Traduction du poème « S’il te plaît, tue-moi » de Sama Hassan

Sama Hassan est une écrivaine et journaliste palestinienne basée à Gaza. Elle a publié trois recueils de nouvelles, qui ont été traduites dans plusieurs langues. 

S’il te plaît, tue-moi

14.05.2025

Au fil des années, on m’a raconté trois histoires qui ont toutes quelque chose en commun.
La première histoire m’a été racontée par un témoin qui a vu de ses propres yeux les cheveux d’un homme devenir blancs en un clin d’œil, alors qu’il se tenait sur le rivage en regardant sombrer un immense navire avec son frère à bord.

La deuxième histoire m’a été racontée par ma mère, au sujet de mon oncle, le plus jeune de ses frères et sœurs. Lorsqu’il avait dix-sept ans, ses cheveux devinrent soudainement blancs, et il ne put plus marcher droit, seulement courbé. Cela arriva lorsque les forces israéliennes occupèrent l’entièreté de la bande de Gaza en 1967, alors que les gens redoutaient des massacres semblables à ceux de 1956.

Le troisième incident m’a été rapporté par mon père qui a vu les cheveux de sa petite fille devenir gris et le vitiligo apparaître sur sa peau après qu’elle soit tombée sous les sabots de l’âne de leur voisin en rentrant de l’école. Ses camarades de classe lui avaient joué un mauvais tour : ils l’avaient poussée alors qu’ils marchaient ensemble, la faisant tomber par surprise sous les pattes de l’âne.

Ces trois incidents portés à ma connaissance confirment ce que la science et la médecine ont démontré. Il a en effet été établi que le blanchissement des cheveux et les changements de couleur de la peau, les symptômes du vitiligo, étaient le fait de causes psychologiques.

C’est récemment arrivé à une enfant à Gaza. Les cheveux de la petite Lana al-Sharif sont devenus blancs, comme ceux d’une vieille femme, tandis que les taches de vitiligo sont apparues sur sa peau, à cause d’une peur extrême provoquée par le bruit incessant des bombardements autour d’elle, jour et nuit.

L’explication scientifique du blanchissement prématuré des cheveux et de l’apparition soudaine du vitiligo sur sa peau est un dysfonctionnement brutal ou une activité anormale du système immunitaire. Cela entraîne la production d’anticorps qui attaquent les cellules pigmentaires responsables de la couleur naturelle de la peau et des cheveux.

Dans le cas du vitiligo héréditaire, l’exposition à des traumatismes psychologiques ou à des peurs soudaines à n’importe quel moment de la vie peut déclencher et amplifier l’activité du gène responsable de la maladie, rendant la personne susceptible de voir apparaître soudainement les symptômes du vitiligo, qu’elle soit jeune ou âgée.

La jolie petite fille, Lana al-Sharif, symbolise la souffrance des enfants de Gaza qui endurent toutes sortes de peurs, en plus de la malnutrition et de la propagation des maladies parmi eux. Avec l’aggravation de ces souffrances, il est naturel de les voir vieillir avant l’heure, réclamant la mort en pleine floraison.

Cet appel terrible et douloureux a été rapporté par un médecin qui a soigné l’un des enfants rescapés du massacre du restaurant, survenu il y a quelques jours dans la ville de Gaza. Le garçon a lancé : « Tue-moi, docteur… je ne veux pas vivre. »

Les enfants de Gaza comprennent ce qui les attend s’ils sont blessés lors des bombardements aléatoires visant les tentes et les rues. S’ils survivent et évitent la mort immédiate, ils peuvent se retrouver seuls survivants de leur famille, forcés d’affronter la vie sans mère, ni père, ni frères et sœurs, ce qui s’apparente à une longue agonie.

Peut-être perdront-ils la vue, ou un membre, ce qui les fera souhaiter la mort à chaque instant, regrettant de ne pas déjà l’être. Ainsi, ils trouveraient un soulagement à une vie de souffrance avec un handicap permanent.

Plus de deux mille personnes ont perdu la vue à cause des bombardements depuis le début de la guerre, tandis que 32 000 cas d’amputation de membres ont été recensés, dont la majorité sont des enfants, allongeant la liste des enfants innocents réclamant la mort plutôt que la vie dans un monde qui ne reconnaît pas leur humanité.

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