Itamar Ben-Gvir a été vivement critiqué par l’ensemble de la classe politique israélienne pour une vidéo cruelle le montrant en train de se moquer des militant·es de la flottille alors qu’ils subissaient des mauvais traitements de la part des agents. Son délit n’était pas sa célébration fasciste, mais plutôt d’avoir montré le vrai visage d’Israël.
Par JONATHAN OFIR, le 23 mai 2026.

ITAMAR BEN-GVIR (PHOTO: WIKIPEDIA)
Cette semaine, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, est devenu, contre toute attente, la cible des railleries de l’ensemble de la classe politique israélienne, y compris de la droite. Son crime ? Avoir révélé au monde le vrai visage d’Israël.
L’histoire commence avec la dernière flottille de la liberté pour Gaza, qui envoyait une nouvelle fois des bateaux et des militant·es pour tenter de briser le siège illégal et inhumain imposé par Israël à Gaza. Comme lors des flottilles précédentes, Israël a détourné les bateaux en mer et arrêté les militant·es. 430 militant·es ont été enlevé·es lors de ce récent acte de piraterie commis par Israël, provenant de plus de 40 pays.
Cette fois-ci, tous·tes les militant·es devaient être emmené·es en Israël. Ben-Gvir les attendait et a réalisé une vidéo se moquant des militant·es pour les réseaux sociaux. « C’est ainsi que nous accueillons les partisans du terrorisme », a-t-il écrit en hébreu, tandis que le titre en anglais était « Bienvenue en Israël ».
ככה אנחנו מקבלים את תומכי הטרור
— איתמר בן גביר (@itamarbengvir) May 20, 2026
Welcome to Israel 🇮🇱 pic.twitter.com/7Hf8cAg7fC
Au début de la vidéo, on voit un militant debout, scandant « Liberté, liberté pour la Palestine », se faire violemment pousser au sol par les agents de sécurité qui crient « Silence, silence ». Ben-Gvir continue d’avancer en brandissant un drapeau israélien, tandis qu’une foule de militant·es retenu·es de force est contrainte de se mettre en position de stress, la tête contre le sol. « Beau travail », dit Ben-Gvir aux gardes, avant de crier à tout le monde : « Bienvenue en Israël ! Nous sommes les maîtres de la maison ! »
Il est important de noter qu’il s’agit d’un scénario courant lors de ces arrestations, et qu’il n’y a rien de vraiment nouveau à cela. C’est une variante légère de ce qui est infligé aux Palestinien·nes chaque jour, et diverses vidéos snuff montrant ces tortures systématiques ont été diffusées sur les grandes chaînes de télévision israéliennes. Ces vidéos incluaient aussi couramment le mantra de Ben-Gvir « Nous sommes les maîtres de la maison », qui était son slogan électoral.
L’administration pénitentiaire israélienne est même allée jusqu’à publier une déclaration à Ha’aretz, affirmant que la détention avait été « menée conformément à la procédure et à des considérations professionnelles ». Le Times of Israel note que cela a été fait « alors que les médias suggéraient que les agents pénitentiaires présents dans la vidéo agissaient à l’encontre des politiques militaires et politiques ». Il s’agit, en fait, de leurs procédures, ce sont leurs politiques.
Pourtant, malgré cela, et peut-être en signe du déclin de la réputation internationale d’Israël, la vidéo de Ben-Gvir a déclenché une tempête internationale et est devenue un véritable casse-tête en matière de relations publiques. La Pologne et la France ont toutes deux prononcé des interdictions d’entrée sur leur territoire à l’encontre de Ben-Gvir, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, déclarant : « Nous ne pouvons tolérer que des ressortissants français soient menacés, intimidés ou brutalisés de cette manière, en particulier par un représentant de l’État », et appelant les autres pays de l’UE à prendre des sanctions à son encontre. L’Italienne Giorgia Meloni a déclaré qu’il était « inacceptable » que « ces manifestant·es, dont de nombreux citoyen·nes italien·nes, soient soumis à un tel traitement ». La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, s’est dite « véritablement consternée » par la vidéo, qui « viole les normes les plus élémentaires de respect et de dignité dans la manière dont les personnes devraient être traitées ».
Bien sûr, on ne constate aucune indignation de ce genre lorsqu’il s’agit de Palestinien·nes, mais c’est toujours une autre histoire. Le problème, c’est désormais que des ressortissant·es étrangers, y compris des Européen·nes, sont raillés par Ben-Gvir alors qu’ils sont parqué·es en détention comme des animaux.
Face à cette réaction, le centre de communication israélien (hasbara) est passé en mode « limitation des dégâts », et Ben-Gvir a été sacrifié comme une brebis galeuse.
Le Premier ministre Netanyahou a affirmé que la vidéo de Ben-Gvir n’était « pas conforme aux valeurs d’Israël ». Ce n’était pas le fond, mais la forme : « Israël a tout à fait le droit d’empêcher les flottilles provocatrices de partisans des terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales et d’atteindre Gaza. Cependant, la manière dont le ministre Ben-Gvir a traité les militant·es de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et aux normes d’Israël », a-t-il ajouté.
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, qui dirige le bureau de la hasbara, a relayé le message de Netanyahu, mais a ajouté un message personnel, encore plus condamnatoire à l’égard de Ben-Gvir, affirmant que ce dernier ne représentait pas le visage d’Israël : « Vous avez sciemment porté préjudice à notre État par ce comportement honteux – et ce n’est pas la première fois. Vous avez réduit à néant les efforts considérables, professionnels et couronnés de succès déployés par tant de personnes – des soldats de l’armée israélienne au personnel du ministère des Affaires étrangères et bien d’autres encore. Non, vous n’êtes pas le visage d’Israël », a-t-il écrit dans son partage du tweet de Ben Gvir.
Le ministère des Affaires étrangères a ensuite publié un tweet accompagné d’une vidéo et de trois photos :
Une vidéo montrant un garde donnant de l’eau à un otage ; une photo d’un autre garde offrant de l’eau à un otage ; un otage interrogé à une table ; une femme souriante (vraisemblablement une otage).
« Telles sont nos valeurs », indique la légende.
Il ne manque plus que des bonbons distribués à tout va, et peut-être un concert de chorale pour couronner le tout.
La réalité de la situation était que les militant·es avaient été maintenus dans ces positions de stress pendant de nombreuses heures, et l’organisation de défense des droits humains Adalah a rapporté que des militant·es avaient été envoyés à l’hôpital, soupçonnés d’avoir des côtes cassées en raison de difficultés respiratoires, d’avoir subi des décharges électriques et d’avoir été touchés par des balles en caoutchouc. Des militant·es ont également signalé des agressions sexuelles, y compris des viols. Sur un navire israélien en particulier, au moins 12 agressions sexuelles ont été documentées, « y compris des viols anaux et des pénétrations forcées à l’aide d’un pistolet ». Il s’agit bien sûr d’une procédure standard lorsqu’il s’agit des Palestinien·nes, y compris le recours systématique au viol, qui a été de fait légitimé lorsque l’affaire du viol collectif de Sde Teiman a récemment été classée.
Cette panique morale suscitée par le comportement grossier de Ben-Gvir est donc en réalité une tentative de détourner l’attention de ces abus, et cela semble fonctionner. On le présente comme un fasciste odieux et marginal, alors qu’en réalité, Ben-Gvir représente le véritable visage d’Israël.
Tout cela concerne Israël dans son ensemble. C’est le siège d’Israël, c’est le génocide d’Israël, et le monde doit prendre conscience de cela. Il ne s’agit pas seulement de quelques pommes pourries, d’un ministre particulièrement ignoble ou de quelques mauvais flics.
Source : Mondoweiss
Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.



