Par l’Agence Média Palestine, le 25 juillet 2024

« L’armée (israélienne) nous a appelés dans la matinée (du lundi 22 juillet), ordonnant aux habitants d’Abasan, de Khuzaa, d’Al Zanneh, d’Al Qarara et de Bani Sehaila d’évacuer. Tout s’est passé soudainement. Ils ont dit d’aller dans la zone sûre, mais il n’y a pas de zone sûre dans toute la bande de Gaza. Ils se moquent de nous ».
C’est ce que raconte Mohammad Abdul Jawad, qui a fui les bombardements avec sa famille et a temporairement trouvé refuge à l’hôtpital Nasser, à Khan Younis. « Nous avons tout laissé, nos tentes et tout ce qu’elles contenaient. Où devons-nous aller maintenant ? Il fait très chaud, nous n’avons ni argent ni rien, et personne ne se soucie de nous ». Jawad a déclaré que les chars israéliens se trouvaient à environ 500 mètres.
Tôt dans la matinée du lundi 22 juillet, l’armée israélienne a lancé une attaque surprise sur Khan Younis, ordonnant simultannément aux habitants d’évacuer leurs maisons des quartiers est de la ville, pourtant désignée plus tôt par l’armée israélienne comme une “zone de sécurité” pour les Palestiniens déplacés dans la bande de Gaza. Plus de 70 personnes ont été assassinées dans les bombardements qui ont suivi, et plus de 200 blessées.
Après l’attaque aérienne, l’armée israélienne a lancé des dizaines de raids, de barrages de feu et de tirs d’artillerie sur des maisons, dans les rues et sur des rassemblements de personnes déplacées.
Selon des sources locales, l’armée israélienne aurait tué plus de 129 palestiniens à Khan Younis en 48h, entre le 22 et le 24 juillet, portant le bilan des victimes palestiniennes à 39 175 morts depuis le 7 octobre.
D’autre part, au moins 68 Palestiniens sont toujours portés disparus à la suite de l’attaque israélienne, et les autorités de Gaza disent avoir reçu environ 1 217 appels à l’aide de familles piégées par l’armée israélienne dans l’est de Khan Younis. Quelque 190 maisons auraient été bombardées dans cette zone.
Israël avait déjà envahi Khan Younis en décembre dernier, et s’était retiré en avril après avoir détruit la plupart des infrastructures de la ville. Les équipes de secours palestiniennes ont retrouvé des centaines de cadavres dans les rues de Khan Younis au cours des semaines qui ont suivi le retrait d’Israël.
Les hôpitaux saturés
Lors de sa première invasion, l’armée israélienne avait investi l’hôpital al-Nasser en février dernier, pendant dix jours, obligeant le personnel médical, les patients et les civils réfugiés dans l’hôpital à quitter les lieux. Le personnel est retourné à l’hôpital après le retrait israélien et l’a remis en service, dans un contexte de grave pénurie de carburant pour les générateurs électriques, de médicaments et d’équipements médicaux.
Après les dernière attaques, de nombreux patients y ont été admis avec des membres manquants et des « brûlures complètes du corps », y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées, a déclaré Saqer, ajoutant que les victimes meurent « à même le sol » en raison du manque de lits et de fournitures inadéquates. L’hôpital al-Nasser, dernier à fonctionner encore à Khan Younis, a annoncé qu’il n’était plus en mesure de faire face au nombre écrasant de blessés.
Le Croissant-Rouge palestinien, lui, déclarait lundi après-midi que deux des derniers centres de santé de Khan Younis avaient été mis hors service, car situés dans la partie orientale de la ville, zone soumise aux ordres d’évacuation par Israël. La perte de ces deux sites affaiblit considérablement le système de santé déjà dévasté de la ville.
À cette situation s’ajoute les graves risques sanitaires liés aux pénuries d’eau, alors que le virus de la polio a été détecté le 18 juillet dernier dans les eaux usées de Gaza. Ces risques d’épidémie font peser une grande menace supplémentaire sur des hôpitaux déjà saturés, et pourraient avoir des conséquences dramatiques.
« La détection du variant du poliovirus de type 2 dans les eaux usées de Gaza est profondément alarmante « , a noté Hanan Balkhy, Directrice régionale de l’OMS pour la Méditerranée orientale dans une publication sur X. » Lors de ma récente visite, j’ai été témoin de l’immense souffrance des enfants. Ils ne peuvent absolument pas être exposés à d’autres risques. La polio peut provoquer la paralysie et la mort, en particulier chez les enfants non vaccinés », a-t-elle ajouté.
150 000 personnes déplacées
Rabah Abdul Ghafour, 37 ans, habitant de Bani Suhaila, a trouvé refuge à l’hôpital Nasser. Il fait partie des plus de 150 000 personnes qui ont fui la ville de Khan Younis à Gaza depuis lundi, selon deux agences des Nations unies.
« J’ai été déplacé 12 fois depuis le 7 octobre », déclare-t-il. « Nous avons vécu la nuit la plus difficile de notre vie. Le bruit des explosions et des tirs ne s’est pas arrêté un instant. C’était comme si la guerre avait commencé hier ».
Rawan Al-Brim, 22 ans, originaire d’Al-Qarara, est arrivée à l’hôpital Nasser avec son mari et sa belle-mère lundi.
« Nous avons dormi dans la cour extérieure, sans matelas ni couverture. Ma fille de quatre mois est née pendant la guerre. Mon lait maternel s’est tari et je ne trouve pas de lait pour satisfaire sa faim. Mon bébé crie de faim toute la nuit », a-t-elle déclaré.
L’OCHA s’alarme que de nombreuses personnes étaient « piégées dans la zone d’évacuation », y compris « des personnes à mobilité réduite et des membres de leur famille qui les soutiennent ». « Nous voyons des gens se déplacer vers Deir al-Balah et l’ouest de Khan Younis. Ces deux zones sont déjà extrêmement surpeuplées », a déclaré Louise Wateridge, chargée de communication de l’UNRWA. « Elles disposent d’un nombre limité d’abris et de services. Elles peuvent à peine accueillir les personnes qui s’y trouvent déjà ».
Le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme a également fait part mardi de ses préoccupations quant au respect par Israël des obligations qui lui incombent en vertu du droit international. « Les ordres d’évacuation de masse confus émis par une partie qui augmente simultanément l’intensité de ses attaques sur les zones dont l’évacuation est ordonnée et à travers lesquelles les gens doivent se déplacer placent les civils dans une situation plus dangereuse et peuvent accroître les dommages causés aux civils », a déclaré l’agence.
« Cela soulève de sérieuses inquiétudes quant au respect par Israël de son obligation de prendre toutes les précautions possibles pour éviter et, en tout état de cause, réduire au minimum les pertes en vies humaines et les blessures infligées aux civils. »



