L’attaque contre l’Iran n’est que le dernier crime en date commis par le régime israélien dans sa campagne de destruction à travers le Moyen-Orient. L’impunité dont il bénéficie grâce au soutien occidental est devenue une menace mondiale.
L’Agence Média Palestine propose une traduction de cette analyse de Craig Mokhiber, avocat international spécialisé dans les droits humains et ancien haut fonctionnaire des Nations unies, qui dénonce l’impunité d’Israël permise par la complicité occidentale.
Par Craig Mokhiber, le 18 juin 2025

Le régime israélien, grisé par l’impunité dont il bénéficie grâce au soutien occidental, richement pourvu en armes fournies par l’Occident et animé par une idéologie raciste violente née en Occident, sévit dans tout le Moyen-Orient, semant la mort et la destruction sur son passage.
L’acte d’agression flagrant du régime israélien contre l’Iran n’est que le dernier crime en date commis par ce régime dans le cadre de la vague de violence qu’il fait régner dans la région depuis maintenant vingt mois.
Mais Israël n’est pas un voyou solitaire. Et il ne pourrait pas s’en tirer à bon compte sans un puissant soutien.
Les États-Unis ont donné au régime israélien le feu vert pour son attaque surprise, ont détourné l’attention par des discussions diplomatiques (peut-être hypocrites) afin de faciliter l’attaque, ont financé l’opération avec l’argent des contribuables américains, ont fourni les renseignements nécessaires pour cibler les objectifs, les armes et les munitions pour tuer, la couverture diplomatique pour le protéger de toute action du Conseil de sécurité, des forces américaines pour intercepter la riposte défensive de l’Iran, la promesse d’un soutien militaire direct des États-Unis si Israël en avait besoin, et la couverture propagandiste des médias américains complices. Aujourd’hui, les États-Unis semblent prêts à entrer directement dans l’offensive militaire.
Une fois de plus, les États-Unis sont complices des crimes d’Israël.
L’impunité dont bénéficie Israël, principale conséquence de la collaboration des États-Unis avec le régime israélien, menace non seulement l’autodétermination des Palestiniens et la souveraineté des pays de la région, mais aussi la paix et la sécurité mondiales.
La menace mondiale de l’impunité israélienne
Au cours des derniers mois, le régime israélien a perpétré un génocide et un apartheid en Palestine, une attaque terroriste transnationale avec des pagers piégés au Liban, des milliers d’attaques armées contre le Liban, la Syrie, au Yémen et en Iran, l’occupation illégale de territoires palestiniens, libanais et syriens, plusieurs exécutions extrajudiciaires sur le territoire étranger, l’attaque et la réquisition du navire humanitaire Madleen, d’innombrables attaques contre le personnel et les installations des Nations unies, et l’utilisation de ses mandataires dans les pays occidentaux pour harceler les défenseurs des droits humains et corrompre les gouvernements.
Israël dispose de stocks d’armes conventionnelles, de haute technologie, nucléaires, chimiques et biologiques, n’autorise aucune inspection internationale et refuse de ratifier le Traité de non-prolifération (TNP). Il est gouverné par un régime d’extrême droite, profondément raciste et fondamentalement violent, que ne contraignent aucune norme du droit international, diplomatie internationale ou morale commune.
Ajoutez à cela l’impunité, et vous obtenez la recette d’un désastre mondial. L’impunité garantie par l’Occident dont bénéficie le régime israélien est à l’origine de la criminalité en série de ce régime. Et cette criminalité menace toute la région et, potentiellement, le monde entier.
Pire encore, afin de protéger davantage le régime israélien, les États-Unis et leurs alliés ont systématiquement corrompu, capturé ou écrasé pratiquement tous les gouvernements de la région, et ont battu les factions du Liban (Hezbollah) et du Yémen (Ansar Allah) qui continuent de défier le régime et son projet hégémonique violent. Seul l’Iran reste debout. À ce titre, il représente un élément intolérable pour le régime israélien et son sponsor américain : la dissuasion.
Une guerre pour l’hégémonie régionale des États-Unis et d’Israël
L’Iran est donc pris pour cible parce qu’il est le dernier État indépendant encore debout dans la région, après la corruption et la capture de la plupart des gouvernements arabes par les États-Unis et la destruction systématique de ceux qui ont refusé de se soumettre (par exemple l’Irak, la Libye, la Syrie).
L’essence de ce plan a été révélée il y a plus de deux décennies par le général américain et ancien commandant de l’OTAN Wesley Clarke, lorsqu’il a décrit les plans des États-Unis visant à « attaquer sept pays musulmans en cinq ans ». Sur la liste figuraient l’Irak, la Libye, la Syrie, le Liban, la Somalie, le Soudan et, bien sûr, l’Iran.
Même après des décennies de sanctions, de sabotage, d’agression, de tentatives de déstabilisation et d’ingérence des agences de renseignement occidentales, l’Iran a obstinément refusé de se soumettre aux États-Unis.En dépit de pressions constantes, il a refusé d’abandonner le peuple palestinien, de normaliser le colonialisme et l’apartheid israéliens, ou de fermer les yeux sur le génocide perpétré par Israël.
Il est important de noter qu’il a également refusé de céder le contrôle de ses ressources naturelles (notamment d’importantes réserves de pétrole et de gaz) à l’empire américain. Et, comme chacun sait, il refuse de renoncer à son droit, en tant qu’État souverain, de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques pour le bénéfice de son économie en développement.
Ayant échoué à contraindre l’Iran à se soumettre malgré des décennies d’efforts de l’axe américano-israélien pour l’étrangler et le déstabiliser (tout en causant d’énormes souffrances civiles dans le pays), les États-Unis et Israël ont désormais opté pour une agression militaire à grande échelle, ressortant les vieilles justifications fabriquées de toutes pièces sur les « armes de destruction massive » qui leur avaient si bien servi pour justifier leur agression contre l’Irak voisin il y a plus de vingt ans.
Mais dans ce cas, ils ont poussé l’argument jusqu’à l’absurde, fondant leur justification de la guerre non pas sur l’affirmation que l’Iran possède des ADM, mais sur le fait qu’il pourrait un jour en acquérir. Une accusation d’autant plus ridicule que les agresseurs eux-mêmes – les États-Unis et Israël – possèdent en fait de telles armes et sont coupables d’actes d’agression en série, contrairement à l’Iran.
Jus ad bellum : le crime d’agression
L’attaque non provoquée du régime israélien soutenu par les États-Unis contre l’Iran était un crime au regard du droit international. Il s’agissait en effet d’une attaque perfide, lancée en plein milieu des négociations américaines, et visant même le responsable iranien chargé des négociations. (À noter que cette attaque a eu lieu juste après qu’Israël ait coupé Internet à Gaza, tirant ainsi un rideau numérique autour du génocide qu’il y perpétrait à un rythme accéléré).
L’article 51 de la Charte des Nations unies ne reconnaît le droit de légitime défense qu’en réponse à une « attaque armée » ou lorsque le Conseil de sécurité l’autorise expressément. Toute autre attaque armée constitue un crime d’agression au regard du droit international.
Cela signifie que le régime israélien utilise illégalement la force contre l’Iran, en violation de l’article 2(4) de la Charte des Nations unies interdisant la menace ou l’emploi de la force, et commet ainsi un crime d’agression. Dans ce cas, légalement, le droit à la légitime défense appartient à l’Iran, et certainement pas à Israël (ou aux États-Unis).
En outre, contrairement aux affirmations des mandataires du régime israélien en Occident, le droit international n’autorise pas la soi-disant « légitime défense anticipée » ou les soi-disant « frappes préventives ».
Certains, comme l’administration Bush à l’approche de l’agression contre l’Irak, ont tenté d’affirmer que la légitime défense anticipée était licite. Mais cet argument a été largement rejeté, car l’intention de la Charte est d’interdire toute revendication de légitime défense tant qu’une attaque armée n’a pas eu lieu ou que le Conseil de sécurité n’a pas autorisé le recours à la force militaire.
Même la notion de légitime défense anticipée issue du droit international coutumier du XIXe siècle, invoquée par certains avant l’adoption de la Charte des Nations unies, n’allait pas aussi loin que la déformation de Bush. Avant l’adoption de la Charte, le test Caroline autorisait une forme de légitime défense anticipée, mais uniquement si la menace était « immédiate, écrasante et ne laissant aucun choix de moyens ni aucun moment pour délibérer », ce qui n’est clairement pas le cas de l’attaque israélienne contre l’Iran.
D’autres ont tenté de trouver un terrain d’entente, affirmant qu’une action anticipée peut être autorisée dès lors qu’une attaque est jugée « imminente ». Cet argument est également douteux, car il n’existe aucune trace d’une telle exception dans le droit international. Quoi qu’il en soit, dans le cas de l’Iran, aucune attaque de ce type n’était imminente, et le régime israélien n’a même pas prétendu qu’elle l’était.
Bien sûr, Israël, régime voyou par excellence, protégé par l’impunité garantie par les États-Unis, se soucie peu de la légalité. Mais ses représentants et ses mandataires tentent souvent de se donner un vernis de légalité dans le cadre de la propagande du régime dans les médias occidentaux.
Ainsi, les mandataires d’Israël ont tenté de déformer encore davantage la notion de légitime défense anticipée en revendiquant le droit d’attaquer quiconque pourrait un jour dans le futur décider d’attaquer Israël. Ils prétendent que l’Iran pourrait un jour développer des armes nucléaires, qu’il pourrait les utiliser contre Israël s’il les développait, et que par conséquent, Israël n’a d’autre choix que d’attaquer l’Iran dès maintenant.
Il est clair que, en droit international, cela est totalement inadmissible. Si telle était la règle, n’importe quel État pourrait légalement attaquer n’importe quel autre État à tout moment, simplement en invoquant une menace future potentielle. Cela reviendrait à annuler la Charte des Nations unies.
Mais pour Israël, cela est tout à fait logique. Israël est, par essence, un État annihilateur. Il a été créé dans la violence, s’est développé par la violence et se maintient par une violence constante. Son idéologie officielle repose sur une conception militarisée de la sécurité qui dit en substance que quiconque ne se soumet pas doit être détruit, de peur qu’il ne tente un jour de riposter.
Ainsi, toute l’histoire du régime israélien a été marquée par la militarisation, la conquête, la colonisation, l’expansion et l’agression. Concrètement, cela s’est traduit par le génocide du peuple indigène de Palestine et des attaques constantes contre les voisins du régime.
Mais même en invoquant les arguments les plus larges possibles de légitime défense anticipée (qui, encore une fois, sont rejetés par la quasi-totalité de la doctrine du droit international), le recours à la force par Israël contre l’Iran resterait illégal.
Ce n’est pas un cas difficile. (1) L’Iran ne possède pas d’armes nucléaires, (2) il n’y a aucune preuve qu’il développe des armes nucléaires, (3) il n’y a aucune preuve qu’il utiliserait ces armes contre le régime israélien même s’il les obtenait, (4) il n’y avait pas de menace imminente, et (5) le régime israélien n’a pas épuisé les moyens pacifiques, comme l’exige le droit international.
En résumé, il s’agit d’une agression pure et simple, considérée comme le crime suprême en droit international, perpétrée par le même régime qui commet actuellement le crime des crimes, le génocide. Dans ce contexte, toute complicité des États-Unis dans ces crimes israéliens rend les États-Unis tout aussi criminels.
Jus in Bello : attaques contre des civils et des infrastructures civiles
Outre le crime d’agression, les attaques du régime israélien contre l’Iran comportent un certain nombre d’autres violations graves du droit international humanitaire. Au moment de la rédaction du présent article, le régime israélien a déjà tué des centaines d’Iraniens, en grande majorité des civils. Il a pris pour cible des immeubles d’habitation, des bâtiments des médias et au moins un hôpital. Il a également assassiné plusieurs scientifiques iraniens. Inutile de préciser que ces actes violent le principe de distinction et l’interdiction de prendre pour cible des personnes protégées et des infrastructures civiles protégées.
Le meurtre de scientifiques en est un exemple flagrant. Ce n’est que si un scientifique est membre de l’armée (c’est-à-dire s’il n’est pas un civil travaillant pour l’armée) qu’il peut, dans certaines circonstances, constituer une cible légitime. Or, la plupart des scientifiques, y compris les scientifiques iraniens, sont des civils, même s’ils travaillent sur des armes. (Et les scientifiques iraniens ne travaillent même pas sur des armes, mais uniquement sur l’énergie nucléaire.) À ce titre, les prendre pour cible est totalement illégal. Et, cela va sans dire, il est illégal de prendre pour cible des personnes chez elles simplement parce qu’elles sont des scientifiques susceptibles de travailler un jour sur des armes. En termes simples, il s’agit d’un crime de meurtre.
De même, les frappes israéliennes visant des infrastructures civiles (par exemple, des immeubles d’habitation) dans le but de tuer un scientifique (civil ou militaire) ne satisfont pas aux critères de précaution, de distinction et de proportionnalité prévus par le droit international humanitaire et sont donc illégales. En outre, les attaques contre des scientifiques au motif qu’ils pourraient un jour fabriquer une bombe sont illégales en soi. Dans le conflit actuel, ces scientifiques ne peuvent en aucun cas être considérés comme une menace pour les forces israéliennes et ne constituent pas des objectifs militaires légitimes.
Accepter les arguments scandaleux du régime israélien reviendrait à adopter une règle selon laquelle il serait permis de tirer sur tous les hommes à vue, simplement parce qu’ils pourraient un jour devenir soldats. Il va sans dire que cela n’est pas autorisé.
Les attaques d’Israël contre les infrastructures énergétiques de l’Iran sont également illégales. Ces installations sont généralement protégées par le droit international humanitaire, car elles sont essentielles à la survie des civils. Ce n’est que dans des circonstances très limitées qu’elles peuvent devenir des cibles militaires (par exemple, lorsque des soldats tirent depuis ces installations et que tous les principes du droit humanitaire sont respectés). Ces conditions ne sont manifestement pas remplies en l’espèce. Dans le conflit actuel, ces installations n’ont pas été utilisées pour menacer les forces israéliennes de quelque manière que ce soit. Les attaquer est illégal.
Attaques contre des installations nucléaires
Les attaques du régime israélien contre les installations nucléaires iraniennes sont particulièrement graves, tant sur le plan juridique qu’humanitaire. En droit international humanitaire, les attaques contre des installations dangereuses, telles que les centrales nucléaires et autres installations contenant ce que le droit appelle des « forces dangereuses », sont généralement interdites. L’Agence internationale de l’énergie atomique a clairement affirmé que de telles attaques sont interdites par le droit international et constituent une violation de la Charte des Nations unies.
Ces installations sont protégées par le droit international en raison des dommages graves qu’elles pourraient causer à la population civile en cas d’attaque. Si, en théorie, il peut exister des circonstances dans lesquelles de telles attaques sont autorisées, dans la pratique, il serait presque impossible pour une partie belligérante de remplir les conditions nécessaires pour attaquer légalement ces installations.
Les seules circonstances dans lesquelles elles peuvent être autorisées sont les suivantes : (1) ces installations sont directement utilisées à des fins militaires (comme le lancement d’attaques), (2) il existe un objectif militaire légitime, (3) l’attaque est nécessaire pour atteindre cet objectif, (4) un avertissement efficace est donné, et (5) l’action militaire satisfait aux critères juridiques de précaution, de distinction et de proportionnalité. Une telle norme est pratiquement impossible à respecter dans le cas d’une installation nucléaire, en raison du risque de fuites et de dissémination de radiations et du danger potentiel pour la population civile.
De plus, le droit international humanitaire interdit également tout moyen de guerre visant à ou susceptible de causer des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel. Le principe de neutralité exige que les parties au conflit ne causent pas de dommages transfrontaliers à un État neutre en raison de l’utilisation d’une arme dans un État belligérant, ce qui serait inévitable en cas de rejet de substances nucléaires.
À ce titre, les attaques du régime israélien contre les installations nucléaires iraniennes sont illégales.
Maîtriser les voyous
L’anarchie ouverte du régime israélien et de ses sponsors a causé des ravages tant dans les pays et parmi les peuples du Moyen-Orient que dans la légitimité même du droit international. Il est essentiel pour la cause de la justice de dénoncer les crimes de ces États et de les obliger à rendre des comptes.
Alors que l’Occident s’obsède sur les risques liés à des programmes nucléaires pacifiques, la véritable menace pour la sécurité mondiale à ce moment de l’histoire ne réside pas dans les réacteurs et les centrifugeuses, mais plutôt dans l’agression, le génocide et l’impunité. Il est impératif pour le monde entier de contenir ces menaces.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss



