Entretien avec Shuruq As’ad, porte parole du syndicat des journalistes palestinien (PJS).
Par l’Agence Média Palestine, le 20 janvier 2025

« Les derniers jours ont été horrifiques. Nous avons perdu plus de 110 personnes, juste dans les 2 derniers jours. Parmi elles et eux, il y avait 3 journalistes. » Contactée par l’Agence Média Palestine à la veille de la première phase de l’accord de cessez-le-feu, la porte-parole de syndicat des journalistes palestiniens (PJS) nous a livré ses impressions sur la situation des journalistes à Gaza.
« Elles et ils ont été tué·es parce que Israel tue tout le monde il y a eu des bombardements intenses, et le but était de tuer, vraiment de tuer, il n’y a pas d’autre raison. Ce sont des journalistes, connu·es comme tels, avec tous leurs brassards, casques et autocollants, leur équipement, elles et ils sont tué·es. Nous avons maintenant perdu presque 200 collègues, soit plus de 11% du nombre total de journalistes à Gaza. »
Avec l’entrée en vigueur de la première phase de l’accord de cessez-le-feu ce dimanche 19 janvier se pose la question de l’évolution du sort des journalistes gazaoui·es. « Parce qu’elles et ils sont des cibles, c’est un crime continu d’Israël, donc je ne pense pas que cela va s’arrêter. Peut-être que le cessez-le-feu va, au moins, réduire le nombre de journalistes tué·es dans des bombardements aériens, » explique Shuruq As’ad. « Mais cela ne veut pas dire qu’elles et ils ne seront pas assiégé·es, et l’implémentation du cessez-le-feu va prendre du temps. Ces journalistes vont continuer de travailler dans des conditions difficiles, tout simplement parce qu’elles et ils font partie de la société, elles et ils ont aussi perdu leurs maisons, leurs bureaux, des êtres chers, ce ne sera pas facile, elles et ils sont traumatisé·es. »
Israël a assassiné 198 journalistes
198 journalistes ont été assassiné·es par l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023. Dans son rapport sur la liberté des médias pour l’année 2024, publié hier, le PJS dénonce une « répression contre la liberté de la presse [qui] n’a fait que s’intensifier. Photographes, correspondant·es, rédacteur·ices et technicien·nes des médias ont été assassiné·es, leur travail mettant en lumière une réalité brutale et brisant le voile de propagande qu’Israël tente de maintenir depuis des décennies. »
Ce terrible bilan s’explique d’une part par la violence des bombardements israéliens, qui ont visé l’ensemble de la population de Gaza sans épargner les civil·es ni les journalistes. Mais de nombreuses enquêtes et rapports démontrent que les journalistes ont aussi été directement ciblé·es en tant que tel·les, et leurs infrastructures systématiquement détruites.
Ces attaques systématiques témoignent de la volonté d’Israël de masquer ses crimes, selon plusieurs organismes de défense de la presse. Reporter Sans Frontière (RSF) a déposé, depuis le début du génocide israélien à Gaza en octobre 2023, 4 plaintes à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre commis à l’encontre des journalistes.
« Depuis quinze mois, les journalistes de Gaza sont déplacé·es, affamé·es, calomnié·es, menacé·e, blessé·es et tué·es par l’armée israélienne, » a déclaré Thibaut Bruttin, directeur général de RSF. « Malgré ces dangers, elles et ils ont continué à informer leurs concitoyen·nes et le monde entier alors que les journalistes étranger·es se voyaient refuser l’accès au territoire. Les reporters de Gaza sont la fierté du journalisme. Avec l’accord de cessez-le-feu, le travail des reporters locaux et internationaux est plus que jamais crucial – il ira de pair avec le travail de la justice. Pour ce faire, les journalistes internationaux doivent pouvoir accéder au plus vite et en toute indépendance au territoire assiégé. »
Le PJS appelle également la communauté internationales, les organisations et aussi les journalistes, y compris à Jerusalem et à Tel Aviv à pousser clairement et fermement pour être autorisés à entrer dans Gaza. Il y a un enjeu à leur autoriser l’accès, pour faciliter le travail d’enquête et de justice. Shuruq As-ad rappelle néanmoins que ce travail a déjà été fait par les journalistes gazaoui·es, et que ce travail doit être reconnu et célebré.
« J’espère que ce cessez-le-feu pourra rendre plus facile l’investigation des crimes d’Israël, mais cela ne veut pas dire que nos collègues sur place ne l’ont déjà pas fait, elles et ils ont fait un excellent travail, et leurs images et leurs vidéos seront une base importante pour la justice, pour rendre Israël devant la justice, et Netanyahu et les leaders israéliens. Les journalistes de Gaza ont déjà transmis tout cela au monde. Mais les journalistes internationaux devraient pouvoir être là aussi, c’est leur droit et il faudra aussi d’avantage d’investigation sur ces crimes contre l’humanité et ces crimes de guerre. Mais je crois vraiment que les journalistes ont joué un rôle important, apportant un témoignage de ces crimes. Et nous allons voir de plus en plus de ces histoires émerger, cela va prendre du temps. »




