« Le paysage est une œuvre d’art de nos ancêtres » : hommage au peintre Sliman Mansour

Hommage à l’artiste palestinien Sliman Mansour, dont l’oeuvre portait en elle la Palestine, sa mémoire et sa résilience, mort hier à l’âge de 79 ans.

Par l’Agence Média Palestine, le 24 août 2026



L’artiste palestinien Sliman Mansour est mort hier, à l’âge de 79 ans. Son œuvre est célébrée à travers le monde et considérée en Palestine comme un symbole national qui incarne l’histoire d’un peuple portant sa terre natale, son histoire et sa mémoire.

Né en 1947, un an avant la Nakba, dans les environs de Birzeit, Sliman Mansour a peint la Palestine, ses paysages et ses symboles, tout au long de sa vie. 

« Le paysage est une œuvre d’art de nos ancêtres », expliquait Sliman Mansour dans une interview à Middle East Eye, en août 2023. « Lorsque les Israéliens ont occupé notre terre, ils ont commencé à planter des cyprès et des pins [non indigènes] au lieu d’oliviers pour modifier le paysage. »

De nombreux symboles palestiniens, comme les oliviers invoquant la terre et l’enracinement, les oranges de Jaffa rappelant les terres perdues, les broderies et les keffiehs arborés par les personnages, racontent l’amour que porte le peuple palestinien à sa terre.

« Je crois fermement en l’importance d’embrasser son art et d’embrasser son lien avec son peuple, sa culture et sa quête de liberté », affirme l’artiste, dont les images ont soulevé la colère des Israélien-nes à de nombreuses reprises.

« Nous sommes là »

Lors d’expositions palestiniennes, les autorités israéliennes vont jusqu’à confisquer ce qu’elles considèrent comme une « incitation » : des tableaux de paysages, de femmes travaillant dans des champs…

« Tout ce qui a mis Israël en colère est plus tard devenu un symbole », expliquait Mansour, qui décrivait comment la réaction israélienne a forcé les artistes à adopter des symboles plus subtils de l’identité palestinienne, à l’instar de la pastèque, devenue symbole du drapeau palestinien pour ses couleurs.

La persistance de l’artiste à peindre son peuple lui vaudra de voir plusieurs de ses expositions fermées, et même d’être emprisonné, mais jamais il n’a cessé de représenter ce qui l’animait.

« Tout ce qui est palestinien, ne serait-ce que le simple fait d’être ici, de respirer et de penser, est un sujet sensible pour les Israéliens, car ils ont construit leur discours sur le déni de notre existence. Notre travail, non seulement en tant que peintres, mais aussi en tant qu’intellectuels, consiste à affirmer que nous sommes là. » 

En 1987, lors de la première Intifada, Sliman Mansour a fondé avec d’autres artistes palestiniens dont Vera Tamari, Tayseer Barakat et Nabil Anani, le collectif New Visions, qui appelait notamment au boycott des fournitures artistiques israéliennes, pour les remplacer par des produits locaux naturels palestiniens, faisant de la matière-même de l’oeuvre un acte de résistance.

Un héritage qui va au-delà de son oeuvre

Le ministre de la Culture, Imad Hamdan, a déploré hier la disparition d’un grand artiste, « l’un des piliers les plus importants de l’art visuel palestinien contemporain, dont l’expérience artistique, s’étendant sur plusieurs décennies, a contribué à la mémoire visuelle et nationale palestinienne. »

Outre ses tableaux, dessins et sculptures, Sliman Mansour laisse un héritage précieux dans le tissu culturel et social palestinien, ayant contribué à la mise en place d’infrastructures locales pour les beaux-arts et fondé l’Association des artistes palestiniens.

Il a été membre fondateur, avec Nabil Anani, du musée des Arts et Traditions populaires au sein de l’association Al-Birat. Il préside également l’Association des artistes palestiniens de 1986 à 1990 et directeur du centre Al Wasiti à Jérusalem en 1995-1996. Il a également enseigné, tout au long de sa vie, au Centre des Arts populaires Al-Jalil, puis à l’Institut de formation et d’enseignement de Ramallah et à l’université de Birzeit, inculquant à ses élèves l’importance de « ne jamais perdre espoir. » 

« Si mon œuvre est capable de persuader mon peuple, alors elle a le pouvoir d’influencer n’importe qui d’autre dans le monde », concluait Sliman Mansour lors de son interview à MEE en 2023.

« Je pense avoir apporté une contribution significative à l’art palestinien, non seulement par le biais de mes propres créations mais aussi en aidant à l’instauration de la Ligue des artistes palestiniens. Je peux dire que j’ai la conscience tranquille. »

Le chameau / Porteur de souffrances, 1973. Huile sur toile. 100 x 70 cm. (crédit : Fondation d’art Dalloul)

La Récolte des olives, 2016. Huile sur toile. 100 x 120 cm (crédit : Jérusalem Story)

Persévérance et espoir, 1976. Acrylique sur toile. 99,2 x 79,5 cm (crédit : Wikiart)

Et le convoi continue d’avancer, 2016. Huile et acrylique sur toile. 129,5 x 163,4 cm (crédit : Mutual art)

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