Point hebdomadaire sur la situation à Gaza : semaine du 9 au 15 septembre 2026
Par l’Agence Média Palestine, le 15 septembre 2026

Contrairement aux déclarations du président états-unien Donald Trump, qui affirmait lors d’une visite en Irlande cette semaine qu’« il ne se passe pratiquement rien en ce moment à Gaza », l’armée israélienne a encore bombardé l’enclave palestinienne, faisant grimper chaque jour davantage le sinistre bilan de son génocide. Au moins 73 789 Palestinien·nes ont été assassiné·es, et 174 798 autres blessé·es depuis le 7 octobre 2023.
Jour après jour
Hier, lundi 14 septembre, un Palestinien a été tué par des tirs israéliens dans la zone d’al-Mawasi, à Rafah. Lors d’une attaque séparée, au moins 10 personnes ont été blessées dans la ville de Gaza, dont plusieurs grièvement. Les équipes médicales rapportent qu’un missile israélien a ciblé une tente abritant des réfugié·es en face du stade Al-Yarmouk. L’un·e des blessé·es a été prononcé mort·e dans la soirée.
Dimanche 13 septembre, une frappe de drone israélien a touché un véhicule civil dans le quartier de Tal al-Hawa, à l’ouest de la ville de Gaza, tuant deux Palestinien·nes. La frappe a provoqué l’incendie du véhicule alors qu’il circulait dans le quartier et blessé plus de 13 personnes, qui ont été transportées à l’hôpital. Le personnel médical à expliqué à l’agence Reuters avoir dû solliciter les habitant-es du quartier afin de pouvoir identifier les défunt·es, dont les corps ont été sévèrement altérés par la force de l’explosion.
Samedi 12 septembre, une femme enceinte, Iman Shalouf, âgée de 27 ans, est décédée des suites de blessures subies quelques jours plus tôt lors de tirs israéliens au sud de Khan Younis.
Vendredi 11 septembre, une frappe de drone près du camp de Sumoud à Al-Mawasi, près de Khan Younis, a tué Jihad Ismail, 33 ans, et blessé 12 autres personnes.
Jeudi 10 septembre, des avions de combat israéliens ont tué une famille de quatre personnes. Le père, la mère et leurs deux filles âgées de 8 et 12 ans ont été pris pour cible dans leur lotissement de Beit Lahia. Zuhair Al-Haisami, un voisin des victimes, a déclaré que la frappe aérienne avait touché leur maison à 2 heures du matin, alors qu’il et elles dormaient. « Il n’y a pas de trêve », martèle-t-il dans une interview. « Il ne se passe pas un seul jour sans qu’il y ait des martyrs ou des blessés. »
Par ailleurs, jeudi, des hélicoptères israéliens ont ouvert le feu aux abords du camp de Jabalia, et des tirs d’artillerie ont été signalés dans le nord de Gaza, ainsi que des frappes ciblant le quartier d’al-Daraj, à l’est de la ville de Gaza, faisant au moins trois blessé·es, dont un dans un état critique. Plusieurs Palestinien·nes ont également été blessé·es après qu’un drone israélien a pris pour cible la mosquée Al-Haq, à l’ouest du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, selon des sources locales.
Le système de soin au bord de l’effondrement
Ces frappes presque quotidiennes et les blessé·es qu’elles causent viennent saturer plus encore un système de soin au bord de l’effondrement, après bientôt 3 ans de bombardements et de siège israéliens.
Des soignant·es de l’hôpital Al-Ahli Arab, situé à Gaza, ont déclaré jeudi à l’agence de presse palestinienne Wafa que le générateur principal de l’établissement avait cessé de fonctionner en raison de la pénurie de carburant et de pièces détachées. Cette panne a entraîné la suspension des activités du service d’imagerie médicale de l’hôpital, notamment du seul scanner disponible dans le nord de Gaza, et conduit à une réduction des services médicaux ainsi qu’au report d’opérations chirurgicales.
Le 15 août dernier, le ministère de la Santé de Gaza a averti que seules 12 des 34 stations de production d’oxygène de la bande de Gaza étaient encore opérationnelles, tandis que seuls quatre des 30 appareils servant à remplir les bouteilles d’oxygène fonctionnaient encore. Il en résulte une très dangereuse pénurie d’oxygène à usage médical, alors qu’Israël classe les bouteilles d’oxygène, les dispositifs associés et les générateurs électriques parmi les biens « à double usage », interdisant ainsi leur entrée ou celle de leurs pièces de rechange par les points de passage fermés.
Le 13 septembre, le syndicat des opérateur·ices de bus publics de Gaza a annoncé suspendre le transport des médecins et des infirmiers à compter du 16 septembre en raison du manque de pièces de rechange et de carburant ; le ministère de la Santé a qualifié cette mesure de « condamnation à mort » pour les soins aux patient·es.
Les dernières données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies révèlent que depuis mars, seuls 13 445 litres d’huile moteur, une huile nécessaire au fonctionnement des générateurs des réseaux d’eau, d’assainissement et des hôpitaux, ont été autorisés par Israël à entrer à Gaza, contre près de 93 000 en attente.
Volker Türk : l’exhumation des dépouilles de Palestinien·nes après trois ans exacerbe le traumatisme de leurs proches
Dans un communiqué publié aujourd’hui, mardi 15 septembre, le Haut commissaire aux droits humain de l’ONU Volker Türk déclare que les fouilles en cours dans la bande de Gaza, qui ont permis d’extraire des décombres plus de 630 corps ou restes humains entre novembre 2025 et septembre 2026, soulignent l’importance d’une enquête internationale afin d’évaluer de possibles violations et crimes de guerre par Israël.
Entre le 27 juin et le 27 août, la Protection civile a signalé avoir récupéré 233 corps sur un total estimé à 407 qui seraient ensevelis sous les décombres de 20 bâtiments détruits, dont la majorité était située dans la ville de Gaza. Ce mois-ci, l’agence a indiqué avoir exhumé 96 corps et restes humains sur un site du quartier d’Al-Zaytoun, au sud-est de la ville de Gaza, qui aurait été bombardé en novembre 2023. La plupart de ces restes ont été exhumés à mains nues, car Israël continue de bloquer l’entrée d’engins lourds et de carburant dans l’enclave palestinienne.
« C’est déchirant pour les familles des personnes disparues, qui ont attendu si longtemps, de voir enfin leurs pires craintes se confirmer », commente Volker Türk, qui ajoute que « le droit des familles à connaître le sort de leurs proches ne s’arrête pas à l’identification et à un enterrement digne ; elles méritent de connaître toute la vérité. »
Le Haut commissaire de l’ONU dit craindre que ces découvertes ne soient que « la partie émergée de l’iceberg » et rappelle ses vives inquiétudes formulées au cours des trois années écoulées « concernant les choix d’Israël en matière de méthodes et de moyens de guerre, notamment l’utilisation massive d’armes explosives à large rayon d’action dans des zones densément peuplées, car ces choix n’ont pas permis d’assurer une distinction effective entre civils et combattants. »
« La découverte d’un grand nombre de dépouilles sous les décombres de la ville de Gaza ravive ces inquiétudes concernant les crimes de guerre et autres crimes atroces », ajoute-t-il, appelant à l’ouverture urgente au passage d’enquêteur-ices internationales-aux.
La ligne jaune continue son avancée destructrice
Volker Türk ajoute enfin que « de vastes zones de Gaza ont été rasées par les bombardements israéliens ou par des opérations de démolition et de déblaiement menées à l’aide d’engins lourds et d’explosifs. Aujourd’hui, des bulldozers continuent de raser les zones où l’armée israélienne est déployée, couvrant plus de 70 % du territoire de Gaza, sans aucun respect pour le caractère sacré des défunts gisant sous les décombres. »
Le Haut commissaire fait écho ici aux inquiétudes formulées ces dernières semaines par l’organisme Euro-Med Human Rights Monitor puis par Francesca Albanese, qui accusent Israël de détruire et d’évacuer de potentielles preuves des crimes de guerre et de génocide.
Établie après l’annonce de l’accord de « cessez-le-feu » en octobre 2025, la ligne divise Gaza en deux, la majeure partie de la population palestinienne est confinée dans la zone ouest, tandis que la zone est se retrouve sous contrôle militaire israélien, où les Palestinien-nes n’ont pas le droit de retourner.
Si la « ligne jaune » laissait environ 47 % du territoire de Gaza à la population palestinienne, les forces israéliennes l’ont progressivement déplacée, détruisant les structures derrière elles et contraignant les Palestinien·nes à de nouveaux déplacements. Quelque 2,1 millions de personnes sont aujourd’hui contraintes dans le peu d’espace restant, dont la densité est supérieure à celle du siège de Srebenica.
« Tous les deux ou trois mois, nous sommes forcés de partir et de laisser nos affaires derrière nous », raconte Ibtisam Malika, habitante du quartier de Zeitoun, près de la ligne. « Nous n’en pouvons plus. Nous avons perdu la moitié de nos enfants dans la guerre, et il ne reste plus de nous que des fragments. »
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