Alors que l’UNRWA traverse la plus grave crise financière de son histoire récente, le Board of Peace associé à Donald Trump affirme que l’agence des Nations unies « n’a pas sa place dans la nouvelle Gaza ». Une offensive qui suscite une levée de boucliers à l’ONU, dans le monde arabe et parmi les organisations de défense des droits humains, où l’on dénonce une tentative d’effacer le mandat international des réfugiés palestiniens.

Par l’Agence Média Palestine, le 3 juillet 2026
L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) fait face à une double menace. D’un côté, une crise financière sans précédent qui compromet la poursuite de ses missions humanitaires. De l’autre, une offensive politique ouverte après les déclarations du Board of Peace, instance associée à l’initiative de paix portée par Donald Trump, affirmant que « l’UNRWA n’a pas sa place dans la nouvelle Gaza ».
Ceci intervient alors même que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, alerte sur le risque d’effondrement de l’agence. Le 30 juin, lors de la conférence annuelle des donateurs organisée au siège des Nations unies, António Guterres a lancé l’un des avertissements les plus graves formulés ces dernières années concernant l’avenir de l’UNRWA.
« La sécurité et le bien-être de millions de réfugiés palestiniens sont en jeu. »
Le secrétaire général a décrit des conditions de vie « absolument effroyables » à Gaza, tout en évoquant l’expansion de la colonisation en Cisjordanie, les violences des colons israéliens et les conséquences des frappes israéliennes au Liban. Il a surtout souligné que l’agence est désormais confrontée à un déficit de trésorerie de près de 100 millions de dollars, menaçant directement la poursuite de ses opérations : « La situation de l’Agence est de plus en plus précaire. Elle fait face à des restrictions de grande ampleur dans les territoires palestiniens occupés et à un manque de liquidités qui met en danger son travail dans toute la région. » Guterres a également dénoncé ce qu’il qualifie d’attaque politique contre l’agence : « Je suis consterné par les efforts continus pour marginaliser et saper l’UNRWA, via la désinformation, des campagnes diffamatoires, des actions législatives, des restrictions opérationnelles, des obstacles diplomatiques et plus encore. »
Selon l’ONU, plus de 390 employés de l’UNRWA ont été tués par Israël depuis le début de la guerre à Gaza.
Le « Board of Peace » veut écarter l’UNRWA de la future gouvernance de Gaza
C’est dans ce contexte que le Board of Peace, structure associée au projet politique soutenu par Donald Trump, a publié un message affirmant qu’il n’y avait pas de place pour l’UNRWA dans son projet pour Gaza. Le texte appelle à « tourner la page de la dépendance à l’aide » et du conflit, laissant entendre que d’autres mécanismes humanitaires devraient remplacer l’agence onusienne dans la reconstruction de Gaza. Cette déclaration remet en cause sa présence même de l’UNRWA dans l’après-génocide.
Juridiquement, le Board of Peace ne dispose d’aucune compétence pour mettre fin au mandat de l’agence et n’a reçu aucun mandat dans ce sens. Créée en 1949 par la résolution 302 de l’Assemblée générale des Nations unies, l’UNRWA relève exclusivement des Nations unies. Son mandat a récemment été renouvelé jusqu’en 2029.
Levée de boucliers
Les réactions n’ont pas tardé. Ancienne négociatrice de l’OLP et figure politique palestinienne de premier plan, Hanan Ashrawi a résumé la situation dans un post X : « Non seulement le “Conseil de la Paix” a adopté le discours et l’agenda d’Israël, mais il lui a accordé un soutien total alors qu’il continue d’étendre la “ligne jaune” en entassant les Palestiniens sur moins de 30 % de Gaza tout en poursuivant ses bombardements, tirs d’obus et meurtres quotidiens des Palestiniens assiégés. Les points de passage sont fermés, et aucune unité mobile ni même tente n’a été autorisée à entrer ; la nourriture est minimale et les fournitures médicales et alimentaires sont sévèrement restreintes. Le Comité national (administratif) n’a pas été autorisé à entrer, et aucune reconstruction, ni même déblaiement des décombres, n’est en vue. Le génocide se poursuit et le monde reste silencieux. »
La Ligue des États arabes a dénoncé des déclarations qui constituent selon elle « une atteinte directe aux droits historiques et juridiques des réfugiés palestiniens ». L’organisation rappelle que seul le système des Nations unies peut décider de l’avenir de l’UNRWA et souligne que l’agence demeure indispensable tant qu’aucune solution juste à la question des réfugiés palestiniens n’a été trouvée.
L’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme considère lui aussi que les déclarations du Board of Peace dépassent largement le simple débat humanitaire. Dans un communiqué publié le 3 juillet, l’organisation estime que « mettre fin au rôle de l’UNRWA ne s’attaque pas aux causes du conflit, mais les perpétue ». L’ONG rappelle que l’agence constitue le principal mécanisme international de protection de près de 5,9 millions de réfugiés palestiniens et avertit que toute tentative de contourner son mandat représenterait une violation de l’ordre juridique international.
Malgré les pressions, des États continuent de financer l’UNRWA
Alors que plusieurs gouvernements occidentaux avaient suspendu leurs contributions en 2024 avant de les reprendre progressivement, la conférence des donateurs du 30 juin a montré que de nombreux États maintiennent leur soutien. L’Union européenne, premier bailleur institutionnel de l’UNRWA, a pour sa part réaffirmé son soutien au mandat de l’agence et rappelé qu’elle lui consacre 82 millions d’euros par an, auxquels s’ajoutent 17,6 millions d’euros d’aide humanitaire en 2026. La Malaisie a annoncé une contribution de 1 million de dollars répartie sur cinq ans (2026-2030), soit 200 000 dollars par an, réaffirmant son soutien au mandat de l’agence. La Thaïlande a renouvelé son engagement sur cinq ans (2027-2031) en annonçant 200 000 dollars, auxquels s’ajoutent 50 000 dollars pour répondre à l’urgence humanitaire de 2026. La diplomate thaïlandaise Pawaree Xuto Chaipatiyut a déclaré : « Soutenir l’UNRWA n’est pas seulement un impératif humanitaire, mais aussi un investissement dans la dignité, la stabilité et l’espoir pour des millions de réfugiés palestiniens. »
Plusieurs autres pays ont réaffirmé leur attachement au travail « indispensable » de l’UNRWA. Le projet du Board of Peace de marginaliser l’agence apparaît donc politiquement isolé mais sa situation financière est inquiétante. L’UNRWA assure aujourd’hui des services d’éducation, de santé, de protection sociale et d’aide alimentaire à près de 5,9 millions de réfugiés palestiniens en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Pour António Guterres, la disparition ou l’affaiblissement de l’agence créerait un vide impossible à combler : « Toute nouvelle réduction pourrait faire basculer la situation au-delà du point de rupture. »
Face aux déclarations du Board of Peace, l’ensemble des réactions institutionnelles convergent sur un point : le mandat de l’UNRWA relève exclusivement de l’Assemblée générale des Nations unies. Le débat ne porte donc plus uniquement sur son financement, mais sur la place que conservera la question des réfugiés palestiniens dans tout futur règlement politique du conflit. En appelant à exclure l’UNRWA d’une future gouvernance de Gaza, le Board of Peace ne remet pas seulement en cause une agence humanitaire. Il s’attaque à l’un des derniers fondements juridiques de la question des réfugiés palestiniens, au moment même où l’ONU alerte sur un risque d’effondrement de l’organisation.
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