Cisjordanie : Israël accélère le nettoyage ethnique et l’annexion de facto

Bilan hebdomadaire du 9 au 16 juin 2026

Alors que l’attention médiatique demeure largement concentrée sur la guerre contre l’Iran, la situation continue de se dégrader en Cisjordanie occupée. Cette semaine a, à nouveau, été marquée par une nouvelle accélération de la colonisation israélienne, des attaques de colons contre des villages palestiniens et leurs lieux de culte, la poursuite des déplacements forcés de population et la publication d’un rapport majeur d’Amnesty International accusant Israël de mener une campagne de « nettoyage ethnique » visant les communautés palestiniennes de la zone C.

Une vidéo montre la scène du meurtre de Sam, le bébé palestinien de sept mois, avant et après les tirs israéliens

Cette semaine, l’ONG B’tselem a contesté la version présentée par l’armée concernant la mort de Sam Abu Haikal, le bébé palestinien, âgé de sept mois, tué lors par des soldats israéliens d’une balle dans la tête, lors d’une incursion en Cisjordanie occupée. 

La vidéo publiée par B’Tselem sur X, la voiture a ralenti et s’est arrêtée à l’approche de deux soldats israéliens. Les images ne montrent pas le moment des tirs, mais les instants d’après, la famille palestinienne se tenant près de leur voiture tandis que le bébé saigne dans les bras de son père. Les soldats ne sont pas venus en aide aux blessés. « Après les tirs, le soldat qui avait ouvert le feu et un autre soldat qui l’accompagnait ont quitté les lieux sans vérifier le véhicule ni aider le bébé et sa mère, grièvement blessés », a affirmé B’Tselem, sur X.

Le 5 juin, un soldat israélien a ouvert le feu de manière mortelle sur une famille palestinienne qui rentrait d’une visite familiale, alors qu’elle circulait dans son véhicule dans le quartier de Tel Rumeida à Hébron, en territoire occupé. La fusillade a eu lieu alors que le père de famille, qui conduisait le véhicule, a aperçu des soldats postés sur la route et a ralenti. Sam, un bébé de 7 mois qui se trouvait à ce moment-là dans les bras de sa mère sur la banquette arrière, a été touché à la tête par les tirs et son décès a été constaté peu de temps après.

En trois ans, autant d’enfants tués que pendant les seize années précédentes

En moins de trois ans, l’armée israélienne a tué autant d’enfants et d’adolescents palestiniens que durant les seize années précédentes en Cisjordanie occupée, note la psychiatre palestinienne Samah Jabr, citée par le journal suisse Le Temps.

Cette hausse spectaculaire intervient dans un contexte de multiplication des opérations militaires israéliennes dans les villes et camps de réfugiés de toute la Cisjordanie occupée. Depuis octobre 2023, la Cisjordanie connaît l’une des périodes les plus violentes de son histoire récente, marquée par une intensification simultanée des opérations militaires israéliennes, des arrestations massives et des violences de colons.

Israël finance 61 nouvelles colonies avant même leur approbation

Plusieurs médias israéliens ont révélé que le gouvernement avait déjà débloqué des financements pour 61 nouvelles colonies et avant-postes en Cisjordanie avant même l’achèvement des procédures officielles d’approbation.

Alors que les gouvernements précédents cherchaient généralement à faire valider les projets avant leur financement, les autorités actuelles semblent considérer ces procédures comme une simple formalité administrative. Cette pratique vise à créer rapidement des faits accomplis sur le terrain afin de rendre toujours plus inconcevable toute perspective d’État palestinien viable.

L’État israélien finance les « jeunes des collines »

Le gouvernement israélien s’apprêterait à verser une allocation de 50 shekels par jour à des centaines de « Jeunes des Collines », selon une information rapportée notamment par The Times of Israël. Ces jeunes extrémistes juifs squattent dans des « avant-postes» qu’ils établissent sur les terres palestiniennes. Ces « avant-postes» sont considérés comme illégaux, y compris au regard du droit israélien, très souple à leur égard.

Ces financements témoignent, s’il le fallait encore, d’une volonté gouvernementale de renforcer durablement la colonisation et d’empêcher toute forme de vie et de tranquillité des Palestiniens sur leur terre.

Amnesty International accuse Israël de mener une campagne de « nettoyage ethnique »

Amnesty International a publié un nouveau rapport, le 10 juin, consacré aux communautés bédouines et pastorales palestiniennes de Cisjordanie.

Dans ce document de près de 150 pages, l’organisation estime qu’Israël mène une campagne « menée par l’État » visant à déplacer durablement les Palestiniens de la zone C afin d’accélérer l’annexion du territoire. Amnesty insiste sur le fait que les violences des colons ne constituent pas un phénomène marginal ou autonome mais un élément intégré à une politique plus large soutenue par les autorités israéliennes.

L’organisation a enquêté sur plusieurs dizaines de communautés palestiniennes déplacées ou menacées de déplacement depuis 2023. Selon ses conclusions, démolitions de logements, restrictions administratives, confiscations de terres, violences de colons, refus de permis de construire et déploiement militaire concourent à un même objectif : rendre impossible le maintien des Palestiniens sur leurs terres.

Amnesty affirme que plus d’une centaine de communautés palestiniennes ont été totalement ou partiellement vidées de leurs habitants entre janvier 2023 et avril 2026. L’organisation estime que ce processus relève du transfert forcé de population et parle explicitement de « nettoyage ethnique ».

Pour la secrétaire générale d’Amnesty, Agnès Callamard, « les abus ne sont pas le fait de quelques brebis galeuses » mais constituent au contraire un élément central d’une politique menée avec l’appui de l’État israélien.

Violences de colons : mosquées attaquées et villages pris pour cible

Dans le village de Marda, près de Salfit, dans le centre de la Cisjordanie occupée, des colons israéliens ont tenté d’incendier une mosquée après avoir inscrit des slogans racistes sur ses murs. Cette attaque rappelle les opérations dites de « price tag », menées depuis des années par des groupes de colons contre les Palestiniens et leurs lieux de culte lorsqu’ils estiment que la colonisation ne va pas assez vite à leur goût. Ces extrémistes juifs s’en prennent à des biens palestiniens qu’ils taguent avec des expression comme « Revenge » (« vengeance ») ou « Death to Arabs » (« mort aux Arabes »).

D’autres agressions ont eu lieu dans les gouvernorats de Ramallah, Jénine et Naplouse. Des habitants ont rapporté des destructions de biens, des incursions sur des terres agricoles, des intimidations de bergers et plusieurs tentatives d’installation de nouveaux avant-postes coloniaux.

À Burqa et Deir Dibwan, à l’est de Ramallah, des groupes de colons ont mené des attaques nocturnes contre des biens palestiniens. Des véhicules ont été incendiés et une mosquée a également été visée.

À Umm Safa, les habitants ont dénoncé l’installation d’une nouvelle structure coloniale à proximité immédiate des habitations palestiniennes. Dans de nombreuses régions de Cisjordanie, ce type d’installation constitue la première étape de la création d’un nouvel avant-poste colonial.

Taybeh, le village chrétien symbole de la pression croissante exercée sur les Palestiniens

Cette semaine encore, la situation du village de Taybeh a attiré l’attention. Dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie, Taybeh est devenu l’un des symboles des violences exercées par les colons contre les communautés palestiniennes vivant à proximité des colonies israéliennes.

Les habitants dénoncent une multiplication des intimidations, des incursions et des attaques contre les terres agricoles. Des responsables locaux ont également accusé des colons d’avoir entravé l’intervention des secours lors d’incendies survenus à proximité du village ces dernières semaines. Le cas de Taybeh illustre, s’il le fallait encore, le fait que les violences de colons ne touchent pas uniquement les communautés musulmanes mais l’ensemble de la population palestinienne vivant dans les zones convoitées par le mouvement colonisateur.

Arrestations, démolitions et déplacements forcés se poursuivent

Sur le terrain, les opérations militaires israéliennes se sont poursuivies tout au long de la semaine. Des arrestations ont été signalées dans plusieurs gouvernorats, notamment à Jénine, Tubas, Bethléem et Ramallah. Les incursions militaires dans les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie demeurent particulièrement fréquentes.

Parallèlement, les autorités israéliennes ont poursuivi les démolitions d’habitations et les notifications d’ordres de destruction visant des bâtiments palestiniens.

Les conséquences humanitaires de ces politiques sont considérables. Les opérations menées ces derniers mois dans les camps de Jénine, Tulkarem et Nour Shams ont déjà provoqué le déplacement de milliers de Palestiniens. Plusieurs organisations palestiniennes et internationales estiment qu’il s’agit de la plus importante vague de déplacements forcés observée en Cisjordanie depuis plusieurs décennies.

Les sanctions occidentales très timides

Face à l’accélération de la colonisation et à la multiplication des violences de colons, plusieurs pays occidentaux ont annoncé le 9 juin de nouvelles sanctions coordonnées, qui restent symboliques au regard de la gravité de la situation, et comparativement à ce que l’occident applique comme sanctions contre des pays comme la Russie, l’Iran ou le Venezuela.

La France, le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège ont sanctionné plusieurs individus, organisations et réseaux impliqués dans le financement ou l’organisation de violences contre des Palestiniens en Cisjordanie. Ces mesures ont été coordonnées avec des sanctions déjà annoncées par l’Australie et la Nouvelle-Zélande. La France a notamment interdit l’entrée sur son territoire au ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich ainsi qu’à plusieurs dirigeants du mouvement colonisateur.

Dans leur déclaration commune, les gouvernements concernés ont dénoncé « des niveaux horrifiants de violences de colons » et estimé que l’expansion continue des colonies bénéficiait du soutien direct du gouvernement israélien.

Le chiffre de la semaine : plus de 100 communautés déplacées de force par Israël

Selon les données citées par Amnesty International, plus d’une centaine de communautés palestiniennes ont été totalement ou partiellement vidées de leurs habitants entre janvier 2023 et avril 2026 en Cisjordanie occupée.

Pour l’organisation, ce chiffre illustre l’ampleur du processus de déplacement forcé actuellement à l’œuvre dans la zone C et la rapidité avec laquelle progresse l’annexion de fait du territoire palestinien.

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