Après l’éviction de Macklemore de la tournée d’Ed Sheeran en raison de son soutien à la Palestine, une mobilisation a poussé le chanteur à présenter ses excuses et à prendre position.
Par l’Agence Média Palestine, le 21 septembre 2026

Après une semaine de polémique au cours de laquelle il a refusé de s’exprimer publiquement sur le génocide commis par Israël à Gaza ni d’utiliser sa notoriété à des fins politiques, le chanteur Ed Sheeran a finit par s’excuser auprès de ses fans, lors de son concert samedi soir au Lincoln Financial Field stadium, à Philadelphie.
« J’ai dû prendre des décisions difficiles, je commets des erreurs, et j’en suis tellement, tellement désolé », a déclaré Ed Sheeran face au public, avant de qualifier la guerre menée par Israël contre Gaza de « catastrophique, injustifiable et disproportionnée ».
Si ces mots sont en deçà de la condamnation du génocide qu’on pourrait attendre, ils n’en sont pas moins la démonstration de la puissance de la mobilisation des artistes et des militant-es solidaires du peuple palestinien. Retour sur une tournée riche en rebondissements.
Wanting all humans to be treated equal should never be controversial. pic.twitter.com/BOJ9xMoIZn
— Macklemore (@macklemore) September 7, 2026
Le 7 septembre, le rappeur Macklemore ouvrait la tournée Loop d’Ed Sheeran au stade Metlife dans le New Jersey, avec ces mots prononcés devant un public de plus de 80 000 personnes : « l’une des raisons pour laquelle j’ai voulu faire partie de cette tournée, c’était pour me tenir ainsi, sur les plus grandes scènes et stades des États-Unis, et dire ces deux mots (…) : Free Palestine. »
Une semaine plus tard, il annonçait son retrait de la tournée, sous la pression du milliardaire pro-israélien Robert Kraft. Dans un post publié sur ses réseaux sociaux, le rappeur explique que Robert Kraft, propriétaire de l’un des stades où la tournée Loop devait se produire, avait notifié à Ed Sheeran son intention d’interdire le concert si Macklemore s’y produisait, et d’entraîner d’autres stades à faire de même. L’auteur du tube Hind’s Hall soulignait dans son post l’absence de soutien d’Ed Sheeran, qui lui aurait expliqué ne pas vouloir « prendre parti » tout en cédant à la pression du groupe Kraft.
« Je ne suis pas une victime. Ed Sheeran n’est pas une victime », précise le communiqué publié par Macklemore. « Nous avons de l’argent, des carrières, et quelles que soient les conséquences auxquelles on pourrait faire face pour ce que l’on dit, on peut rentrer chez nous le soir retrouver nos familles. Les victimes, c’est le peuple palestinien. Les hommes, les femmes et les enfants qui ont été tué-es, affamé-es, déplacé-es et forcé-es de vivre dans une violence inimaginable. »
L’annonce de Macklemore a non seulement suscité un immense soutien de la part des fans et de la communauté internationale, mais elle a également conduit tous les autres artistes de première partie de la tournée Loop de Sheeran à se retirer en signe de solidarité avec le rappeur et le peuple palestinien.
Parmi eux figuraient Finneas, musicien lauréat d’un Grammy et frère de la chanteuse Billie Eilish ; les artistes irlandais Aaron Rowe et Beoga ; ainsi que le groupe danois Lukas Graham. « On ne doit pas réduire les artistes au silence lorsqu’ils prennent la parole pour défendre les opprimé-es », a écrit Finneas sur Instagram mardi dernier, ajoutant : « Je suis solidaire de la Palestine et de son peuple. »
« Un choix politique »
C’est après tous ces événements que samedi soir, le concert d’Ed Sheeran à Philadelphie était maintenu, mais repoussé de 2 heures et demie, faute de numéro d’ouverture.
À l’extérieur de la salle, plusieurs dizaines de manifestant-es se sont rassemblé-es pour dénoncer la silenciation de la parole de soutien à la Palestine. Au micro de l’Associated Press, Hillary Steinberg, 34 ans, originaire de Philadelphie, explique avoir acheté des billets il y a un an, mais s’être fait rembourser pour participer à la manifestation à la place, déçue que Sheeran n’ait pas pris position.
« Jusqu’à cette semaine, j’étais une grande fan d’Ed Sheeran », raconte-t-elle. « Je pense que tout art est politique, et que toute musique est politique ; ce choix, même s’il affirmait ne pas être complice, est donc un choix politique. »
Et c’est ce que confirment les excuses d’Ed Sheeran : si le chanteur affirme ne pas être à l’origine de la décision d’exclusion de Macklemore, il se dit « profondément inquiet à l’idée que des salles pré-approuvent le contenu des artistes. (…) Cela ne devrait pas arriver dans un monde libre. »
Tout en ré-affirmant sa volonté de « ne pas faire de politique », Ed Sheeran ajoute dans son discours qu’il s’agit là « d’une question humanitaire et je ne peux plus cacher ce que j’en pense. » Le chanteur commence par condamner les événements du 7 octobre 2023, avant d’en venir enfin à cette condamnation, sans le nommer, du génocide commis par Israël à Gaza, « catastrophique, injustifiable et disproportionné. »
« Nos cœurs ont été brisés par l’étendue des dévastations et la perte des vies civiles, des vies d’enfants. Et l’injustice systémique que l’on observe se déployer en Cisjordanie ne peut pas être ignorée. »
Si la déclaration est plus tiède que celles des artistes remerciés et démissionnaires, elle n’en est pas moins cruciale : elle est l’aveu de l’intenabilité d’une position « neutre » par temps de génocide, et de l’efficacité de la pression populaire.
C’est d’ailleurs ainsi que Macklemore concluait son communiqué la semaine dernière : « Si ces mots [ free Palestine ] m’ont coûté une scène, ils ont permis de ramener la conversation vers la Palestine ; et pour ça, c’est la tournée la plus réussie que j’aie jamais faite. »
À lire aussi sur le site de l’Agence Média Palestine :



