La France pourrait (enfin) appuyer la demande de révision de l’accord UE-Israël

Il y a quatre jours, le ministre des affaires étrangères néerlandais Caspar Veldkamp, pourtant l’un des alliés les plus fidèles d’Israël au sein de l’Union européenne, a demandé « un examen du respect par Israël de l’article 2 dans les plus brefs délais » dans un courrier relayé par les médias. Dimanche, Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, a affirmé sur un plateau de télévision qu’il considérait cette demande « légitime ». Bien que timides, ces déclarations sont un accroc inédit dans le soutien sans faille que porte l’Europe à Israël.

Par l’Agence Média Palestine, le 13 mai 2025



Les échanges entre l’union Européenne (UE) et Israël sont garantis par l’accord d’association signé en 1995 et entré en vigueur en 2000. L’accord contient deux axes principaux : un dialogue politique et une libéralisation des échanges commerciaux entre les parties, par la suppression des droits de douane et l’interdiction les restrictions quantitatives. Les échanges commerciaux en question permettent à l’UE de se maintenir comme premier partenaire commercial d’Israël, représentant 28,8 % de ses échanges de marchandises en 2022. La France à elle seule est le 10ᵉ fournisseur et le 11ᵉ client d’Israël.

Cet accord commercial est largement critiqué, depuis des années, par les militant·es solidaires avec le peuple palestinien, qui dénoncent qu’Israël ne respecte pas son article 2, qui conditionne l’accord au respect des droits humains et des principes démocratiques par les deux parties. La colonisation israélienne illégale et l’état d’apartheid qu’il impose aux Palestiniens sont dénoncés depuis des années par les militant·es comme des manquements graves à cet article.

Depuis le début de la campagne génocidaire israélienne à Gaza en octobre 2023, les nombreuses preuves des violations par Israël des droits humains, de ses crimes de guerre, emprisonnements abusifs et torture systémiques, sont autant plus d’arguments que les militant·es ont invoqué pour exiger que l’Europe cesse ses partenariats avec Israël. L’Irlande et l’Espagne avaient appelé à des discussions sur une potentielle suspension de cet accord, mais le gouvernement néerlandais y avaient répondu en bloquant les discussions.

Il a donc fallu attendre qu’Israël bloque pendant plus de 70 jours l’aide alimentaire à Gaza, imposant au plus de 2 millions de Palestinien·nes une famine mortifère, pour que des dirigeants européens s’inquiète de la respectabilité de cet accord. Expliquant sa position, M. Veldkamp a déclaré : « On ne peut pas affamer la population de la bande de Gaza. C’est contraire au droit international. C’est immoral. C’est dangereux. Je ne pense pas que cela soit dans l’intérêt d’Israël. »

Le ministre néerlandais affirme avoir écrit à la chef du service des affaires étrangères de l’Union européenne, Kaja Kallas, pour demander une révision urgente, estimant qu’Israël est désormais en violation de l’accord d’association. Le gouvernement néerlandais opposera son veto à toute prolongation du plan d’action UE-Israël, l’accord mettant en œuvre l’accord d’association entré en vigueur en 2000, a-t-il ajouté. La demande de révision de l’accord a été appuyée la Finlande, le Portugal et la Slovénie. Cette question pourrait être traitée dès mercredi, lors d’une rencontre informelle des ministres des affaires étrangères de l’UE en Pologne. Si les déclarations sont tièdes, elles n’en sont pas moins inédites. « Mieux vaut tard que jamais », ironise le député Thomas Portes sur son compte X.

« Je crois qu’il faut mettre des mots sur la réalité. La réalité, c’est que les Palestiniens à Gaza sont affamés, qu’ils sont assoiffés, qu’ils manquent de tout et que la Bande de Gaza est aujourd’hui au bord du chaos et de l’effondrement de la famine », a pour sa part déclaré Jean-Noël Barrot, ministre français des affaires étrangères, alors qu’au moins 57 Palestiniens sont morts de faim depuis octobre 2023.

Invité de l’émission « Questions politiques » sur France Inter et franceinfo ce dimanche, Barrot a réagit à ces annonces en affirmant que la demande de réviser l’accord d’association UE-Israël était « légitime », invitant « la Commission européenne à instruire » le dossier, sans pour autant se déclarer favorable à une remise en question de cet accord : « voyons l’analyse que fera la Commission européenne du respect ou non par Israël de l’article 2 de cet accord ».



Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut