Alors que des habitant·es du village de Qusra sont assiégé·es par des colons israéliens depuis plus d’une semaine, l’inaction stratégique de l’armée israélienne souligne sa complicité active.
Par l’Agence Média Palestine, le 17 août 2026

Le village de Qusra est situé en Cisjordanie occupée, dans la localité de Naplouse. Qusra est située dans la zone B, qui représente environ 21 % de la Cisjordanie. Cette zone est théoriquement administrée par l’Autorité palestinienne qui gère les affaires civiles, telles que l’éducation, la santé et l’économie, mais Israël conserve le contrôle total de la “sécurité” et ses forces peuvent y pénétrer à leur guise.
Dimanche 9 août dernier, des dizaines de colons israéliens ont encerclé trois habitations palestiniennes dans la zone de Ras al-Ain, située en haut d’une colline à la périphérie du village, coupant l’eau et l’électricité et empêchant le passage de provisions, que ce soit de l’eau, de la nourriture ou des médicaments.
Une quinzaine de Palestinien·nes des familles Abu Rida et Hassan vivent dans ces habitations. Ils et elles expliquent que les colons provenant d’avant-postes voisins tentent depuis des mois de s’emparer de ces propriétés. Craignant que ces derniers ne s’emparent aussitôt de leurs maisons, ils et elles ont refusé de les quitter.
L’inaction stratégique de l’armée
Les familles indiquent avoir appelé l’armée israélienne à l’aide et que des soldat·es sont bien arrivé·es, mais n’ont pas délogé les assaillants : au contraire, des images diffusées en ligne les montrent boire et prier avec les colons.
Alors que l’incident attirait progressivement l’attention internationale au cours de la semaine, l’armée israélienne a finalement déclaré lancer une opération visant à expulser les colons et a déclaré le village zone militaire fermée.
Mais les colons n’ont pas été expulsés, et aucune arrestation n’a été signalée. Au lieu de cela, les forces israéliennes ont déployé un grand nombre de soldat·es dans le village, forçant une vingtaine de familles palestiniennes à quitter leurs maisons et s’emparant de plusieurs propriétés, qui ont été temporairement transformées en postes militaires.
Sur la colline de Ras al-Ain, les soldat·es ont forcé les habitant·es de deux des maisons assiégées à partir, les contraignant à se réfugier dans la troisième.
« Les soldats nous ont expulsés de force de ma maison et de celle de mon voisin Yousef, puis nous ont transférés chez son frère Rizq. Ils nous ont coupés de tout approvisionnement essentiel et nous ont empêchés de sortir, même pour aller chercher des produits de première nécessité chez nous », raconte Qusay Abu Rida, l’un des habitant·es, interrogé par Middle East Eye.
Jeudi soir, les forces israéliennes se sont retirées du domicile d’Abu Rida après y avoir causé des dégâts. Les images des caméras de sécurité montrant le siège mené par les colons auraient également été détruites par les soldat·es, qui ont démonté la tente des colons sans pour autant les expulser de la zone. Les tentes ont depuis été remontées.
Samedi, des colons israéliens ont attaqué une équipe de la municipalité de Qusra alors qu’elle tentait de rétablir l’électricité dans des habitations assiégées. Les forces israéliennes n’ont pas empêché cette attaque, et ont au contraire arrêté trois membres de l’équipe palestinienne.
En déclarant la localité « zone militaire fermée », l’armée israélienne n’avait pas l’intention d’empêcher le siège mais bien de le protéger, dénoncent les habitant·es qui indiquent que les soldat·es ont empêché les militant·es, israélien·nes comme étranger·es, de rejoindre les familles assiégées. Ce n’est que dimanche matin que l’UNICEF a pu livrer de la nourriture et des fournitures médicales aux trois foyers assiégés, mais les forces israéliennes ont empêché la livraison d’un camion-citerne d’eau aux habitant·es.
Beaucoup de réactions pour peu d’action
Le siège de Qusra soulève, depuis la semaine dernière, de vives critiques de la communauté internationale, y compris parmi les plus grands soutiens d’Israël et jusqu’au gouvernement israélien lui-même.
« La France condamne avec la plus grande fermeté l’occupation par des colons israéliens de plusieurs habitations palestiniennes situées dans le village d’Al Qusra en Cisjordanie, ainsi que les violences perpétrées à l’encontre des civils palestiniens », a déclaré vendredi le ministère des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot dans un communiqué, appelant « à arrêter et à traduire en justice les auteurs. »
De nombreux gouvernements occidentaux se sont alignés sur cette position, qui est celle du droit international, sans pour autant appeler à des mesures coercitives ni à des sanctions. Ces condamnations, bien que creuses, ont couvert un spectre très large et jusqu’à l’ambassadeur des États-Unis en Israël lui-même, Mike Huckabee, qui a condamné les colons en les qualifiant de « terroristes israéliens ».
Selon une information de l’agence de presse Reuters, les États-unis auraient tenté de faire pression, au cours de la semaine passée, sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, pour qu’il condamne publiquement les violences commises par des colons en Cisjordanie occupée.
Si cette condamnation n’a pas été prononcée, le porte-parole du gouvernement a néanmoins qualifié de « déplorables » et « inacceptables » les agissements des colons assiégeant les 3 maisons de Qusra, promettant une enquête et l’arrestation des responsables.
Cette dernière déclaration est considérée par les Palestinien·nes et leur soutien comme une mascarade. « Les tentatives du gouvernement de se distancier de la violence sont ridicules », explique sur Al Jazeera Aida Touma-Sliman, députée israélienne représentant le parti de gauche Hadash. « Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais ils sont complices. Si l’on observe la Cisjordanie, on ne peut plus faire la distinction entre l’armée et les colons », ajoute-elle, précisant que de nombreux colons effectuent leur service militaire en protégeant les mêmes colonies illégales dont ils et elles sont issu·es. « Le gouvernement les approvisionne, les protège et les arme. Il ne s’oppose pas à eux. Les soutenir, c’est sa politique. »
Pour Erika Guevara Rosas, directrice principale chargée du plaidoyer chez Amnesty International, le siège de Qusra n’est qu’un exemple parmi d’autre d’une stratégie globale. Dans un communiqué paru la semaine dernière, elle déclare que « les horreurs qui se déroulent à Qusra reflètent l’escalade et l’expansion implacables d’un schéma accéléré et bien documenté de terreur coordonnée et stratégique perpétrée par les colons, rendue possible, soutenue et financée par l’État d’Israël. »
Les habitant·es de Qusra restent néanmoins décidés à résister à ces attaques. Sur Al Jazeera, Qusai Abu Reida, un habitant assiégé, témoigne de cette détermination : « Nous resterons inébranlables et nous resterons patients, ce qui signifie que même s’ils nous coupent l’accès à la nourriture, à la subsistance et aux médicaments, et même si nous ne buvons que de l’eau et du sel, nous avons conclu un pacte avec nous-mêmes et avec nos voisins Youssef et Rizq : nous ne quitterons pas cet endroit, sauf en martyrs », dit-il. « Il nous est impossible de quitter cette maison, car c’est le fruit de nos efforts et de ceux de la terre de nos ancêtres ; nous ne la céderons donc pas à la légère. »



