97 morts dans les prisons israéliennes depuis octobre 2023, et une femme contrainte d’accoucher dans sa cellule

Au lendemain de la mort en détention de Moataz Nizam al-Atrash, 21 ans, dans des circonstances encore inexpliquées, Dana Joudeh, 35 ans, a été contrainte d’accoucher en prison dans des conditions indignes.

Par l’Agence Média Palestine, le 22 septembre 2026



Dana Joudeh était enceinte de 3 mois lorsqu’elle a été arrêtée à son domicile à Iraq al-Tayeh, près de Naplouse, le 1er mars, rapporte le média Middle East Eye. Après six mois de « détention administrative », sans inculpation ni procès, elle a été contrainte de donner naissance à son enfant derrière les barreaux.

Un jour après l’accouchement, Dana Joudeh et sa fille ont été libérées et transférées dans un hôpital de Ramallah pour y recevoir des soins médicaux. Son état de santé n’est pas connu, et sa famille a refusé de faire des commentaires. Mais la Commission palestinienne chargée des affaires des détenus et des anciens détenus a exprimé une ferme condamnation des mauvais traitements subis par la détenue.

Selon la Commission, Dana Joudeh s’est vu refuser des soins médicaux adéquats tout au long de sa grossesse. La négligence médicale est un phénomène largement dénoncé par les défenseur-es des droits humains, dont de nombreux rapports pointent cette négligence médicale comme un acte de torture systématique.

« Laisser Joudeh mener sa grossesse à terme sans aucun soin médical constitue un crime et une violation des lois et conventions internationales », a déclaré lundi la Commission. « La forcer à accoucher de son bébé en prison constitue un crime supplémentaire. »

Les conditions toujours plus dures des détenu-es

Le cas de Joudeh fait craindre pour le sort de deux autres détenues palestiniennes enceintes se trouvant en détention israélienne : Manar Karaja, 28 ans, originaire de Ramallah, enceinte de six mois, et Baraa Abu Khadija, originaire de Tulkarm, enceinte de quatre mois.

« Elles sont privées d’une alimentation suffisante pour elles-mêmes et leurs fœtus. Elles n’ont reçu aucun traitement médical, pas même un simple analgésique », rapporte Banan Abu al-Haija, une ancienne co-détenue.

Dans un communiqué publié le 9 septembre, la Société palestinienne des prisonniers (PPS) a déclaré que les conditions de détention des femmes palestiniennes avaient atteint un niveau de sévérité sans précédent.

L’organisation a indiqué que les femmes avaient subi des dizaines de raids dans les prisons depuis le début de l’année, au cours desquels elles ont été victimes d’agressions, d’humiliations, de placement à l’isolement et de punitions collectives. 

90 femmes palestiniennes étaient détenues dans les prisons israéliennes début septembre, sur un total de 9 350 prisonnier-es palestinien-nes. Lors d’une visite à la prison pour femmes de Damon à la fin du mois dernier, le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir s’était félicité des conditions délétères réservées aux prisonnier-es palestinien-nes.

« Les bonnes conditions de vie dans les prisons, c’est fini. Voilà où nous en sommes aujourd’hui, et j’en suis entièrement responsable. Je suis très satisfait de cette situation. »

97 morts en détention depuis octobre 2023

Le 17 septembre, on apprenait la mort de Moataz Nizam al-Atrash, dans la prison d’Ofer. Âgé de 21 ans, le jeune homme ne présentait aucune affection de santé, et les conditions de son décès sont inconnues à ce jour.

Comme Dana Joudeh, Moataz al-Altrash était détenu au titre de la « détention administrative » sur la base de « preuves secrètes », depuis près d’un an. Un détenu libéré deux jours avant son décès a également indiqué à la famille que Moataz semblait en bonne santé.

La nouvelle de son décès a donc été dévastatrice, explique Basil al-Atrash, son frère. « Les autorités d’occupation israéliennes ont convoqué mon père hier, et un officier l’a informé que son fils était décédé en prison sans préciser la cause ni mentionner le moindre problème de santé », explique-t-il.

La famille a consenti à un examen d’autopsie, dont elle attend les résultats. Basil confie néanmoins la crainte qu’Israël retienne le corps de son frère, comme c’est le cas pour 1 700 Palestinien-nes dont les corps sont retenus comme « monnaie d’échange » pour de potentielles négociations. 

Selon la PPS, le nombre de prisonniers décédés depuis le début du génocide et dont l’identité a été confirmée s’élève désormais à 92, dont 53 détenus originaires de Gaza, précisant que le sort d’un certain nombre de détenu-es de Gaza reste inconnu en raison de disparitions forcées, tandis que des témoignages et des données de plus en plus nombreux indiquent que des dizaines de détenu-es ont été victimes d’exécutions sommaires.

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