Ibrahim à Hébron a été illuminée aux couleurs du drapeau israélien, accompagnée de slogans en hébreu projetés sur sa façade. Le ministre palestinien des Affaires religieuses a condamné cet acte, le qualifiant d’« atteinte flagrante » au caractère sacré du site, rapporte Al Jazeera.

Dans le même temps, à Jérusalem, près d’un monastère arménien de la Vieille Ville, un colon aurait insulté une religieuse et profané le site. Ces événements s’inscrivent dans un climat de plus en plus hostile pour les minorités religieuses, confrontées à la montée de l’extrémisme religieux juif.

Patrimoine et archéologie au service de l’annexion

Le 20 mai, le gouvernement israélien a approuvé un vaste plan d’environ 250 millions de shekels visant les sites archéologiques situés en Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain et dans la région du désert d’Hébron. Présenté comme un projet de préservation et de développement touristique, il prévoit l’aménagement de ces sites afin d’en faire des pôles d’attraction majeurs pour Israël.

Le 25 mai, les autorités d’occupation ont saisi environ 109,79 dounams de terres au nord-ouest de Jérusalem, dans le cadre d’un projet présenté comme lié à la protection d’un site archéologique. La zone comprend pourtant des terres agricoles, des vignobles, ainsi que la mosquée du prophète Samuel, située au-dessus du site, ce qui suscite de fortes inquiétudes quant à la préservation du patrimoine historique et religieux palestinien.

Le même jour, au sud de Bethléem, les forces d’occupation ont investi la zone touristique des bassins de Salomon. À Jérusalem, le tribunal d’occupation a également rejeté une pétition déposée par l’organisation de défense des droits humains Ir Amim, en coopération avec des habitant·es d’al-Tur et d’al-Issawiya, contre un projet de « jardin » colonial prévu sur de vastes terres au nord-est de Jérusalem occupée.

Ce projet vise à relier Jérusalem à la colonie de Ma’ale Adumim et à la zone coloniale E1. En classant ces terres comme « parc public », les autorités israéliennes empêchent de fait l’expansion urbaine naturelle d’al-Tur et d’al-Issawiya, tout en bloquant la construction de logements, d’écoles, d’infrastructures et de services de base pour les habitants·es palestinien·nes.

Ces projets liés au patrimoine et à l’archéologie apparaissent ainsi comme des outils de contrôle territorial. Sous couvert de préservation historique ou de développement touristique, ils participent à l’extension du contrôle israélien et à l’annexion progressive de la Cisjordanie. 

Cette orientation se retrouve aussi dans un projet de loi examiné par la commission de l’éducation de la Knesset, qui entend créer une autorité du patrimoine pour la Cisjordanie et Gaza. Celle-ci donnerait à des organismes civils israéliens des pouvoirs sur des sites archéologiques situés dans les zones A, B et C, ainsi qu’à Gaza, une mesure dénoncée comme une possible annexion de fait.

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