Israël a déclaré hier effectuer des ‘pauses’ quotidiennes de 10h pendant lesquelles il s’engagerait à suspendre ses attaques dans certaines zones de l’enclave palestinienne, afin de permettre l’acheminement d’aide humanitaire. Les meurtres n’ont pourtant pas cessé, et l’aide acheminée est grandement insuffisante.
Par l’Agence Média Palestine, le 28 juillet 2025, mis à jour le 29 juillet 2025

Pour la première fois depuis des mois, des camions chargés d’aide internationale ont traversé dimanche le point de passage de Rafah, qui mène vers le sud du territoire palestinien depuis l’Egypte, après l’annonce par Israël d’une pause quotidienne des combats dans certains secteurs à des fins humanitaires. Cela n’est pourtant pas un réel soulagement, au vu des besoins et de la précarité de cette solution.
Face à la pression internationale qui dénonçait la famine en cours à Gaza et le blocus israélien, Israël a été contraint de répondre par des mesures, mais celles-ci sont grandement en deçà des besoins, et n’y apportent pas de solution à long-terme. Le gouvernement de Gaza dénonce qu’Israël entend « gérer » la famine qu’il a lui-même orchestrée plutôt que de permettre aux acteurs spécialisés de la résoudre, qualifiant le dispositif actuel de « mesure symbolique et fallacieuse visant à blanchir son image aux yeux du monde ».
Une ‘aide’ insuffisante
Outre le blocage volontaire de l’aide humanitaire aux postes de frontière avec Gaza et la pression constante sur l’agence des Nations Unies jusqu’ici en charge de sa distribution, Israël a détruit méthodiquement les infrastructures qui permettaient une relative autonomie alimentaire dans la bande de Gaza, rendant la population entièrement dépendante de l’aide humanitaire, et de son approbation -ou non- par Israël. La famine qui résulte du blocus israélien a été dénoncée par de nombreuses organisations comme une stratégie génocidaire.
La situation humanitaire à Gaza s’est gravement détériorée ces derniers jours, et plus de 100 ONG ont averti qu’une « famine massive » se propageait dans la bande de Gaza, poussant jusqu’aux États alliés d’Israël à plaider pour l’ouverture des points de passage aux camions humanitaires.
Le Cogat, organisme du ministère israélien de la Défense, a affirmé lundi que l’aide acheminée par 120 camions avait été « distribuée » la veille par l’ONU et des organisations humanitaires, loin des 600 camions que les principales organisations humanitaires internationales estiment nécessaires, au minimum, pour endiguer la famine qui sévit déjà.
« L’arrivée de nourriture et de médicaments à Gaza n’est pas une faveur, c’est un droit naturel et une nécessité urgente pour mettre fin à la catastrophe imposée par l’occupation digne des Nazis », a déclaré le Hamas en réaction aux déclarations israéliennes.
« Pour des enfants qui ont enduré des mois de famine, quelques camions ne suffiront pas à réparer les dégâts déjà causés », a commenté dimanche Bushra Khalidi, responsable de l’ONG Oxfam. Plus de deux millions de Palestiniens vivent dans la bande de Gaza, où avant la guerre entre Israël et le Hamas, « entre 500 et 1 000 camions entraient chaque jour, et les besoins ont depuis augmenté de manière exponentielle », a rappelé Bushra Khalidi appelant à un cessez-le-feu et un « flux constant et à grande échelle de l’aide vers Gaza ».
Le ministère de la Santé de Gaza a annoncé que six Palestinien-nes, dont deux enfants, sont morts entre samedi et dimanche de causes liées à la famine, portant à 133 le nombre de décès par famine depuis octobre 2023.
Des ‘pauses’ fallacieuses
Dans un communiqué, l’armée israélienne a déclaré dimanche entamer une « suspension tactique des opérations militaires à des fins humanitaires » à al-Mawasi, Deir el-Balah et Gaza City, tous les jours de 10 h (7 h GMT) à 20 h heure locale, jusqu’à nouvel ordre.
Ces zones sont parmi les rares espaces qui ne sont pas sous le coup d’ordres d’évacuation ni réquisitionnées en « zone militaire israélienne », elles sont donc déjà en principe éloignées de toute zone de combat, mais ont été au cours des dernières semaine visées par de nombreuses frappes aériennes israéliennes ayant tué de nombreux civils.
L’annonce israélienne de ‘pauses’ dans ces zones est donc déjà un aveu : à Gaza, aucune zone n’est sûre. Le deuxième aveu sous-jacent de ces annonces est la famine elle-même, qu’Israël nie depuis des mois.
Quelques heures après le début de la première journée de « pause humanitaire », les raids aériens israéliens ont repris, rapportent les médias locaux. « Il y a eu une frappe aérienne sur la ville de Gaza, qui est l’une des zones désignées comme zones de sécurité et où les forces israéliennes doivent suspendre leurs opérations militaires », a rapporté Hind Khoudary, journaliste d’Al Jazeera, depuis Deir el-Balah. « Selon des Palestinien-nes présents dans cette zone, une boulangerie a été prise pour cible. »
Au total, 63 meurtres de Palestinien-nes ont été rapportés pour cette seule journée dans l’ensemble de la bande de Gaza.
Des largages aériens dangereux
Outre l’ouverture, limitée et conditionnée, de ces corridors ‘humanitaires’, Israël a procédé au largage aérien d’aide humanitaire dans le Nord de la bande de Gaza.
« Des avions israéliens ont largué sept caisses de vivres (…) dans le nord-ouest de la ville de Gaza. Des dizaines de personnes se sont précipitées pour les récupérer, on aurait dit une guerre. Tout le monde essayait d’attraper tout ce qu’il pouvait », témoigne Samih Humaid, 23 ans, qui dit être rentré avec « seulement trois boîtes de fèves » et après avoir observé des scènes de chaos.
De précédents parachutages, menés en 2024 par plusieurs pays, avaient été jugés dangereux, humiliants et de portée limitée par nombre d’ONG. Cette fois encore, les largages ont créé des mouvements de foules dangereux, et certains ont atterri directement sur des tentes abritant des réfugié-es.
Cela a notamment été le cas près de la route al-Rasheed, une route principale qui longe la côte de l’enclave du nord au sud, où plusieurs palettes sont endommagé des abris et blessé au moins Palestinien-nes, rapportent des sources médicales.
Les agences humanitaires se sont dites profondément sceptiques quant à la capacité des largages aériens à acheminer suffisamment de nourriture en toute sécurité pour faire face à la crise alimentaire qui s’aggrave et touche plus de deux millions d’habitants de Gaza, qualifiant cette initiative de « diversion grotesque ».
« Les largages aériens ne permettront pas d’inverser la famine qui s’aggrave », a déclaré samedi Philippe Lazzarini, chef de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA. « Ils sont coûteux, inefficaces et peuvent même tuer des civils affamés. »
Des meurtres quotidiens aux distributions ‘humanitaires’
Les massacres se poursuivent aux abords des distributions alimentaires de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), où des milliers de Palestinien-nes se rendent chaque jour malgré les risques. « La faim et le manque de tout nous poussent à y aller », affirme Mohammed al-Qedra, 33 ans, blessé à la main et à la jambe lors d’une fusillade alors qu’il venait chercher de quoi se nourrir. « Nous savons que nous pouvons être blessés ou tués à tout moment, mais nous y allons quand même pour obtenir un kilo de farine. »
L’ONU a rapporté la semaine dernière plus de 1046 meurtres aux abords de distributions d’aide humanitaire, dont 766 liés à la GHF. Ces deux derniers jours, les médias rapportent au moins 76 Palestinien-nes assassiné-es alors qu’ils et elles cherchaient à se procurer de l’aide alimentaire.
Dans son témoignage à la BBC, le Dr Aseel Horabi, urgentiste palestinienne, qualifie ces lieux de de ‘chemin vers la mort’ : « Je vois les blessés arriver en grand nombre à l’hôpital. Nous recevons parfois jusqu’à 50 blessés par jour. »
« Mon mari y est allé une fois [ou] deux fois, puis il a été abattu, et c’était fini ! Si nous devons mourir de faim, tant pis ».



