Par l’Agence Média Palestine, le 2 juin 2026.
Atteintes aux sites religieux et restrictions contre les fidèles
Le 27 mai marquait le jour de l’Aïd al-Adha, l’une des deux grandes fêtes de l’islam. À cette occasion, les autorités d’occupation ont une nouvelle fois multiplié des attaques contre le peuple palestinien. Des vidéos ont montré des forces d’occupation s’en prendre violemment aux Palestinien·nes : des soldats ont notamment tiré des gaz lacrymogènes contre celles et ceux qui tentaient simplement de se rendre sur la tombe de leurs proches, dans le cimetière des martyrs du camp de Jénine. Près de la mosquée Al-Aqsa, une femme a eu son voile arraché. Malgré tout, plus de 140 000 fidèles ont pu accomplir la prière de l’Aïd à Al-Aqsa.
Le 28 mai, des sites religieux islamiques situés à Awarta, au sud-est de Naplouse, ont été pris d’assaut par des groupes de colons, sous protection de l’armée israélienne, et y ont accompli des rituels talmudiques. Le lendemain, les forces israéliennes ont fermé la mosquée Ibrahimi à Hébron. Le responsable par intérim de la mosquée, Hammam Abu Morkhiya, a expliqué que les forces d’occupation avaient évacué les employé·es et fidèles dans la matinée, avant d’en verrouiller les accès et de renforcer la présence militaire dans le secteur, rapporte WAFA. Cette fermeture a été fermement condamnée par le ministère palestinien des Waqfs et des Affaires religieuses, qui y voit une volonté israélienne de modifier progressivement le statut historique et religieux de la mosquée Ibrahimi.
Le 1er juin, WAFA révélait qu’un document interne de la police israélienne montrait que le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, retardait et entravait la publication de données relatives à la criminalité, aux incursions dans la mosquée Al-Aqsa et aux attaques de colons. Ces informations auraient dû être rendues publiques, mais leur publication a été bloquée, privant le public d’informations sur les crimes commis en Cisjordanie par l’armée d’occupation et les colons.
Au cours du mois de mai, le gouvernorat de Jérusalem a connu une intensification des crimes et violations commis par l’armée israélienne. Selon WAFA, trois Palestiniens ont été tués, près de 8 000 colons ont pris part à des incursions à Al-Aqsa, et 84 opérations de démolition ont été recensées dans la zone.
Violences coloniales et sanctions européennes
De nombreuses attaques de colons ont été commises pendant l’Aïd al-Adha. Dans le district de Masafer Yatta, au sud d’Hébron, une mère et son jeune fils ont été violemment agressés par un colon. Une vidéo montre l’homme faire irruption dans leur domicile, avant de violemment les attaquer, allant jusqu’à pousser la mère au sol. Son fils, accroché à ses jambes, a lui aussi été entraîné dans la chute. Ce même colon avait déjà été filmé la semaine précédente en train de battre Lucy, la chienne d’une famille palestinienne, et de lancer des parpaings sur des chats.
Le même jour, à Naplouse, des colons ont pris d’assaut le quartier de Qamas et s’en sont pris à ses habitant·es. L’un d’eux a été roué de coups et aspergé de gaz au poivre.
Le 30 mai, quatre Palestiniens ont été blessés lors d’une attaque de colons dans le village de Madama, près de Naplouse. Âgés de 40 à 72 ans, ils ont été blessés par balles réelles et par des coups que les colons ont portés contre eux.
Le 31 mai, Yamama Abdel Moumen Ahmad Abdallah, élève en classe de première au lycée d’al-Lubban, au sud-est de Naplouse, se rendait à son établissement scolaire, lorsqu’elle a été renversée par un colon. Blessée, elle a été transférée à l’hôpital afin de recevoir les soins nécessaires. La route qu’elle empruntait est régulièrement utilisée par les élèves des villages environnants.
Les colons s’en sont également pris aux biens des Palestinien·nes. Le 28 mai, ils ont attaqué un bâtiment agricole au sud de Naplouse, vandalisant son contenu et endommageant des réservoirs d’eau, privant ainsi les agriculteur·rices d’une ressource essentielle à leurs récoltes. Le 31 mai, plusieurs colons ont fait irruption dans une communauté bédouine à l’est de Ramallah, accompagnés de chameaux, afin d’endommager les cultures palestiniennes.
Les attaques ont aussi visé des maisons, des voitures et du matériel : incendies, pneus crevés, jets de pierres contre des habitations et inscriptions racistes. Le 27 mai, plusieurs maisons palestiniennes ont été attaquées ; l’une d’elles, ainsi qu’une voiture, ont été incendiées. Le 30 mai, à Naplouse, des colons ont attaqué de nombreuses maisons dès l’aube, lançant des pierres et détruisant des véhicules. Le même jour, ils ont détruit le véhicule d’un habitant de Deir Abu Mishal, au nord-ouest de Ramallah, en le poussant jusqu’à le faire tomber d’une hauteur. Le 31 mai, à Ramallah, ils se sont introduits à l’aube dans une école privée en cours de construction, qu’ils ont vandalisée avant d’y voler du matériel. Les dégâts matériels causés sont estimés à environ 10 000 dollars américains.
Face à cette multiplication des violences, l’Union européenne a enfin adoptée de nouvelles sanctions contre quatre entités et trois individus qualifiés “ d’extrémistes parmi les colons israéliens ”. L’UE les accuse d’être responsables de violations graves et systématiques des droits humains contre les Palestinien·nes en Cisjordanie occupée. Parmi les droits cités figurent notamment le droit à l’intégrité physique et mentale, le droit de propriété, le droit à la vie privée et familiale, ainsi que la liberté de religion et le droit à l’éducation.
Raids, arrestations et violences militaires
Les opérations militaires israéliennes se sont également poursuivies tout au long de la semaine, entre raids, arrestations, perquisitions et restrictions imposées aux habitant·es.
Le 26 mai, un garçon de 13 ans a été blessé par une balle métallique, recouverte de caoutchouc lors d’un raid militaire à l’est d’Hébron.
À Naplouse, les forces israéliennes ont arrêté à l’aube deux personnes, Abir Ahmad Al-Assadi et Mohammad Amin Mahmoud Al-Assadi, après avoir perquisitionné et fouillé leurs domiciles et saisi leur véhicule avant leur arrestation. Le 29 mai, Laith Awad, un jeune Palestinien de 17 ans, a été arrêté près de la rue de Jaffa, au nord de Jérusalem occupée, alors qu’il venait d’être attaqué par un colon du quartier. Il a d’abord été frappé, puis arrêté par les forces israéliennes, qui l’ont emmené vers un lieu inconnu. Des perquisitions ont également été menées dans plusieurs secteurs.
Le 30 mai, à Hébron, les forces d’occupation ont maintenu pour la troisième journée consécutive un couvre-feu dans la ville de Beit Ummar. Elles y ont également procédé à des arrestations, fermé plusieurs routes à l’aide de blocs de ciment, et empêché la prière du vendredi dans toutes les mosquées de la ville.
Le même jour, les forces d’occupation ont saisi des jouets pour enfants au sud de Bethléem. Lors d’une incursion dans le quartier, elles ont perquisitionné le commerce d’Assem Mohammad Ayesh, confisqué une partie des jouets en forme de fusils, détruit plusieurs articles similaires et saisi le téléphone portable du propriétaire.
Le 31 mai, un jeune homme a été blessé par balle après que les forces israéliennes ont tiré sur sa voiture à l’est de la ville de Tulkarem. Dans le sud de Bethléem, les forces d’occupation ont également installé des maisons mobiles sur des terres palestiniennes, dans le but d’étendre les frontières de la colonie d’Umm Muhammadin.
Le même jour, Imad Haroun Ashtiyeh, ouvrier palestinien âgé de 26 ans, tentait d’escalader le mur de séparation afin de se rendre en Israël pour trouver du travail, accompagné de plusieurs hommes. Il a été abattu par les forces d’occupation alors qu’il franchissait la barrière. Selon la Fédération générale palestinienne des syndicats, il est le cinquième Palestinien tué cette année en tentant de passer en Israël pour travailler, et le 52e depuis le 7 octobre 2023. Au sud de Bethléem, Amjad Jawad Abdel Fattah Natsheh, Palestinien de 31 ans, a également été abattu par les forces d’occupation au carrefour de Gush Etzion.
Démolitions, terres et patrimoine : la dépossession se poursuit
Les incursions de l’armée d’occupation se poursuivent également quotidiennement. Le 27 mai, les forces d’occupation ont démoli deux établissements commerciaux et une structure agricole à l’est d’Hébron. Elles ont également rasé un réseau électrique et détruit des réservoirs d’eau.
Le 29 mai, Raafat Jawda Awadallah a été contraint de démolir lui-même sa maison dans le village de Qalandiya, au nord de Jérusalem occupée, sous la menace de lourdes amendes et d’une démolition forcée par les autorités israéliennes. Il avait tenté toutes les procédures judiciaires possibles pour empêcher sa destruction. Cette maison l’abritait, lui et les sept membres de sa famille, depuis plusieurs dizaines d’années.
Il avait reçu l’ordre de démolition trois jours plus tôt, soit le jour de l’Aïd al-Adha. Dans le même secteur, sept autres maisons ont été visées par des ordres de démolition israéliens, poussant également les propriétaires à procéder à l’auto-démolition afin d’éviter des sanctions financières supplémentaires. Les autorités israéliennes justifient ces destructions par l’absence de permis de construire. Or, la municipalité d’occupation de Jérusalem rend ces permis impossibles à obtenir pour les Palestinien·nes, les plaçant dans une situation où construire sans autorisation devient souvent la seule option. Cette politique, en violation du droit international et du droit humanitaire garantissant le droit au logement, constitue un outil de déplacement forcé, en poussant les Palestinien·nes à quitter la zone faute de pouvoir y conserver leur maison.
Le 1er juin, les autorités d’occupation ont démoli des commerces du marché central de légumes à Beita, au sud de Naplouse. Elles ont investi le marché à l’aube, contraint les commerçant·es à évacuer, puis fait intervenir un bulldozer qui a complètement détruit les étals de fruits et légumes.
Le 29 mai, Al Jazeera rapportait également un projet israélien visant à enregistrer numériquement les propriétés foncières en Cisjordanie. L’Autorité palestinienne des terres a dénoncé une “ une mesure coloniale dangereuse ”, estimant qu’elle représente “ une atteinte directe aux droits historiques et légaux du peuple palestinien sur ses terres et ses biens ”. Ce projet est présenté par des responsables palestiniens comme une nouvelle étape dans l’annexion administrative et juridique de la Cisjordanie occupée.
Les incursions autour des bassins de Salomon se poursuivent elles aussi. Cette zone touristique et historique majeure de Bethléem fait régulièrement l’objet d’incursions israéliennes, qui y organisent des rituels talmudiques tout en restreignant l’accès des Palestinien·nes au site. En réaction, des responsables palestinien·nes, des représentant·es d’institutions publiques et des acteur·rices de la société civile ont annoncé, le 1er juin, la formation d’un comité chargé de suivre et de documenter les incursions israéliennes dans la zone. Ils et elles ont appelé à renforcer la présence palestinienne sur place, notamment par des activités communautaires, touristiques et culturelles, ainsi qu’à mettre en place un plan de développement pour soutenir les agriculteur·rices et préserver le caractère historique et patrimonial de la région.



