Ces deux derniers jours, Israël a multiplié les massacres de civils aux alentours de centres de distribution alimentaire et lancé des dizaines de frappes aériennes. Nombre d’entre elles ont visé le nord de la ville de Gaza, alors que l’armée menace d’évacuer de force la population, faisant craindre une intensification des opérations terrestres.
Par l’Agence Média Palestine, le 1er juillet 2025

L’armée israélienne a assassiné plus de 95 Palestinien-nes pour la seule journée d’hier, rapportent les médias locaux, dans une série de frappes ciblant des lieux très fréquentés par les civil-es. L’armée israélienne a revendiqué 140 attaques pour cette seule journée, prétendant n’avoir touché que des « cibles terroristes ».
La frappe la plus meurtrière de la journée a visé un restaurant qui proposait aussi des services internet, au nord de la ville de Gaza sur la plage. Ce cybercafé, l’un des rares à avoir échappé aux bombes israéliennes le long de la plage de Gaza, était devenu très populaire. « Cet endroit n’était affilié à personne, ni à un parti politique ni à une organisation militaire. Il était bondé, y compris d’enfants venus fêter un anniversaire », rapporte un témoin.
Des avions de combat israéliens ont pris la café pour cible sans aucun avertissement, assassinant plus de 40 personnes dont de nombreux enfants, rasant entièrement l’édifice et laissant un grand cratère dans le sol. « C’était un massacre. J’ai vu des morceaux de corps voler partout, des corps mutilés et brûlés. C’était une scène effroyable. Tout le monde criait », rapporte un autre témoin sur Al Jazeera.
L’armée israélienne a également bombardé l’école Yafa à Gaza, qui abritait des centaines de Palestinien-nes déplacé-es. Cette fois-ci, un avertissement a été envoyé aux Palestinien-nes, qui ont été sommés d’évacuer les lieux en moins de cinq minutes, les forçant à tout abandonner derrière elles et eux. « Nous ne savons pas quoi faire ni où aller. Nous avons été abandonnés par le monde entier depuis plus de 630 jours. La mort est avec nous et autour de nous tous les jours », décrie Hamada Abu Jaradeh, un résident de l’école.
600 meurtres à la GHF
À la suite de révélations dans le quotidien Haaretz, où des soldat-es israélien-nes ont témoigné avoir reçu des ordres pour tirer directement sur les milliers de civils qui viennent chaque jour aux abords des centres de la Gaza Humanitarian Foudation (GHF) pour tenter de recevoir de l’aide, l’armée israélienne a affirmé que des instructions avaient été données aux forces armées à la suite des « leçons tirées » et que les incidents feraient l’objet d’une enquête. Au moins 28 Palestinien-nes ont depuis été assassiné-es dans les mêmes conditions.
Lundi dans le sud de la bande de Gaza, une frappe violente a ciblé un groupe de personnes qui attendaient à proximité d’un point de distribution d’aide alimentaire de la GHF. Cette frappe israélienne a tué 15 Palestinien-nes et blessé 50 autres. À l’heure où je rédige cet article, mardi midi, les médias locaux rapportent au moins 30 personnes assassinées dont 13 près d’un centre de distribution de la GHF.
Ce sont les dernières victimes d’une vague de carnages quotidiens sur ces sites, qui ont fait près de 600 morts parmi les Palestiniens depuis que la GHF a pris en charge la distribution d’une aide limitée à Gaza fin mai, dans le contexte d’un blocus israélien paralysant et de famine catastrophique.
Pendant ce temps, la crise humanitaire dans la bande de Gaza s’aggrave, des bébés et des enfants en bas âge mourant par manque de nutriments. Au moins 66 enfants morts de faim depuis le début de la guerre en octobre 2023. L’ONU a averti que la malnutrition infantile augmentait à un « rythme alarmant ». Une pénurie presque totale de lait maternisé menace encore ces enfants, quand beaucoup de mères, elles-même sous-alimentées, ne peuvent plus allaiter.
Les derniers hôpitaux mis hors-service
Dans le centre de Gaza, les forces israéliennes ont attaqué hier la cour de l’hôpital Al-Aqsa à Deir el-Balah, où des milliers de familles avaient trouvé refuge. « Le site de l’attaque se trouve à environ 10 mètres de notre point de diffusion », rapporte Tareq Abu Azzoum, journaliste pour Al Jazeera. « Ce n’est pas la première fois que la cour de l’hôpital est attaquée. Au moins dix fois, cette installation a été directement prise pour cible par les forces israéliennes. Il s’agit d’une concentration stupéfiante d’attaques contre des installations médicales, qui alourdissent encore le fardeau des hôpitaux qui fonctionnent à peine. »
Dans un communiqué, le bureau des médias du gouvernement de Gaza a condamné l’attaque israélienne, la qualifiant de « crime systématique » contre le système de santé de l’enclave palestinienne. La frappe a causé de graves dégâts matériels et fait plusieurs blessé-es.
Ce matin, le directeur de l’hôpital d’AL-Shifa, pris pour cible à de nombreuses reprises au cours des derniers mois, a déclaré que les pénuries de carburant forceraient la suspension des traitements de dialyse, mettant ainsi en danger la vie de 350 patient-es. « À midi [10 h GMT], nos générateurs s’arrêteront et des centaines de patient-es pourraient mourir », a déclaré M. Abu Salmiya. « Malheureusement, nous n’avons plus aucune solution pour faire face à la pénurie de carburant et nous serons contraints de suspendre nos services. »
Expulsions, déplacements, destructions et tractations de cessez-le-feu
« Il n’y a absolument pas de répit dans les attaques israéliennes. Le ciel au sud de la ville de Khan Younis est couvert de panaches de fumée provenant des bâtiments détruits lors des opérations de destruction menées par l’armée », rapporte le journaliste Tareq Abu Azzoum ce matin.
Alors que certain-es craignent une incursion terrestre à Khan Younis, l’armée israélienne a proféré de nouvelles menaces d’évacuation forcée des grands quartiers du nord de Gaza, où les forces israéliennes avaient déjà opéré auparavant, laissant derrière elles des destructions massives et provoquant une nouvelle vague de déplacements. Selon les Nations unies, plus de 80 % de Gaza est désormais une zone militarisée par Israël ou menacée de déplacement forcé.
Des chars israéliens ont pénétré hier dans les quartiers est de la banlieue de Zeitoun, dans la ville de Gaza, et ont bombardé plusieurs zones dans le nord, tandis que des avions ont bombardé au moins quatre écoles après avoir ordonné à des centaines de familles qui s’y étaient réfugiées de partir, ont déclaré des habitants. Les autorités sanitaires de Gaza ont déclaré qu’au moins 10 personnes avaient été tuées lors d’attaques contre Zeitoun et qu’au moins 13 autres avaient été tuées au sud-ouest de la ville de Gaza.
« Les explosions n’ont jamais cessé ; ils ont bombardé des écoles et des maisons. On aurait dit des tremblements de terre », a déclaré Salah, 60 ans, père de cinq enfants, originaire de la ville de Gaza. « Aux informations, on entend dire qu’un cessez-le-feu est proche. Sur le terrain, nous voyons la mort et nous entendons des explosions. »
Des sources palestiniennes et égyptiennes ont déclaré que les médiateurs, le Qatar et l’Égypte, avaient intensifié leurs contacts avec les deux parties en vue d’une reprise de discussions d’un cessez-le-feu, mais qu’aucune date n’avait encore été fixée pour une nouvelle série de pourparlers de trêve. Le Hamas a affirmé hier n’avoir reçu aucune réponse depuis plus de 4 semaines à ses propositions d’accord de cessez-le-feu.



