Une « Rafah verte » derrière les murs de la « ligne jaune » : l’occupation israélienne montre ses vraies couleurs à Gaza

Le gouvernement israélien a approuvé un projet de construction sous contrôle israélien d’une zone résidentielle palestinienne sur les ruines de Rafah, un projet qui entérine la division par Israël du territoire Gazaoui.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 10 août 2026



Selon Israeli Army Radio, le gouvernement israélien a approuvé un plan de construction d’une zone résidentielle sous contrôle israélien, destinée à accueillir des Palestinien-nes réfugié-es sur les ruines de Rafah, confirmant une volonté de fracturer le territoire gazaoui et d’y pérenniser sa présence.

Baptisé « Green Rafah », le projet comprendrait des travaux d’excavation et le raccordement aux réseaux d’électricité, d’eau et d’assainissement, qui seraient entièrement supervisés par l’armée israélienne. Les ouvrier-es palestinien-nes qui pourraient être amené-es à y travailler seraient soumis-es à un contrôle de sécurité du Shin Bet avant d’être autorisé-es à pénétrer dans la zone.

Le reportage précise que la zone, une fois construite, passerait sous le contrôle d’une force multinationale, précise le reportage d’Israeli Army Radio. Mais dans la mesure où la ville de Rafah se trouve derrière la « ligne jaune » israélienne, on peut supposer que l’armée israélienne s’octroirait un droit de regard sur les Palestinien-nes autorisé-es à s’y rendre comme à en sortir.

Un flou volontaire

Le gouvernement israélien a répondu à cette annonce en affirmant que le projet en question serait en réalité l’initiative pilote, soutenue par les Émirats arabes unis et déjà en cours depuis plusieurs mois, visant à mettre en place des logements temporaires « à l’abri » de l’influence du groupe palestinien Hamas. Il pourrait s’agir du plan connu sous le nom de « zones humanitaires sans Hamas », que le Conseil de la Paix avait approuvé le mois dernier. 

Ces annonces successives et parfois contradictoires ne sont pas un hasard, selon Daniel Levy, qui considère dans un article du journal The New Arab que ces projets n’ont pas nécessairement vocation à se concrétiser, mais visent avant tout à donner une impression d’avancement tout en implantant une nouvelle réalité à Gaza.

Il estime que l’ambiguïté entourant de tels projets permet à Israël de garder ouvertes plusieurs perspectives, et notamment celles d’enclaves palestiniennes étroitement contrôlées, d’une occupation prolongée et, potentiellement, d’une éventuelle colonisation israélienne.

Alors que les négociations sont au point mort après le refus par Israël du plan de désarmement accepté par le Hamas, des projets tels que « Green Rafah » visent à créer des cantons isolés placés sous le contrôle administratif et sécuritaire total d’Israël.

Les Palestinien-nes de Gaza, éreinté-es par bientôt trois ans de guerre génocidaire et 17 ans de siège illégal israélien, pourraient se retrouver, selon l’analyste d’Al Jazeera Ahmed al-Atawneh, confronté-es à trois choix : « Soit ils-elles se soumettent entièrement aux politiques israéliennes, soit ils-elles risquent la mort ou l’emprisonnement s’ils résistent, soit ils-elles émigrent. »

« Israël n’a aucun intérêt à ce que Gaza soit reconstruite »

Le plan de « paix » signé en octobre 2025 prévoyait l’entrée dans l’enclave, non seulement d’aide humanitaire, mais aussi de matériaux visant à permettre la reconstruction progressive de Gaza. Un engagement qu’Israël n’a pas respecté, allant jusqu’à restreindre l’entrée de tentes et de préfabriqués destinés à fournir des abris sommaires à la population démunie.

La ligne jaune, censée être provisoire, a été déclarée « nouvelle frontière » par les représentants de l’armée israélienne, et cette dernière continue de la déplacer progressivement, grignottant le territoire palestinien en violation flagrante de l’accord de « paix ». La semaine dernière, un article de l’Associated Press révélait en outre que des murs étaient en construction le long de la ligne, soulignant la volonté israélienne de maintenir sa position.

« En temps de guerre… Le camp vaincu perd. L’Allemagne, qui a perdu la Seconde Guerre mondiale, a été contrainte de céder 25 % de son territoire. » S’exprimant au micro de la radio israélienne 103FM, le général de division à la retraite Giora Eiland s’emparait de cette comparaison pour appuyer son exposé en faveur d’une pérennisation de la présence israélienne à Gaza :

« À cela s’ajoute la nécessité territoriale de la Ligne jaune, à laquelle nous ne devons en aucun cas renoncer. C’est une guerre, l’ennemi a perdu, et nous avons besoin de terres, non pas pour la colonisation, mais pour servir de zone tampon de sécurité entre les colonies et les zones où l’armée israélienne peut se déployer. »

Si cette allocution n’est pas une déclaration officielle du gouvernement israélien, elle n’en illustre pas moins la position : pas de retrait des troupes israéliennes, pas de reconstruction pour Gaza, et une pérennisation de la présence militaire israélienne.

« Plus le désespoir est grand à Gaza, plus la destruction est importante, et plus le monument commémorant ce qu’ils ont fait le 7 octobre sera imposant dans les années à venir, mieux ce sera », ajoutait Eiland dans son interview, avant de conclure que « Israël n’a aucun intérêt à ce que Gaza soit reconstruite, il vaut mieux pour nous qu’elle reste détruite pour les générations à venir. »

Derrière cette déclaration se dessine une stratégie de nettoyage ethnique de Gaza sous couvert de « départ volontaire » : que ce soit par le siège, les bombes ou les plans de reconstruction partiels et contradictoires, l’objectif est de rendre Gaza inhabitable pour en chasser ses habitant-es palestinien-nes. Et en sous-texte, la perspective toujours plus explicite d’une implantation de colonies israéliennes sur le territoire palestinien occupé.



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