Cisjordanie occupée : l’indignation internationale échoue à faire cesser la violence coloniale

Point hebdomadaire sur la situation en Cisjordanie occupée : semaine du 12 au 18 août

Par l’Agence Média Palestine, le 18 août 2026

Alors que l’ONU dénonce que la violence des colons atteint « des niveaux intolérables » en Cisjordanie occupée et que de nombreux pays ont condamné le siège de Qusra, l’armée israélienne continue de protéger voire d’aider les colons dans leurs exactions.



Le siège de Qusra se poursuit malgré les condamnations

Depuis 10 jours aujourd’hui, 15 Palestinien·nes dont plusieurs enfants sont piégé·es dans leurs maisons dans la province de Qusra, assiégées par des colons israéliens eux-même assistés par l’armée israélienne. 

Les équipes municipales ont enfin pu rétablir l’électricité et l’eau, après huit jours de coupure, mais les familles affirment qu’on leur a interdit de quitter leur domicile. Les soldat·es israélien·nes ont démonté la tente érigée par les colons, avant d’y installer leur propre tente au même endroit.

Hier, le propriétaire de l’une des trois maisons, Loui Ridi, un palestinien vivant aux États-Unis (dont il a également la nationalité), est revenu sur sa terre pour rejoindre sa famille et défendre son domicile. Selon des sources locales, les colons tentent depuis près de quatre mois de s’introduire dans ces habitations pour s’en emparer, contraignant les membres des familles concernées d’organiser un roulement pour y assurer une présence constante afin de les protéger.

« Ça a été un cauchemar », a résumé Loui Ridi à son retour, pour raconter la manière dont il a assisté au siège de sa famille et de sa propre maison à la télévision, avant de pouvoir rejoindre ses proches. « C’était terrifiant de voir des colons devant ma maison, mais encore plus terrifiant de les voir serrer la main aux soldats qui étaient censés venir nous protéger. » 

Les habitant·es dénoncent en effet que l’armée israélienne n’a pas l’intention d’empêcher le siège mais bien de le protéger, comme nous l’expliquions hier dans cet article de l’Agence Média Palestine.

Interrogée par Al Jazeera, la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese a qualifié Qusra de « point culminant » du « règne d’impunité » d’Israël, qui dure depuis des décennies, affirmant que les responsables israéliens « semblent collaborer avec les colons plutôt que de les freiner. »

Loin des caméras, les mêmes violences se répètent

Le siège de Qusra a attiré une attention médiatique particulière et a été vivement condamné par la communauté internationale, sans résultat à ce jour, mais il est loin d’être le seul exemple de la violence coloniale qui sévit en Cisjordanie occupée.

Au nord de Naplouse, des colons ont assiégé une maison pendant plus de trois heures dimanche, empêchant les habitant·es et les ambulances d’accéder aux personnes qui s’y trouvaient. Les forces israéliennes ont ensuite elles-mêmes fait irruption dans la maison, arrêté les neuf personnes qui s’y trouvaient, puis se sont retirées. Par ailleurs, des soldat·es ont empêché les équipes du Croissant-Rouge palestinien d’accéder à la zone et ont confisqué les clés de leur ambulance.

Au nord-ouest de Ramallah, des colons israéliens ont érigé des tentes dans le but d’établir un nouvel avant-poste de colonie dans la région de Wadi Zeytun, près du village d’Umm Safa, et dans le village de Burqa. Avec ces nouvelles occupations, le nombre d’avant-postes entourant les deux villages voisins pourrait passer à six. Al Jazeera indique que les colons se sont emparés d’environ 4 700 des 4 800 dunams d’Umm Safa (soit environ 470 des 480 hectares), et 10 000 des 12 000 dunams de Burqa (1 000 des 1 200 hectares).

Alors que ces avant-postes sont construits sans autorisation, les forces israéliennes ont démoli des habitations à Qalandiya, au nord de Jérusalem ; à Masara, au sud de Bethléem ; et à Silwan, dans Jérusalem-Est occupée, selon des photos et des vidéos partagées par des militants locaux. Les autorités israéliennes ont également contraint Sami Abu Rahma à démolir sa propre ferme à al-Mughayyir, quelques jours après que son fils eut été abattu par des colons travaillant sur ces mêmes terres.

La Commission de résistance à la colonisation et au mur a déclaré à Wafa que les autorités israéliennes avaient procédé à 80 démolitions rien qu’au mois de juillet, touchant 165 structures, et que 34 autres avis de démolition avaient été émis.

Un infirmier de 26 ans paralysé à vie

La violence coloniale s’est également déchainée cette semaine à Hébron, où des colons ont attaqué, frappé et tiré sur des Palestinien·nes vendredi 14 et dimanche 16 août, faisant plusieurs blessés dont un infirmier de 26 ans, désormais paralysé.

Selon Abdullah Abu Khaled, membre du conseil municipal, des colons israéliens armés vivant dans une colonie établie sur des terres palestiniennes à l’est d’Hébron avaient organisé une fête, au cours de laquelle ils ont attaqué des maisons palestiniennes situées à proximité. 

Mohammad Nabil Al-Mutawir était en train de travailler à la construction de sa maison en vue de son futur mariage lorsqu’il a été touché d’une balle dans le dos, endommageant gravement sa moelle épinière et entrainant une paralysie permanente. Il se remet actuellement à l’hôpital Al-Ahli d’Hébron. Une jeune femme et un autre jeune homme palestinien·nes ont également été blessé·es par balle.

Ibrahim Al-Namoura, président de l’Association palestinienne des infirmiers, qualifie cette fusillade d’attaque contre un civil non armé, alors qu’il se tenait devant la maison qu’il préparait pour sa future famille. Il en appelle aux organisations internationales de soins infirmiers, notamment le Conseil international des infirmières, afin de solliciter un suivi international et juridique concernant cette attaque et l’état de santé d’Al-Mutawir.

Interrogé par l’agence Wafa, le jeune infirmier s’est déclaré déterminé à retourner dans sa maison malgré les menaces perpétuelles des colons : « cette blessure entravera mes mouvements, mais elle ne brisera pas ma volonté. »

Des enfants de colons attaquent une ambulance

Dans une vidéo ahurissante filmée par des membres du Croissant-rouge palestinien et diffusée par Al Jazeera, on voit des enfants de colons israéliens assaillir et jeter des pierres sur une ambulance, avant de la suivre à bord d’un quad miniature. 

Filmée de l’intérieur du véhicule de secours, qui transportait alors un patient palestinien dans la localité de Tel Rumeida à Hébron, la scène est glaçante : les enfants semble âgés de moins de douze ans, encadrés de soldat·es que ne paraissent pas intervenir.

La violence symbolique de la scène ne fait que souligner le niveau de déshumanisation des Palestinien·nes aux yeux des colons israéliens, quand les ambulances palestiniennes sont régulièrement interceptées et empêchées de passage, tant par l’armée que par les colons israéliens.

La semaine dernière, l’Observatoire des Nations unies (ONU) a déclaré que les attaques et les exactions commises par des colons israéliens contre des habitations palestiniennes avaient atteint « des niveaux intolérables », appelant les autorités israéliennes à expulser les colons qui recourent à la violence, s’emparent illégalement de terres palestiniennes et étendent les colonies israéliennes.

L’ONU a rappelé que la Cour internationale de justice a confirmé que toutes les colonies israéliennes sont illégales et qu’Israël doit mettre fin à toutes ses activités coloniales, évacuer tous les colons, y compris ceux qui terrorisent les Palestinien·ness à Qusra et à Jalud, et mettre un terme à sa présence illégale en Cisjordanie.

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