Dans une lettre ouverte adressée mardi 26 août aux dirigeants de l’Union européenne, 209 anciens ambassadeurs et hauts fonctionnaires de l’Union européenne et des Etats membres appellent les responsables en poste actuellement aux affaires étrangères des pays membres et en responsabilité au sein de l’Union européenne à agir pour condamner l’État génocidaire israélien.
Par l’Agence Média Palestine, le 28 août 2025.

L’ONU, les organisations humanitaires internationales et de nombreux pays ont appelé ces dernières semaines à augmenter la pression diplomatique sur Israël. Il y a à peine une semaine, la famine était officiellement déclarée dans une partie de la bande de Gaza par l’organe chargé de l’évaluation des situations d’insécurité alimentaire aux Nations Unies. Pendant ce temps, le silence de l’Union européenne est assourdissant. C’est en réponse à cette inaction coupable que cette lettre ouverte a été publiée le 26 août.
Un appel urgent à agir pour l’Union européenne
Dans les premières lignes de cette lettre, les signataires exhortent les responsables européens, et soulignent l’urgence absolue à prendre des mesures contre Israël pour contrecarrer le génocide en cours. Une lettre ouverte avec des propositions concrètes de sanctions possibles contre l’État génocidaire avait déjà été publiée le 28 juillet dernier, mais restée lettre morte : “Nous exprimons notre profonde déception face au fait que, en réponse à la détérioration de la situation à Gaza, aucune mesure concrète n’ait été prise par l’UE pour faire pression sur Israël afin qu’il mette fin à sa guerre brutale.”
Les signataires réclament également que l’Union européenne fasse pression pour le rétablissement de “l’aide humanitaire vitale fournie et qu’il mette fin à son occupation illégale de Gaza et de la Cisjordanie”.
Ils soulignent d’ailleurs la situation dramatique sans précédent à Gaza et en Cisjordanie. Pour eux, l’Union européenne se doit d’intervenir pour rester en accord avec les valeurs humanistes qu’elle prône, et par souci de cohérence avec son action en faveur du peuple ukrainien : “Notre appel répété et urgent à l’action reflète notre profonde préoccupation face aux représailles injustifiées et aux violations effroyables du droit humanitaire et des droits de l’homme commises quotidiennement par le gouvernement israélien à l’encontre du peuple palestinien.”
L’impossible consensus européen
Si les signataires de la lettre se prononcent clairement en faveur d’une série de mesures et de sanctions à prendre à l’échelle européenne, ils ne s’arrêtent pas là. Et pour cause, comme nous l’expliquions dans une analyse sur les échecs répétés de l’Union européenne à agir contre le génocide à Gaza, il est très difficile lors des réunions à l’échelle européenne de trouver un consensus, ou même une simple majorité qualifiée.
Preuve en est lors de la dernière tentative de mise en place d’actions à la fin du mois de juillet dernier. Les pays membres de l’Union européenne réunis devaient statuer sur la suspension d’une partie du programme Horizon, un programme de coopération économique qui permet à diverses entreprises israéliennes de bénéficier de fonds européens, dont des entreprises qui participent au génocide en cours dans la bande de Gaza. La tentative de blocage de ces fonds s’est soldée par un échec, l’Allemagne et l’Italie ayant refusé d’approuver la mesure. Dès lors, impossible d’atteindre la majorité qualifiée et de garantir la mise en application de cette sanction.
Et c’est sans compter d’autres sanctions potentielles comme la suspension de l’accord d’association qui lie l’Union européenne et Israël depuis 2002, au nom des violations des droits humains perpétrées par le régime génocidaire israélien, qui nécessite un vote à l’unanimité des pays membres. Cette incapacité structurelle d’action de l’Union européenne a souvent été le refuge diplomatique de certains pays comme la France, qui n’est pas avare de condamnations sous forme de paroles mais sans allier les actes aux mots.
Mieux vaut agir seul que ne rien faire
C’est cela que dénonce aussi les signataires de la lettre, qui appellent les pays membres à agir individuellement à défaut de trouver un terrain commun d’entente au niveau européen : “Nous soulignons que si l’UE ne parvient pas à adopter une position efficace, seuls les États membres, individuellement ou au sein de « groupes de pays partageant les mêmes idées », agiront. Bien que cela soit en soi une bonne chose, cela n’aura pas la pleine force d’une action collective à l’échelle de l’UE.”
Des pays européens ont déjà pris des dispositions à l’encontre d’Israël sans attendre les instances européennes, ou bien justement suite au constat d’impuissance de l’Union européenne. C’est le cas de la Slovénie par exemple, qui décidait début août de prendre des mesures unilatérales contre le gouvernement israélien, en interdisant le commerce d’armes avec le régime génocidaire.
Les anciens fonctionnaires européens signataires de la lettre ont donc exhorté les pays membres à suivre la voie de leurs voisins déjà engagés dans des mesures restrictives à l’encontre d’Israël, en soumettant une liste de mesures potentielles à prendre au niveau national en annexe de cette lettre ouverte. Parmi ces mesures proposées on retrouve la suspension unilatérale “des licences d’exportation d’armes vers Israël en vertu des lois nationales des Etats membres en matière de contrôle des exportation” ou encore “demander aux universités publiques et autres entités de cesser toute collaboration avec les entités israéliennes soupçonnées d’être impliquées dans des crimes atroces”.
Les signataires de la lettre restent globalement sur une position pour le moins légère, puisque le terme de génocide n’est pas employé une seule fois dans la lettre ouverte. Pourtant, la guerre génocidaire a déjà fait près de 63000 morts d’après les chiffres du ministère de la Santé de l’enclave palestinienne, et détruit une grande partie des infrastructures éducatives et de santé dans la bande de Gaza.



