Point sur la situation à Gaza, alors que le sinistre décompte des meurtres vient de dépasser 58 000 Palestinien-nes assassiné-es par Israël depuis le 7 octobre 2023. Des massacres quotidiens ont au lieu aux abords de points de distribution d’eau et de nourriture, et Israël continue de décréter des avis d’évacuation visant à déplacer la population au sud de l’enclave.
Par l’Agence Média Palestine, le 15 juillet 2025

À Gaza depuis le 7 octobre 2023 :
138 520 Palestinien-nes blessé-es
58 386 Palestinien-nes assassiné-es
dont 838 près d’un centre de distribution alimentaire
700 près d’un centre de distribution d’eau
469 secouristes
1 580 soignant-es
226 journalistes
Les bombardements incessants d’Israël sur Gaza ont tué au moins 110 Palestinien-nes samedi 12 juillet, dont 34 personnes qui attendaient de la nourriture dans un site de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) à Rafah.
Des survivants et des témoins rapportent que les forces israéliennes ont tiré directement sur des Palestinien-nes dans le quartier d’al-Shakoush à Rafah, devant l’un des sites de la GHF, que les Nations unies et des organisations de défense des droits humains ont qualifié d’« abattoirs humains » et de « pièges mortels ». Samir Shaat, qui a survécu à l’attaque, décrit sur Al Jazeera des « mares de sang » : « les sacs destinés à être remplis de nourriture se sont transformés en linceuls. Je jure devant Dieu que ce n’est rien d’autre qu’un piège mortel », déclare-t-il, assis à côté du corps de son ami à l’hôpital Nasser de Khan Younis. « Ils ont ouvert le feu sur les gens de manière complètement frénétique. Alors que je portais mon ami sur mon épaule, je marchais parmi les martyrs. »
La veille de cette nouvelle attaque, le bureau des droits de l’homme des Nations unies déclarait avoir recensé jusqu’à présent 789 meurtres liés à l’aide humanitaire (ce chiffre s’élève aujourd’hui à 838, selon l’agence WAFA). 615 d’entre eux ont eu lieu à proximité des sites de la GHF, soutenue par les États-Unis et Israël, qui ont ouvert le 27 mai et sont gérés par des sociétés de sécurité privées américaines dans des zones militaires du sud et du centre de Gaza. 183 autres meurtres ont été enregistrés à proximité de convois de l’ONU et d’autres convois humanitaires.
Dans le même temps, l’Unicef a signalé que plus de 5 800 enfants avaient été diagnostiqués souffrant de malnutrition, dont plus de 1 000 de malnutrition aiguë sévère. Ce matin, l’UNRWA déclare qu’un enfant sur dix à Gaza souffre de malnutrition. « Des camions chargés de nourriture et de fournitures médicales attendent dans des entrepôts » à l’extérieur de Gaza, a déclaré l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) dans un message publié sur X. « Mettez fin à la famine. Levez le siège. Laissez l’ONU, y compris l’UNRWA, faire son travail qui sauve des vies ».
Massacres quotidiens
Parmi les autres attaques israéliennes de samedi, des bombardements ont assassiné 14 Palestinien-nes dans la ville de Gaza, dont quatre dans une résidence de la rue Jaffa, dans le quartier de Tuffah. Cette attaque a également blessé 10 autres personnes. Les forces israéliennes ont également frappé deux immeubles résidentiels à Jabalia, dans le nord de Gaza, tuant 15 personnes, selon des sources médicales. Les frappes israéliennes sur le camp de réfugiés de Shati, à l’ouest de la ville de Gaza, ont tué sept autres personnes. L’armée israélienne a également pilonné Beit Hanoon, dans le nord de Gaza, larguant près de 50 bombes sur la partie nord-est de la ville, avant d’annonce avoir attaqué Gaza 250 fois au cours des dernières 48 heures.
Le lendemain, dimanche 13 juillet, l’armée israélienne a assassiné au moins 92 Palestinien-nes, dont 52 dans la seule ville de Gaza, en visant des zones résidentielles et des camps de déplacé-es à travers l’enclave. Une frappe aérienne israélienne a frappé une maison dans le quartier d’al-Sawarkah, à l’ouest du camp de réfugiés de Nuseirat, tuant 10 personnes. Dans le sud de l’enclave, les médecins du complexe médical Nasser ont confirmé la mort de trois personnes après une frappe israélienne sur une tente de déplacés dans la région d’al-Mawasi, à l’ouest de la ville de Khan Younis.
Le même jour dans le nord de la bande de Gaza, six Palestinien-nes ont été tué-es et plusieurs autres blessé-es dans le camp de réfugiés de Shati, à l’ouest de la ville de Gaza. Cinq autres personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées dans une autre frappe aérienne qui a touché une maison dans la rue Hamid, dans l’ouest de la ville de Gaza. Dans le quartier d’al-Sabra, à Gaza, une fillette et une autre personne ont été tuées et plusieurs autres blessées lorsque les forces israéliennes ont bombardé une maison. Dans le même temps, les forces israéliennes ont fait exploser plusieurs immeubles résidentiels dans le quartier de Tuffah, dans l’est de la ville de Gaza.
Le jour suivant, lundi 14 juillet, au moins 78 Palestinien-nes ont été assassiné-es au cours d’attaques israéliennes couvrant une nouvelle fois toute l’enclave. Une attaque près d’un point de distribution d’aide à Rafah a tué lundi au moins cinq personnes. À Khan Younis, également dans le sud de Gaza, une frappe israélienne sur un camp de déplacés a tué neuf personnes et blessé de nombreuses autres. Dans le camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de Gaza, quatre personnes ont été tuées lorsqu’une frappe aérienne israélienne a touché un centre commercial. L’agence de presse Wafa a déclaré qu’au moins 24 Palestinien-nes avaient été tué-es dans la ville de Gaza et que des dizaines d’autres avaient été blessé-es.
Ces attaques incessantes et meurtrières interviennent alors que les négociations en vue d’un cessez-le-feu temporaire, qui ont repris la semaine dernière, semblent au point mort. Une source a déclaré à l’AFP que l’un des points de blocage était le refus d’Israël de se retirer de Rafah et d’autres territoires du nord et de l’est de la bande de Gaza.
« La délégation du Hamas n’acceptera pas les cartes israéliennes… car elles légitiment essentiellement la réoccupation d’environ la moitié de la bande de Gaza et transforment Gaza en zones isolées sans points de passage ni liberté de mouvement », ont déclaré des sources israéliennes à l’agence Reuters. Des pourparlers indirects devraient se poursuivre malgré ces derniers obstacles. Les délégations israélienne et du Hamas sont au Qatar depuis dimanche.
700 meurtres à des points de distribution d’eau
Dimanche 13 juillet, l’armée israélienne a lancé une frappe aérienne sur un point de distribution d’eau dans le camp de réfugié-es de Nuseirat alors qu’une foule de Palestinen-nes y faisaient la queue, tuant au moins 12 personnes dont huit enfants.
Une vidéo vérifiée des conséquences de l’attaque montre des dizaines de personnes se précipitant pour aider des blessés, dont des enfants, gisant parmi des jerrycans jaunes. , Une dangereuse crise de l’eau sévit dans toute la bande de Gaza, alors que la plupart des infrastructures sanitaires ont été détruites par les bombardements israéliens et que les dernières usines de dessalement, installations de traitement des eaux usées et stations de pompage ont en grande partie cessé de fonctionner en raison de la pénurie de carburant imposée par le blocus israélien.
Le bureau des médias de Gaza a ajouté que plus de 720 puits avaient été délibérément détruits par l’armée israélienne à Gaza, accusant les forces israéliennes d’utiliser l’eau comme une arme de guerre « pour priver les Palestinien-nes de leurs droits les plus fondamentaux ». Les attaques contre les puits ont privé plus de 1,25 million de Palestinien-nes d’accès à l’eau potable.
Les températures estivales augmentent encore les besoins en eau, quand celle-ci se fait de plus en plus rare, et de plus en plus dangereuse d’accès. En effet si l’armée israélienne affirme, pour expliquer le bombardement du point d’eau dimanche, « une erreur technique » (sans apporter de preuves pouvant être vérifiées), le ministère de Gaza rappelle pour sa part qu’Israël a commis plus de 112 massacres à des points de distribution d’eau depuis le 7 octobre 2023, assassinant au plus de 700 personnes dont une majorité d’enfants.
Jessica Dorsey, avocate internationale et professeure adjointe à l’université d’Utrecht aux Pays-Bas, explique que « des erreurs peuvent se produire en temps de guerre, mais à un certain point, compte tenu des dommages causés aux civils au cours des 21 derniers mois, on peut se demander s’il s’agit vraiment d’erreurs, et en fait, on peut se demander si ce n’est pas là leur modus operandi ».




