Par Meriem Laribi, pour l’Agence Média Palestine, le 12 juin 2026
Israël s’est vanté d’expulser la journaliste française Alice Froussard le 12 juin, l’empêchant ainsi de se rendre en Cisjordanie occupée où elle travaille depuis de nombreuses années. La France a dit regretter cette décision tout en affirmant que celle-ci « relève de la souveraineté des autorités israéliennes ». Une déclaration qui a choqué.

Les autorités israéliennes ont empêché la journaliste française Alice Froussard d’accéder en Cisjordanie occupée où elle travaille depuis plusieurs années. Cette collaboratrice de Radio France Internationale (RFI), de Radio France et du journal Politis, a été refoulé puis expulsée, à son arrivée à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, le 11 juin 2026. Spécialiste de longue date de la Cisjordanie et du conflit israélo-palestinien, elle devait rejoindre Ramallah pour y réaliser un reportage lorsqu’elle a été interpellée par les services de contrôle aux frontières avant d’être renvoyée vers la France.
Le ministre israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichaï Chikli, s’est dit « ravi d’annoncer » cette expulsion sur le réseau X. Il s’est félicité du refoulement de la journaliste, l’accusant de « soutenir le Hamas » et d’avoir considéré que les attaques du 7 octobre 2023 devaient être replacées « dans leur contexte ». Le ministre a également affirmé que l’État d’Israël n’avait « plus de patience » envers les personnes qu’il considère comme soutenant le Hamas ou appelant à des sanctions contre Israël.
La réaction jugée « honteuse » de la diplomatie française
La diplomatie française a indiqué s’être mobilisée pour assister la journaliste. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, a déclaré que les services diplomatiques français avaient apporté leur soutien à Alice Froussard. Il a toutefois rappelé que la décision relevait de la « souveraineté » des autorités israéliennes. « Nous regrettons cette décision qui relève néanmoins de la souveraineté des autorités israéliennes vers qui je vous renvoie », a déclaré Pascal Confavreux lors de la conférence de presse du Quai d’Orsay le 12 juin 2026.
Alice Froussard travaillant en Cisjordanie occupée, cette déclaration de la part de la diplomatie française a de quoi surprendre. En effet, Israël impose des points de contrôle israéliens pour accéder au territoire palestinien occupé illégalement, que ce soit en passant par Tel Aviv ou par la Jordanie. N’importe qui voulant rejoindre le territoire palestinien est confronté à un contrôle israélien illégal. Alors qu’on aurait pu attendre de la France, qui condamne l’occupation de la Cisjordanie, qu’elle exige qu’Israël laisse passer la journaliste, la France semble au contraire valider par cette déclaration l’occupation de la Cisjordanie. « Contrairement à ce qu’affirme la diplomatie française, Israël n’a pas le droit de contrôler l’accès à la Palestine occupée […] la honte », a écrit Anne Tuaillon, présidente de l’Association France-Palestine solidarité, sur X.
Cette affaire intervient dans un contexte déjà tendu entre Paris et le gouvernement israélien, quelques jours après l’annonce par la France de mesures visant plusieurs responsables politiques israéliens favorables à la colonisation en Cisjordanie, dont les ministres Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir.
RFI dénonce une entrave à la liberté de la presse
Dans un communiqué, la direction de RFI a apporté son « plein soutien » à sa collaboratrice et a dénoncé une mesure constituant « une entrave à la liberté de la presse ». La radio publique française souligne qu’Alice Froussard disposait de l’autorisation de voyage requise et avait engagé les démarches nécessaires pour obtenir un visa de presse afin de travailler en Cisjordanie. Elle estime que cette expulsion intervient dans « un contexte de difficultés croissantes rencontrées par les journalistes pour couvrir l’actualité de la région ».
L’expulsion a également provoqué une réaction immédiate des organisations de défense de la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) a qualifié la mesure d’« injustifiable » et dénoncé une atteinte grave au droit d’informer. Jonathan Dagher, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation, a salué le travail d’une correspondante expérimentée qui couvre la Cisjordanie depuis de nombreuses années malgré des conditions de sécurité de plus en plus difficiles. Selon RSF, cette décision témoigne d’une volonté croissante des autorités israéliennes de limiter l’accès des journalistes étrangers aux territoires palestiniens.
L’Association de la presse étrangère en Israël (Foreign Press Association), qui représente plusieurs centaines de correspondants internationaux, a également dénoncé des accusations « scandaleuses » à l’encontre de la journaliste française et jugé son expulsion injustifiable.
Au-delà du cas individuel d’Alice Froussard, l’incident ravive les inquiétudes concernant les conditions de travail des journalistes couvrant la Palestine. Depuis le début du génocide à Gaza, les organisations professionnelles et les ONG de défense de la presse dénoncent régulièrement les obstacles rencontrés par les médias internationaux pour accéder au terrain et exercer leur mission d’information. L’expulsion de la journaliste française apparaît ainsi, pour ses soutiens, comme un symbole supplémentaire de la dégradation des conditions d’exercice du journalisme dans la région. Une profession menacée et ciblée par Israël.
Selon le site de recensement Stop murdering journalists, Israël a tué 321 journalistes à Gaza, deux en Cisjordanie et 27 au Liban. Les journalistes étrangers sont interdits d’entrée à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Et ils sont triés en Cisjordanie. Alice Froussard n’étant pas la première journaliste étrangère interdite d’entrée en Palestine, par Israël. Avant elle, plusieurs journalistes, en particulier les indépendants, dont Marius Jouanny, journaliste indépendant travaillant pour Politis ou Yannis M’hamedi de Blast ont écopé d’une interdiction d’entrée sur le territoire.



