Même si Netanyahou et ses alliés de droite étaient écartés du gouvernement, le génocide perpétré par Israël à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie et les guerres contre le Liban et l’Iran bénéficient d’un large soutien dans l’ensemble du spectre politique israélien.
Par QASSAM MUADDI, le 27 mai 2026.

Yair Lapid (a gauche) lors d’une séance de la knesset avant le vote sur la dissolution du gouvernement, le 30 juin 2022. (photo : Ilia Yefimovich/dpa via Zuma press/apa images).
Israël pourrait changer de gouvernement plus tôt que prévu après que la Knesset israélienne a voté sa dissolution la semaine dernière. Le projet de loi présenté à l’Assemblée parlementaire le 20 mai et adopté à une majorité de 110 voix pour et aucune voix contre, pourrait conduire à des élections anticipées en septembre plutôt qu’en novembre de cette année. Le vote s’est tenu en l’absence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et doit encore faire l’objet de trois autres lectures avant d’être mis en œuvre.
S’il est adopté, la Knesset actuelle arrivera à échéance, tout comme la coalition gouvernementale qui en est issue et le cabinet actuel dirigé par M. Netanyahou. Selon les sondages israéliens, les principaux alliés de M. Netanyahou au sein de la coalition, à savoir les ministres partisans de la ligne dure Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, ont peu de chances de l’emporter. Bien que les deux principaux leaders de l’opposition, Naftali Bennett et Yair Lapid, aient uni leurs forces au sein d’un nouveau parti, les sondages indiquent que le Likoud de Netanyahou remporterait tout de même 56 des 120 sièges de la Knesset. Le Likoud resterait ainsi la principale force politique en Israël, mais sans majorité suffisante pour former un gouvernement seul, ce qui l’obligerait à former une coalition avec d’autres partis d’opposition.
Ce vote intervient dans un contexte de controverse renouvelée autour de la conscription des Israélien·nes haredim orthodoxes. Les dirigeants haredim ont présenté ce projet de loi après que le gouvernement de Netanyahou a échoué à faire adopter un autre projet visant à exempter les haredim du service militaire.
Le vote visant à dissoudre la Knesset intervient également alors que les critiques s’intensifient à l’encontre de Netanyahou, au sujet de sa gestion de la guerre contre l’Iran et les défaillances sécuritaires du 7 octobre 2023.
Mais que signifierait la dissolution de la Knesset israélienne pour les Palestinien·nes ? Et que révèle le fait que Netanyahou ne se soit pas opposé au vote visant à organiser des élections anticipées sur l’état actuel de la politique israélienne ?
En bref : pas grand-chose, ou du moins rien qui soit positif. Les partis d’opposition israéliens ont soutenu la guerre contre Gaza, l’expansion des colonies et la guerre contre le Liban avec autant de ferveur que la coalition de Netanyahou, et dans certains cas, ils l’ont même critiqué pour ne pas être allé assez loin. Tout nouveau gouvernement poursuivra très probablement les mêmes politiques, fondamentalement, à l’égard des Palestiniennes et Palestiniens. À court terme, la préoccupation la plus urgente est de savoir ce que le gouvernement actuel fera pour consolider sa position électorale avant de quitter le pouvoir. Les précédents suggèrent que cela signifie une nouvelle escalade.

Le premier ministre sortant Naftali Bennet (à droite) et le futur premier ministre Yair Lapid (à gauche) ont organisé une réunion de transition et une cérémonie de passage de pouvoir au bureau du premier ministre à Jérusalem, le 30 juin 2022. (photo : Koby Gideon/Israel Gpo via Zuma press Wireapa images).
La politique de droite
La politique israélienne est dominée depuis près de deux décennies par ses forces d’extrême-droite, mais les gouvernements israéliens successifs ont tous eu en commun l’absence de majorité simple pour un seul parti politique. Pour former un gouvernement majoritaire, tout parti politique disposant du plus grand nombre de sièges à la Knesset devait former une coalition avec d’autres partis plus petits, tels que « Puissance juive » de Ben-Gvir et le « Sionisme religieux » de Smotrich. Lorsque de telles coalitions gouvernementales se sont formées, les partenaires mineurs ont acquis un poids disproportionné du simple fait que leur présence permettait de maintenir la cohésion du gouvernement.
Pourtant, malgré toutes ces combinaisons variées de coalitions gouvernementales successives, la politique israélienne à l’égard des Palestinien·nes est restée globalement la même.
L’expansion des colonies et la poussée vers l’annexion de la Cisjordanie ont été des constantes de tous les gouvernements israéliens de droite, tout comme la politique de siège et les offensives militaires périodiques à Gaza. Il en va de même pour la répression croissante à l’encontre des prisonnier·es palestinien·nes et la détérioration de leurs conditions de détention, ainsi que pour les tentatives répétées de modifier le statu quo à Jérusalem-Est et à la mosquée Al-Aqsa — des arènes où les politiciens israéliens se sont longtemps livré à une surenchère pour marquer des points politiques, en particulier à l’approche des élections.
La cote de popularité de Netanyahou était déjà en baisse avant le 7 octobre, mise à mal par ses procès pour corruption, ses tentatives de réforme du système judiciaire israélien et la crise du service militaire des Haredim. Après le 7 octobre, il a essuyé de nouvelles critiques concernant sa gestion des négociations sur les otages et, plus tard, ce que de nombreux·ses Israélien·nes ont considéré comme des résultats insatisfaisants de la guerre contre l’Iran, en particulier la manière dont le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran a été conclu sans consultation d’Israël. Mais aucune de ces critiques n’a visé le fond des politiques de Netanyahou, comme en témoignent les projections des sondages pour les prochaines élections.
Lapid et Bennett, ainsi que la plupart des autres figures de l’opposition, ont soutenu la guerre contre Gaza, y compris les actions que les organisations de défense des droits humains ont qualifiées de génocidaires. L’opposition israélienne a également soutenu la guerre contre le Liban et l’expansion des colonies en Cisjordanie — et a, en fait, vivement critiqué Netanyahou pour avoir laissé les États-Unis restreindre l’action israélienne au Liban et en Iran. Quel que soit le gouvernement issu des prochaines élections, il sera presque certainement composé de partis soutenant ces mêmes politiques, avec ou sans Netanyahou et ses plus proches alliés.
Cela dit, le prochain gouvernement israélien pourrait apporter un certain « apaisement » de certaines des politiques les plus agressives, selon Esmat Mansour, journaliste palestinien et spécialiste de la politique israélienne.
Mansour estime que les conditions régionales actuelles, y compris la réorganisation géopolitique de la région à la suite du nouvel avantage stratégique de l’Iran dans sa guerre avec les États-Unis, pourraient avoir un impact sur la politique du prochain gouvernement israélien. « La situation actuelle pousse à une réorganisation géopolitique de la région, et les guerres en cours dans lesquelles Israël est engagé ont porté atteinte à la crédibilité politique d’Israël ainsi qu’à ses capacités sociales et militaires », a déclaré Mansour à Mondoweiss. « Cela oblige tout nouveau gouvernement à se concentrer sur la reconstruction et la réparation des dégâts. »
« Cela pourrait amener le prochain gouvernement à assouplir son étau financier sur l’Autorité palestinienne, ou à cesser de bloquer son retour à Gaza, et à autoriser l’entrée d’aide et de matériaux de reconstruction dans la bande de Gaza », a déclaré Mansour. « Cela pourrait également signifier une réduction de la violence des colons à l’encontre des Palestinien·nes en Cisjordanie, et certaines améliorations de la vie quotidienne, comme le retour des travailleur·ses cisjordanien·nes sur le marché du travail israélien. »
Toujours la même chose
Mais Mansour a précisé que « cela ne signifie pas que le prochain gouvernement israélien sera un gouvernement de paix, mais les conditions internes et la perte de crédibilité internationale d’Israël imposent de nouvelles priorités ». Il a également souligné qu’« un tel changement dépend de la capacité des Palestinien·nes à restaurer leur unité, et de la position que prendront les pays arabes une fois la guerre contre l’Iran terminée ».
La trajectoire de tout futur gouvernement israélien sera également façonnée par la position de la communauté internationale et la pression exercée par les mouvements de solidarité mondiaux. En attendant, l’actuel gouvernement Netanyahou fera tout ce qui est en son pouvoir pour améliorer ses perspectives électorales en amont des élections. Au plus tôt, celles-ci pourraient avoir lieu en septembre prochain. Le plus alarmant, c’est que cet effort pourrait inclure la reprise du génocide à Gaza, comme les responsables israélien·nes ont menacé à plusieurs reprises de le faire ces dernières semaines.
Quant au Liban, le gouvernement Netanyahou a déjà discuté de l’extension de sa guerre contre le Liban lors d’une réunion du cabinet de sécurité ce mardi. Parallèlement, Smotrich a pris des mesures pour accélérer l’annexion de la Cisjordanie par une série de lois et de décrets unilatéraux. C’est le cas notamment de l’adoption du soi-disant « projet de loi sur les antiquités » qui transférerait l’autorité sur les antiquités de Cisjordanie de l’Autorité palestinienne à Israël, de l’approbation de la construction de colonies d’une ampleur sans précédent, et des ordres visant à effacer de nombreuses communautés bédouines autour de Jérusalem. Toutes ces mesures drastiques viseraient à renforcer la popularité de la coalition de droite de Netanyahou, en particulier auprès du jeune électorat de droite que représentent les colons israéliens.
En d’autres termes, la manière dont le gouvernement Netanyahou cherche à renforcer ses perspectives électorales se fera inévitablement au détriment des Palestinien·nes — et des autres peuples de la région.
Source : Mondoweiss
Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.



