Le « Conseil de la paix » abandonne-t-il toute perspective de reconstruction de Gaza ?

Les projets de reconstruction du « Conseil de la paix » pour Gaza sont passés en quelques mois d’une Riviera futuriste à un camp temporaire de modules préfabriqués. 

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 20 juillet 2026



Comme l’annonçait l’Agence Média Palestine dans cet article du 6 juillet dernier, l’autoproclamé « Conseil de la paix » a revu à la baisse ses projets pour Gaza, gelant toute perspective de reconstruction au profit de l’aménagement d’une « zone humanitaire sans Hamas » dans la région de Tal as-Sultan, près de Rafah.

De nouveaux éléments, publiés par The Guardian et Middle East Eye, viennent confirmer ce glissement, et alimentent la crainte d’un déplacement forcé de la population de Gaza par les autorités israéliennes.

Des zones « humanitaires » fermées

Selon The Guardian, quelques officiers marocains et kosovars sont arrivés en Israël au cours du mois dernier, où la base logistique destinée aux Forces internationales de stabilisation (FSI), est en voie d’achèvement au poste-frontière de Kerem Shalom, l’un des seuls passages encore partiellement ouverts pour rejoindre la bande de Gaza.

Les FSI seraient chargées de sécuriser cette zone « humanitaire » fermée, administrée par le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG). Ce dernier serait pour sa part chargé du filtrage des civils non armés, seuls habilités à entrer dans la zone.

Toutefois, les travaux préparatoires du camp pilote n’ont pas encore commencé, pas plus que la construction de la base de soutien des FSI destinée à ce camp. Les images satellites de la zone montrent un terrain remué, mais aucune nouvelle structure. Selon plusieurs médias, les travaux pourraient attendre la fin de la période électorale israélienne, soit la toute fin du mois d’octobre 2026.

Quoi qu’il en soit, le principe de zones humanitaires fermées suscite de fortes réserves dans la communauté humanitaire. Muhammad Shehada, chercheur associé au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), déclare dans un article de l’Humanité craindre que ce projet ne tende qu’à donner « l’illusion d’un progrès » à Gaza. Selon lui, ce projet pourrait en fait laisser plus de liberté d’action à l’armée israélienne sur le reste du territoire, et fragmenterait l’autorité du NCAG.

Le projet ne concernerait en outre qu’un « nombre symbolique et infime de Palestiniens », laissant le reste de la population vulnérable aux attaques israéliennes incessantes, et dans une situation humanitaire catastrophique.

Abandon ou inertie structurelle ?

Depuis l’entrée en vigueur du soi-disant « cessez-le-feu », Israël a multiplié les violations de ses propres engagements, poursuivant ses opérations militaires d’expansion de sa zone de contrôle, maintenant son siège illégal de l’enclave et y multipliant des « assassinats ciblés », tuant plus de 1 120 Palestinien•nes depuis octobre 2025. Le Conseil de la paix, officiellement mis en place pour appliquer l’accord, n’a non seulement pas condamné ces violations, mais a peu à peu adopté la position israélienne, en contradiction avec ses propres engagements. 

« L’objectif est simplement de faire en sorte que les choses continuent, de maintenir le jeu en cours, car si l’on s’arrête, d’autres, avec un programme plus extrême, n’attendent que de prendre le relais, et ils parlent de transfert massif de population et de colonisation », explique un diplomate dans l’article du Guardian, laissant supposer que ce recul serait le reflet d’un déficit d’influence des États-Unis. En outre, plusieurs sources avaient révélé en mai dernier les difficultés de financement auxquelles se retrouvait confronté le « Conseil de la paix », immobilisé depuis le début de l’agression israélo-étasunienne en Iran.

Ce rétropédalage ne peut pourtant pas vraiment surprendre, quand la volonté israélienne de ne pas respecter les termes de l’accord était explicite avant même sa ratification. Le déploiement des Forces Internationales de Stabilisation, et l’entrée sur le territoire de Gaza du NCAG, restent bloqués dans l’attente d’une autorisation israélienne sans cesse reportée. 

Pendant ce temps-là, des membres du gouvernement israélien formulent des appels de plus en plus explicites à la colonisation totale du territoire palestinien de la bande de Gaza et à l’expulsion de sa population, jusqu’à participer hier à la « Marche des milliers ».

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