« Hébron est désormais une zone sinistrée » : Israël boucle la ville palestinienne d’Hébron et expulse 2 670 Palestiniens

L’armée israélienne mène des opérations brutales dans la ville d’Hébron depuis vendredi, procédant à des déplacements forcés et des destructions massives.

Par l’Agence Média Palestine, le 26 octobre 2026



« Hébron est désormais une zone sinistrée. Les forces d’occupation ont fermé toutes les entrées de la ville. Personne ne peut y entrer ni en sortir », constate Yousef Jaabari, maire d’Hébron, interrogé samedi soir par Middle East Eye.

L’armée israélienne a mené des centaines de raids depuis l’attaque de vendredi perpétrée dans le quartier de Farsh al-Hawa à Hébron par deux hommes palestiniens armés contre une base de réserve de l’armée israélienne, au cours de laquelle deux soldats israéliens ont été tués. Les deux Palestiniens ont également été tués.

Prétextant réagir à cette fusillade, l’armée israélienne a pris d’assaut la ville palestinienne, et impose depuis ce que Yousef Jaabari qualifie de « punition collective » à l’ensemble de sa population. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné un « confinement total » de la Cisjordanie aussitôt après l’attaque, tandis que le ministre de la Défense, Israel Katz, a confirmé qu’« environ 2 000 » personnes avaient été déplacées de force, ajoutant qu’« elles ne seront pas autorisées à retourner dans leur quartier tant que nous n’aurons pas réglé tous les problèmes liés au Hamas à Hébron. »

Déplacements, démolitions, dépossession

Selon les informations recueillies par les enquêteurs de terrain du Centre palestinien pour les droits humains (PCHR), un important contingent de l’armée israélienne a pris d’assaut Hébron vers 8 h le vendredi 23 octobre 2026, fermant les entrées principales et secondaires de la ville et a imposé des restrictions de circulation, fragmentant ainsi le centre-ville et l’isolant des villes et villages environnants. 

Environ une heure et demie après le début de l’incursion, des renforts militaires israéliens sont arrivés dans la zone de Farsh al-Hawa, près de l’entrée nord et de la route de contournement, accompagnés de pelles mécaniques et de bulldozers. Les soldat-es ont alors procédé à la démolition et au rasage de biens et d’installations civiles, notamment une parcelle de 17 000 mètres carrés servant de cour à une entreprise de carrelage et de céramique appartenant à la famille al-Qawasmi. 

L’armée israélienne a démoli les murs entourant la cour ainsi qu’une maison de trois étages appartenant à Riyadh ‘Ezzam Mahmoud Imreish, ainsi qu’un établissement commercial vendant des pièces détachées automobiles. Elle a également complètement fermé la route et empêché les propriétaires d’accéder à leurs biens tandis que les opérations de démolition et de rasage se poursuivaient.

Vers 23 h 30 le même jour, des renforts supplémentaires sont arrivés dans les zones de Deir Bahah, du carrefour de Khabbab et du carrefour d’al-Jeldah. Ils ont alors ordonné aux habitant-es, par haut-parleurs, d’évacuer immédiatement leurs maisons. Les familles ont été contraintes de rassembler le peu d’effets personnels en quelques minutes et de quitter la zone, que les forces d’occupation israéliennes ont ensuite entièrement bouclée, en installant des postes de contrôle militaires à toutes les sorties et intersections menant hors de la zone et en soumettant les véhicules et les habitant-es fuyant à pied à des fouilles.

« Punition collective »

Environ 200 000 Palestinien-nes vivent dans la ville d’Hébron et 600 000 autres dans le gouvernorat d’Hébron, ce qui en fait la région la plus peuplée de Cisjordanie. L’armée israélienne a déclaré que l’opération durerait plusieurs jours, laissant craindre de nouveaux déplacements. « Plus de 2 670 Palestiniens ont été déplacés de force de leurs foyers à Hébron par les forces d’occupation israéliennes », déclarait dimanche le bureau du Premier ministre palestinien Mohammad Mustafa. Le communiqué, citant des données de la municipalité d’Hébron, a ajouté que la majorité des personnes déplacées étaient « des femmes, des enfants et des personnes âgées ».

Selon la Société palestinienne des prisonnier-es, parmi les personnes déplacées d’Hébron figurent 127 nourrissons, 81 femmes enceintes et 26 personnes en situation de handicap, 134 Palestiniens souffrant de maladies chroniques et 265 personnes âgées de plus de 60 ans. La Société palestinienne des prisonnier-es relève également que les forces israéliennes avaient arrêté au moins 47 Palestinien-nes dans toute la ville d’Hébron depuis vendredi. Les soldat-es ont mené des centaines d’interrogatoires sur le terrain, soumettant les Palestinien-nes à des détentions et à des mauvais traitements.

L’Autorité palestinienne a qualifié les actions d’Israël de « punition collective », évoquant la démolition de maisons, le déplacement forcé de quartiers entiers et le « bouclage et le siège des villes palestiniennes ». Le PCHR souligne en outre que « le fait d’exploiter la fusillade survenue près de l’entrée nord de la ville pour justifier des punitions collectives, le déplacement forcé des résidents et la destruction de leurs biens ne fournit aucun fondement juridique à ces violations et ne dégage pas Israël de ses obligations envers la population civile, qui est constituée de personnes protégées en vertu du droit international humanitaire. » 

Après avoir évacué les résident-es l’armée israélienne a investi les habitations palestiniennes pour en faire des casernes et postes d’observation, tandis que des colons israéliens ont commencé à établir deux nouveaux avant-postes sur des terres appartenant à des Palestiniens dans la ville de Yatta, au sud d’Hébron.

Des enjeux électoraux et économiques

Depuis vendredi, les forces israéliennes ont fermé la mosquée d’Ibrahim à Hébron, un site palestinien classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et en ont expulsé le personnel et les gardiens, selon le ministère palestinien des Awqaf et des Affaires religieuses. Cette mosquée, gérée par les Palestinien-nes, figure parmi les lieux les plus sacrés de l’islam, du judaïsme et du christianisme. Ces derniers mois, Israël a cherché à renforcer son contrôle sur le site, en imposant des restrictions croissantes, notamment en interdisant l’accès aux fidèles musulmans, en limitant l’appel à la prière et en facilitant les incursions des colons.

Le maire d’Hébron accuse les membres d’extrême droite du gouvernement israélien d’utiliser Hébron, son lieu saint et ses habitants à des fins électorales. « Le moment choisi est également suspect », explique-t-il, accusant les membres d’extrême droite du gouvernement israélien de tenter « d’utiliser Hébron et sa mosquée d’Ibrahim, ses habitants et leurs maisons, comme une publicité électorale gratuite pour certains ministres se présentant aux élections dans les jours à venir ».

La ville d’Hébron représente aussi un enjeu économique majeur pour les Palestinien-nes de Cisjordanie occupée, alors que l’économie palestinienne traverse une grave crise provoquée par le gel par Israël de ses recettes fiscales, ainsi que par les pogroms et les raids menés par les forces israéliennes et les colons en Cisjordanie en écho au génocide perpétré par Israël à Gaza. Hébron représente environ 40 % de la production industrielle palestinienne et 30 % des exportations, mais l’activité économique a été gravement affectée par les récentes restrictions et agressions israéliennes.

Sur Al Jazeera, le chercheur en économie Ahmed Abu Qamar rappelle que « Hébron [est une] ville industrielle de premier plan et est considérée comme l’un des piliers et fondements les plus importants de l’économie palestinienne en raison de [sa] vaste base industrielle et commerciale. Toute restriction qui lui serait imposée, toute fermeture de ses points de vente, toute restriction à la liberté de circulation… ou toute opération militaire exercera une pression sur l’ensemble de l’économie palestinienne en Cisjordanie. »

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