Gaza, jour 583 : Israël bombarde des écoles et des mosquées

Notre point sur la situation en ce début de semaine à Gaza, où les bombardements et massacres israéliens se poursuivent, une semaine après l’annonce d’un nouveau plan visant à « conquérir Gaza » par la prise de contrôle de l’aide humanitaire et le déplacement forcé de l’ensemble de la population gazaouie.

Par l’Agence Média Palestine, le 12 mai 2025

À Gaza depuis le 7 octobre 2023 :
52 862 Palestinien·nes assassiné·es
119 648 Palestinien·nes blessé·es
14 000 Palestinien·nes disparu·es (présumé·es sous les décombres)



Les frappes israéliennes ont assassiné au moins 23 personnes dans la journée du samedi 10 mai. Samedi matin, une frappe a apparemment délibérément ciblé une tente dans le quartier de Sabra dans la ville de Gaza, tuant cinq membres d’une même famille : Saqr Ahmad Tlaib, sa femme Hind Abu Al-Kas et leurs trois enfants, Ahmad, Hamza et Abdulaziz, alors qu’ils dormaient.

Le grand-père maternel des enfants Tlaib affirme que ces attaques ont eu lieu « sans avertissement et sans qu’ils aient rien fait de mal ». Saqr Ahmad Tlaib dirigeait l’unité locale de lutte contre le pillage et de protection des biens à Sabra, alors que les pénuries extrêmes imposées par le siège israélien ont favorisé le développement de réseaux criminels. Selon l’agence de presse Shms, des témoins oculaires affirment que les avions de combat israéliens ont directement visé la tente de la famille. Cet abri modeste n’offrait aucune protection. La frappe a anéanti toute la famille dans ce qui semble être un assassinat délibéré.

Parallèlement, une attaque de drone dans le quartier de Tuffah, à Gaza, a tué six personnes, et une autre dans le quartier de Sheikh Radwan, où Israël a bombardé un appartement appartenant à la famille Zaqout. Plus au sud, l’agence Wafa rapporte que des canonnières israéliennes ont ouvert un « feu nourri » en lisière de Rafah, tuant un homme identifié comme Mohammed Saeed al-Bardawil. Deux autres civils ont été blessés lors d’une attaque contre la zone humanitaire d’al-Mawasi, à l’ouest de Rafah. En 24 heures dans la journée de samedi, au moins 23 Palestinien·nes ont été tué·es et 124 autres blessé·es, selon le ministère de la Santé.

Dimanche 11 mai, l’armée israélienne a tué 13 Palestinien·nes, rapportent les médias locaux. Parmi les victimes, ont été tuées dans une frappe de drone sur un véhicule et deux autres dans un bombardement près d’immeubles résidentiels situés à l’ouest de Khan Younis, dans le sud de Gaza. Deux autres personnes ont été tuées dans un bombardement d’artillerie sur une maison dans le quartier de Zeitoun, dans le nord de la ville de Gaza, tandis que le corps d’un homme a été retrouvé près du camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de Gaza, après que des avions de combat israéliens ont bombardé la zone la veille. L’armée israélienne a également attaqué le bâtiment de l’université islamique de Khan Younis.

Aucun répit


Ce lundi 12 mai 2025, Israël a déclaré suspendre ses activités militaires à Gaza pour permettre la libération du soldat Edan Alexander, fait prisonnier le 7 octobre 2023. Israël affirme ne s’être engagé « en aucune manière » à un cessez-le-feu en échange de la libération par le Hamas du prisonnier américano-israélien Edan Alexander, mais qu’il mettra en place un « couloir de sécurité » pour faciliter le transfert aujourd’hui.

De fait, aucun répit n’a été observé à Gaza, le journaliste Tareq Abu Azzoum affirmant même constater une recrudescence des attaques israéliennes. À l’aube, Israël a mené une frappe sur une école transformée en abri pour les réfugié·es palestinien·nes à Jabalia, au nord de Gaza. « Nous nous sommes précipités dehors vers nos voisins et avons vu des flammes qui faisaient rage et se propageaient partout. Avec nous se trouvaient également des familles déplacées qui n’avaient plus rien », raconte un survivant sur Al Jazeera. « En regardant de l’autre côté, nous avons découvert de nombreux martyrs. Ils ont frappé la salle de classe sans aucun avertissement préalable – c’était une salle de classe – et 17 innocents ont perdu la vie. C’étaient de jeunes enfants innocents. » Plus tard dans la matinée, Israël a bombardé la mosquée d’Al Hasanat près du camp de Nuseirat, tuant une enfant de 11 ans. En milieu d’après-midi, le ministère de la santé affirme qu’Israël a tué au moins 29 Palestiniens dans les dernières 24h.

Ces attaques ont lieu alors que le siège israélien de l’aide humanitaire entre dans son 71eme jour, et que l’ensemble de la population de Gaza est en danger critique de famine. Selon le rapport publié aujourd’hui par le Cadre Intégré de Classification de la sécurité alimentaire (IPC), 470 000 personnes à Gaza sont confrontées à des conditions de famine (phase 5 de l’IPC) et l’ensemble de la population souffre d’une insécurité alimentaire aiguë. Le rapport estime également que 71 000 enfants et plus de 17 000 mères auront besoin d’une prise en charge urgente contre la malnutrition aiguë. Au début de l’année 2025, les agences estimaient à 60 000 le nombre d’enfants qui nécessiteraient un traitement. 

« Le risque de famine ne survient pas soudainement. Il se développe dans les endroits où l’accès à la nourriture est entravé, où les systèmes de santé se sont effondrés et où les enfants sont privés du strict minimum pour survivre. La faim et la malnutrition aiguë sont une réalité quotidienne pour les enfants de la bande de Gaza », a déclaré Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF. « Nous avons mis en garde à plusieurs reprises contre cette évolution et appelons une nouvelle fois toutes les parties à empêcher cette catastrophe ».    

Vendredi, les États-Unis ont annoncé la création de la Gaza Humanitarian Foundation afin de coordonner l’acheminement de l’aide à Gaza, Israël assurant la sécurité militaire des opérations. L’ONU a rejeté cette initiative, estimant qu’elle militariserait l’aide, violerait les principes de neutralité et provoquerait des déplacements massifs de population.

L’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a averti dimanche que plus le blocus se prolongeait, plus les dommages causés aux Palestiniens étaient irréversibles. « L’UNRWA dispose de milliers de camions prêts à entrer et nos équipes à Gaza sont prêtes à intensifier les livraisons », a déclaré l’organisation.

Le blocus a également des effets dévastateurs sur les personnes atteintes de maladies chroniques, privant les Palestiniens souffrant de diabète, de cancer et de maladies rares de médicaments vitaux. Depuis Gaza, Hani Mahmoud, journaliste pour Al Jazeera, a déclaré : « Les médecins ici disent que la tragédie n’est pas dans ce qui se passe, mais dans ce qui pourrait être évité. Ces maladies peuvent être traitées, mais les habitants de Gaza n’y ont plus accès, et ils disent que ce n’est pas seulement un échec logistique, mais un échec de l’humanité ».

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