Pop-corn et dessins animés : bref répit loin de la guerre dans un cinéma de Gaza

Un groupe de jeunes filles déplacées à Gaza trouve des moments de joie, de sécurité et d’expression personnelle lors d’une projection hebdomadaire de films.

Par Maram Humaid, le 25 août 2026

Du pop-corn et des faux billets de cinéma permettent de recréer l’expérience d’une sortie au cinéma pour les jeunes filles déplacées de Gaza [Abdelhakim Abu Riash/Al Jazeera]



Chaque jeudi, Natalie al-Hatoum, 14 ans, attend quelque chose avec impatience. Elle se prépare tôt, dit au revoir à sa mère et se rend au cinéma.

Mais ce n’est pas un multiplexe comme les autres. Nous sommes à Gaza, qui subit depuis près de trois ans la guerre génocidaire menée par Israël. Il y a bien une billetterie et du pop-corn, mais tout cela fait partie du décor : il s’agit davantage d’une « expérience cinématographique » que d’une véritable séance de cinéma.

Au lieu d’un écran de cinéma, il y a un téléviseur, et au lieu de fauteuils de salle, des chaises en plastique.

Les jeunes filles qui assistent aux projections hebdomadaires organisées par une association caritative à Deir el-Balah sont toutes déplacées, comme Natalie, et cherchent à s’évader, de quelque manière que ce soit, de la vie qu’elles mènent depuis le début de la guerre.

« J’aime beaucoup le cinéma parce que ça nous change d’air. Ça donne l’impression de ne pas vivre la guerre, de ne pas vivre ces jours difficiles », explique-t-elle.

Natalie est originaire du quartier de Remal, à Gaza, mais elle vit en exil avec sa famille dans une unique chambre louée dans le centre de Gaza depuis que leur maison a été bombardée au cours des premiers mois de la guerre, qui a débuté en octobre 2023 et a fait jusqu’à présent plus de 73 000 victimes parmi les Palestiniens.

Natalie et sa famille ont échappé de justesse à cette attaque, et elle a également perdu son grand-père, sa grand-mère et un cousin pendant la guerre.

« Ces événements m’ont beaucoup affectée psychologiquement », confie-t-elle. « J’ai été très choquée. Je repense sans cesse aux souvenirs que j’avais avec mon cousin, et cela me rend très triste. »

Alors que les attaques israéliennes se poursuivent à Gaza malgré le cessez-le-feu d’octobre, Natalie parvient à s’évader de son environnement difficile grâce à l’école qu’elle fréquente et en participant à des activités telles que les séances de cinéma hebdomadaires organisées au centre local.

« Chaque fois que je viens au centre, je m’y sens bien », dit-elle. « Je me sens heureuse. »

Natalie al-Hatoum vient aux projections hebdomadaires pour profiter d’un film et s’évader un moment des difficultés liées au déplacement à Gaza [Abdelhakim Abu Riash/Al Jazeera]



Un autre monde


La séance de cinéma hebdomadaire est destinée aux filles âgées de 11 à 16 ans, avec pour objectif de leur retrouver le plaisir d’aller au cinéma de manière ludique.

Les projections durent environ une à deux heures et sont agrémentées de jeux et d’autres activités.

Le programme a pris de l’ampleur depuis sa première édition, où 15 à 20 filles y avaient participé. Aujourd’hui, 35 à 40 jeunes filles peuvent participer à une séance, et beaucoup viennent accompagnées d’amies après en avoir entendu parler par d’autres participantes.

Rama Abu Mohammed, 15 ans, fait partie des participantes. Elle explique qu’entrer dans le centre, c’est comme pénétrer dans « un autre monde ».

« J’ai l’impression de me déconnecter des pressions de la guerre et de tout ce que nous vivons à l’extérieur », dit-elle. « C’est un endroit très sécurisant pour nous. »

Rama explique que le centre offre aux jeunes filles un espace où elles peuvent parler de leurs expériences difficiles sans se sentir gênées.

« Nous pouvons laisser s’exprimer ce que nous avons sur le cœur et parler de ce qui nous arrive. Ils sont toujours là pour nous aider et nous expliquer comment gérer ces situations. »

Les séances de cinéma revêtent une importance particulière à ses yeux, car les films sont choisis en fonction de thèmes qui concernent les jeunes filles de son âge.

« Ils nous apprennent à gérer nos émotions et à prendre soin de nous-mêmes », explique-t-elle.

Plus qu’un simple film


Jehan Abu Zanouna, animatrice psychosociale qui participe à l’organisation de cette activité, explique que le cinéma s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large visant à apporter un soutien psychologique aux enfants.

« Les enfants de Gaza ont vécu tant d’expériences douloureuses dans ce qui aurait dû être leur enfance », déclare Abu Zanouna.

L’idée est de leur offrir un répit temporaire par rapport à la réalité qui les entoure.

« Nous essayons de les couper complètement des tentes, de la chaleur, des insectes et de la dure réalité qu’elles vivent au quotidien », explique-t-elle.

Les activités ne s’arrêtent pas à la fin du film. Les animatrices discutent de l’histoire et des personnages avec les jeunes filles et les encouragent à parler de leurs sentiments et de ce qu’elles ont retenu du film.

Le programme comprend également des séances sur la sécurité personnelle, les limites, les émotions et la protection contre le harcèlement.

« Il y a très peu d’intimité dans les tentes, et les parents sont souvent submergés par les tâches quotidiennes liées à la survie », explique Mme Abu Zanouna.

« C’est pourquoi nous travaillons avec les filles sur la sécurité personnelle, les limites et la reconnaissance des comportements inappropriés, de manière simple et adaptée à leur âge », ajoute-t-elle.

Ces activités sont conçues pour être davantage pratiques que purement pédagogiques, explique-t-elle, et aident les filles à comprendre comment réagir face aux situations qu’elles pourraient rencontrer dans leur vie quotidienne.

Un espace pour se ressourcer


Pour Rama, ces conversations sont tout aussi importantes que les divertissements.

« Ces sujets sont très importants pour les personnes de notre âge, surtout en temps de guerre », dit-elle. « Chacune d’entre nous a peut-être déjà vécu une telle situation, que ce soit dans des tentes ou même chez elle. »

« En tant que fille, il faut savoir comment gérer ces situations. »

Pour les jeunes filles déplacées comme Natalie et Rama, l’importance de ce programme réside dans la réalité à laquelle elles sont confrontées une fois la séance terminée.

Les projections hebdomadaires de films permettent aux jeunes filles de Deir el-Balah non seulement de se changer les idées et d’oublier un instant leur quotidien difficile, mais aussi d’en discuter et d’apprendre à mieux y faire face [Abdelhakim Abu Riash/Al Jazeera]


Rama explique qu’elle rentre ensuite souvent chez elle pour raconter sa journée à sa famille.

« J’ai l’impression de recharger mes batteries, puis de repartir pour affronter à nouveau tout cela », dit-elle. « J’ai l’impression d’avoir évacué une partie de ce poids que je porte. »

Natalie quitte le cinéma et retourne dans la pièce bondée de Deir el-Balah où loge sa famille.

Mais elle dit repartir avec un état d’esprit différent, se sentant plus légère et plus positive. Elle a hâte de parler du film à ses amis et à sa mère, et de leur raconter ce qu’elle a appris lors des discussions.

« J’aimerais que cette activité ait lieu tous les jours. J’aimerais qu’elle ne s’arrête jamais, même lorsque le projet prendra fin ou que l’école reprendra. »



Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera

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