Si la plupart des dépouilles sont celles de combattants ayant pris part au massacre du 7 octobre et aux combats qui ont suivi, certaines appartiennent à des non-combattants, un point de discorde qui a attisé les tensions entre le chef du Shin Bet, David Zini, et le conseiller juridique de son service.
Par Josh Breiner et Bar Peleg, le 11 août 2026

Israël détient les dépouilles de centaines de Palestiniens, environ 1 700 selon deux sources, à des fins de négociation, alors qu’aucun Israélien n’est actuellement retenu en otage par des organisations palestiniennes. Le chef des services de sécurité du Shin Bet, David Zini, estime qu’Israël doit conserver ces dépouilles comme monnaie d’échange en cas de futures prises d’otages, une position que soutiennent également les Forces de défense israéliennes.
La grande majorité des dépouilles sont celles de Palestiniens ayant participé au massacre du 7 octobre, mais certaines appartiennent à des Palestiniens non impliqués et 13 à des citoyens d’Israël.
Les juristes affirment qu’en l’absence d’une résolution adoptée par le Conseil des ministres israélien sur cette question, l’État n’a pas le droit de retenir les corps de non-combattants palestiniens. Les résolutions précédentes liaient la rétention des corps aux négociations sur les otages, et aucune résolution n’a été débattue depuis la restitution, en janvier, du corps de l’otage Ran Gvili en provenance de la bande de Gaza.
Cette question a suscité des tensions entre de hauts responsables de la défense et des juristes du gouvernement, notamment entre Zini et un conseiller juridique du Shin Bet, dont le nom ne peut être divulgué. Dans des requêtes déposées devant la Cour suprême, le conseiller juridique du Shin Bet a fait valoir que l’État ne pouvait pas conserver les dépouilles dans les cas où les personnes concernées avaient été déclarées non impliquées dans des combats contre Israël.
En février, le journal Haaretz a rapporté qu’Israël détenait les dépouilles identifiées de 766 Palestiniens et de 10 ressortissants étrangers, mais selon certaines sources, le nombre réel serait bien plus élevé. On ignore combien d’entre eux ont été identifiés, et combien vivaient à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.
L’État a récemment admis, dans le cadre de plusieurs procédures judiciaires, détenir également les corps de Palestiniens décédés en détention israélienne ; la police militaire mène actuellement des enquêtes sur ces affaires. Dans sa réponse à la Cour suprême concernant le cas d’un photographe de Gaza décédé dans un centre de détention de fortune de l’armée israélienne le lendemain de son arrestation, l’État a indiqué que le Conseil de sécurité nationale avait entamé un examen de la question en vue d’une décision attendue sur la question plus large de la rétention des corps. Cet examen n’est pas encore achevé.
En avril, le parquet général a commencé à solliciter l’avis d’organisations de défense et de sécurité sur la question, en vue d’une décision du Conseil des ministres. En juillet, ce processus n’était toujours pas achevé. Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont indiqué au tribunal que des « efforts particuliers » étaient déployés pour permettre la restitution de certains corps, y compris ceux dont les circonstances du décès faisaient l’objet d’une enquête de la police militaire.
Selon des données publiées dans Haaretz, des dizaines d’enquêtes de ce type ont été ouvertes, mais aucune poursuite n’a été engagée.
Corps disparus
Les corps sont conservés dans des congélateurs au sein d’installations militaires, mais plusieurs responsables de la défense affirment que certains restes n’ont pas été identifiés et que l’emplacement d’autres est inconnu. C’est le cas de Raj’a Samur, un habitant de Gaza âgé de 46 ans qui, avant le 7 octobre 2023, disposait d’un permis de travail israélien. Lorsque la guerre a éclaté, lui et quelque 4 000 autres Gazaouis ont été placés dans des centres de détention militaires. Il a d’abord été emmené à la prison d’Ofer, puis dans un centre situé à la base de l’armée israélienne à Anata.
Après le décès de Samur, qui souffrait de diabète, à Anata, la police militaire a ouvert une enquête. Sa famille a saisi la Cour suprême pour exiger que son corps lui soit remis. Un corps identifié par le rabbinat militaire comme étant celui de Samur a été acheminé à l’Institut national de médecine légale de Tel-Aviv, mais on a constaté qu’il présentait des blessures par balle ; or, Samur n’avait pas été abattu. L’armée israélienne et le parquet ont dû admettre qu’ils ignoraient où se trouvait le corps de Samur.
Dans une démarche rare, et en coordination avec les Forces de défense israéliennes (FDI) et la Croix-Rouge internationale, un échantillon d’ADN a été prélevé sur le frère de Samur, qui vit à Gaza, puis sur ses enfants, mais le rabbinat militaire n’a pas encore retrouvé son corps. L’État a reconnu devant le tribunal que « la manière dont le corps du défunt a été traité par les défendeurs soulève une série de questions », précisant que « l’armée prévoit d’enquêter sur les défaillances et d’en tirer les leçons ».
Entre-temps, certains restes ont été restitués. Alaa Subeih, 28 ans, originaire du village de Tayasir dans la vallée du Jourdain, a été abattu en avril par un soldat qui, selon l’armée israélienne, était en permission et vivait dans un avant-poste de colonie voisin. Son corps a été saisi par l’armée israélienne.
En réponse à l’article de Gideon Levy sur cet incident, le service de presse de l’armée israélienne a affirmé que Subeih était « un terroriste ayant pris part à des troubles entre Palestiniens et civils israéliens » et qu’une « enquête préliminaire avait révélé que le terroriste avait été abattu alors qu’il frappait un Israélien à la tête avec une pierre ». Cependant, la famille de Subeih a récemment été informée que son corps serait restitué.
L’armée israélienne a refusé de commenter cet article, tout comme le Shin Bet.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Haaretz



