Depuis plus de 3 ans de génocide à Gaza, Israël cible les soignant-es et leurs infrastructures, entravant gravement l’accès au soin de toute la population.
Par l’Agence Média Palestine, le 12 octobre 2026

Dans un discours prononcé le 30 septembre dernier au nom de l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme (EuroMed), devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, Yasmin Al-Bursh a appelé la communauté internationale à exiger d’Israël la restitution du corps de son mari, Adnan Al-Bursh, mort sous la torture dans les prisons israéliennes et dont le corps n’a pas été restitué à ses proches.
« Je ne suis pas la seule à endurer cette double douleur et cette double perte, qui rend impossible même d’accepter l’idée de sa mort et maintient le cercle du deuil ouvert », a déclaré Mme Al-Bursh, qui a ajouté qu’Israël continue de retenir les corps de plus de 1 700 Palestiniens tués par les tirs de l’armée israélienne ou décédés sous la torture dans ses prisons, une politique perpétuée depuis des années comme un outil de punition, d’humiliation et de pression.
Adnan Al-Bursh, 50 ans, était le chef du service orthopédique de l’hôpital Al-Shifa, dans la ville de Gaza, et comptait parmi les professionnels de santé les plus éminents de la bande de Gaza. Lorsque le génocide a commencé, il a refusé d’évacuer et a fait la navette entre les hôpitaux de la ville de Gaza et du nord de la bande de Gaza pour sauver les blessé-es. Le 19 décembre 2023, l’armée israélienne l’a arrêté à l’hôpital Al-Awda alors qu’il exerçait ses fonctions. Il a subi des tortures graves et incessantes tout au long de ses mois de détention, et son décès à la prison d’Ofer a été annoncé le 19 avril 2024.
« Il a été détenu alors qu’il accomplissait son devoir envers les patients et qu’il les soignait conformément au serment qu’il avait prêté en tant que médecin », avait déclaré Tlaleng Mofokeng, Rapporteuse spéciale des Nations Unies, à l’annonce de son décès en détention. « Il est mort pour avoir essayé de protéger les droits à la vie et à la santé de ses patients. »
1 700 soignant-es de Gaza assassiné-es par Israël, et la menace de nouvelles attaques
Plus de 1 700 professionnel-les de santé ont été tué-es par Israël au cours du génocide à Gaza, et des centaines d’autres ont été placés en détention sans inculpation. Dans un communiqué publié le 6 octobre dernier, l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) déplore que « lorsque le personnel médical est tué, emprisonné ou disparaît, ce ne sont pas seulement les professionnels de santé qui en paient le prix. Les patients perdent ceux sur qui ils comptent pour rester en vie. »
L’ONG dénonce dans la pratique israélienne de détention arbitraire, de torture et de maltraitance du personnel médical palestinien en Israël une « volonté délibérée et systématique de démanteler la capacité des Palestiniens à prodiguer des soins. »
Dans un autre communiqué, publié quelques jours plus tard par EuroMed, alerte sur la continuité de ces crimes en dépit du cessez-le-feu officiellement en vigueur, et s’inquiète d’une possible escalade des attaques ciblant les structures de soin. L’ONG réagit à une déclaration vidéo de l’armée israélienne qui accuse le Hamas de « continuer d’exploiter les centres et infrastructures civils à des fins terroristes, en particulier les hôpitaux et les établissements médicaux », sans toutefois fournir aucune preuve à l’appui de ces allégations.
EuroMed estime que l’armée israélienne utilise « ces accusations [infondées] comme prétexte pour bombarder, mener des raids et mettre hors d’état de fonctionner les hôpitaux, présentant la destruction systématique des infrastructures de santé comme des opérations contre des cibles militaires, alors même que le système de santé de la bande de Gaza ne peut plus supporter de nouvelles attaques ni de nouvelles perturbations. »
« Même s’il était prouvé qu’une personne ait commis un acte militaire à l’extérieur de l’hôpital, cela ne suffirait pas à prouver que l’établissement médical ait été utilisé au-delà de sa fonction humanitaire pour commettre des actes nuisibles à l’ennemi, ni ne ferait automatiquement de l’hôpital une cible militaire », ajoute l’ONG, qui rappelle la Convention de Genève qui impose le respect et la protection des hôpitaux civils et interdit toute attaque à leur encontre.
Des pénuries mortelles
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé plus de 790 attaques israéliennes contre des structures de santé, touchant 125 établissements, dont 34 hôpitaux au cours des trois années écoulées. Environ 90 % des infrastructures sanitaires de Gaza ont été détruites ou endommagées, et des expert-es des Nations unies ont déclaré en août 2025 que la destruction systématique du système de santé équivalait à un « médicide ».
Outre les attaques israéliennes, les soignant-es de Gaza alertent depuis des mois sur les pénuries grandissantes qui entravent largement le processus de soin dans l’enclave palestinienne. En plus des pénuries de médicaments, le matériel médical et les pièces destinées à leur entretien se font dangereusement rares. En août dernier, 22 des 34 stations d’oxygène de Gaza étaient hors service, ne laissant que 12 stations opérationnelles.
« Seules quatre des 30 machines utilisées pour remplir les bouteilles d’oxygène fonctionnaient encore », estime un porte-parole de l’agence Medical Aid for Palestinians (MAP). « Le ministère a averti que les stations restantes pourraient également tomber en panne sans accès aux pièces de rechange nécessaires aux réparations. » Plus de 72 unités de soins intensifs, 19 unités pédiatriques et environ 54 lits de soins intensifs néonatals dépendent des stations d’oxygène restantes, a précisé l’organisation. Gaza ne dispose aujourd’hui d’aucun appareil d’IRM en état de marche, et ne compte qu’un ou deux scanners fonctionnels pour une population de plus de deux millions d’habitant-es.
Cette crise perdure malgré le cessez-le-feu d’octobre 2025, Israël maintenant des restrictions strictes sur l’entrée d’équipements médicaux et d’autres fournitures qu’il classe comme des articles dits « à double usage », c’est-à-dire des biens qui, selon lui, pourraient avoir une utilisation à la fois civile et militaire.
« L’IMA n’est pas un simple spectateur »
Mercredi dernier, le ministère de la Santé de Gaza a indiqué que 2 027 patient-es étaient décédé-es alors qu’ils et elles attendaient leur évacuation médicale, tandis qu’environ 21 000 autres ont besoin de toute urgence d’un traitement en dehors de l’enclave palestinienne dévastée par ces trois années de génocide. Parmi celles et ceux qui attendent toujours d’être évacués figurent 5 600 enfants, 2 800 patient-es nécessitant un traitement contre le cancer et 194 personnes dont l’état est considéré comme mettant immédiatement leur vie en danger. Selon les derniers chiffres du ministère, 2 000 autres patient-es sont classé-es comme cas d’urgence.
Alors que se tenait samedi le sommet de l’Association médicale mondiale (AMM) aux Pays-Bas, des centaines de médecins se sont rassemblés pour réclamer la suspension de l’Association médicale israélienne (IMA) de cette organisation.
« L’IMA n’est pas un simple spectateur. Elle défend ces attaques et fait obstacle à la condamnation internationale alors que le système de santé palestinien est en train d’être détruit. Ce n’est pas de la neutralité médicale. C’est de la complicité », a déclaré Mejrem Ahmetaj, médecin généraliste et membre d’IMA Out!, qui indique avoir remis à l’AMM une pétition demandant la suspension de l’IMA, signée par plus de 6 500 professionnel-les de santé du monde entier.
La campagne a également exigé que les médecins israéliens soient tenus pour responsables de leur complicité dans la privation de nourriture, la torture et la négligence médicale dont sont victimes les prisonnier-es palestinien-nes.
Parmi les personnes détenues par Israël figure le Dr Hussam Abu Safia, directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Gaza, dont la détention illégale a suscité un tollé international. Brièvement détenu au tristement célèbre camp de détention de Sde Teiman, il a été victime de tortures et de négligence médicale. Il est maintenu en détention sans procès et malgré un état de santé qui se dégrade gravement. Les dernières informations le concernant affirment qu’il a perdu au moins 40 kilos, des côtes cassées et des ecchymoses sur le visage.
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