Presque un mois après l’annonce du plan d’occupation de la ville de Gaza par l’état-major israélien, le bilan de cette opération militaire d’ampleur est déjà dramatique pour la population de la plus grande ville de l’enclave palestinienne. Un cinquième des habitants de l’agglomération ont été déplacés de force à cause des bombardements israéliens, se réfugiant dans des camps surchargés au sud et à l’est de la bande de Gaza.
Par l’Agence Média Palestine, le 11 septembre 2025.

200.000 personnes. Un chiffre vertigineux qui donne une idée de l’ampleur du drame auquel fait face la population palestinienne à Gaza. Les Palestiniens habitant l’agglomération de Gaza-ville fuient littéralement par centaines de milliers. Il y a deux jours déjà, l’armée israélienne ordonnait à l’intégralité de la population du plus grand centre urbain de la bande de Gaza de quitter la ville. La situation déjà insoutenable ne fait depuis qu’empirer.
Une expulsion des Palestiniens de Gaza-ville à grande échelle
Des dizaines de milliers d’habitants se sont précipités sur les routes qui permettent de quitter la ville de Gaza depuis l’ordre d’évacuation de l’armée israélienne il y a deux jours. Cette dernière poursuit son opération de grande ampleur dans son entreprise illégale de nettoyage ethnique, au mépris de toute considération pour la vie des Palestiniens, une situation dénoncée par des associations comme Amnesty International qui avertissent “sur les conséquences catastrophiques et irréversibles” pour les civils palestiniens.
Ces derniers fuient la ville de Gaza sans aucune perspective de refuge. La plupart des camps qui les attendent au sud de l’enclave sont déjà surchargés. Il n’y a pas assez de tentes, de matelas, de nourriture. Amal Sobh, déplacée avec une trentaine de membres de sa famille, témoigne auprès d’Al Jazeera : “Nous n’avons pas de bonnes couvertures ni de bonne literie, et l’hiver approche. Que faire pour nos enfants ? Nous n’avons même pas de tente convenable pour nous abriter.”
Conséquence, de nombreux Gazaouis refusent de partir, d’abandonner leur logement. Sans espoir, ils n’ont même plus peur des bombardements, et ne fantasment plus aucun endroit sûr dans l’enclave palestinienne. C’est le cas de Fawzi Muftah : “Il n’y pas d’endroit sûr dans la bande de Gaza. Le danger est partout”.
La destruction de la ville de Gaza à laquelle s’emploie inlassablement l’armée israélienne depuis plusieurs semaines a déjà des conséquences humanitaires dramatiques, en plus du nombre de morts toujours plus important des frappes de l’aviation israélienne. Ainsi, d’après le ministère de la santé de l’enclave palestinienne, 126 Gazaouis sont morts de faim depuis que la famine a été déclarée dans la ville de Gaza le 22 août dernier”.
L’armée israélienne annonce une intensification des opérations militaires dans la ville
Alors que la population fuit massivement la ville de Gaza, l’armée israélienne a annoncé hier une intensification des frappes dans la zone. Le régime génocidaire ne s’en cache pas, il considère entrer dans la dernière phase d’opérations pour “annihiler le Hamas”.
La destruction de vies humaines s’accompagne d’une destruction des biens immatériels de la ville, de sa culture, comme le dénonce Heba Morayef, directeur régional d’Amnesty International au Moyen-Orient : “La ville de Gaza, qui possède un patrimoine antique remontant à plusieurs millénaires et qui a déjà subi des destructions et des dommages dévastateurs, est aujourd’hui menacée de destruction totale.”
Les bombardements s’étendent de plus en plus dans les zones à l’ouest de la ville de Gaza, comme dans le quartier d’Al-mukhabarat ou encore à Zidan au nord-ouest, où plusieurs immeubles ont été détruits. L’armée israélienne continue de cibler les immeubles résidentiels de grande taille, pour parachever la destruction de la ville. La Défense civile palestinienne alerte, “Gaza-ville brûle, et l’humanité est en train d’être annihilée. En à peine trois jours, cinq hautes tours d’habitation et leurs 200 appartements ont été détruites d’après l’agence de secours, laissant des milliers d’habitants sans abris.
D’après le Bureau de coordination des affaires humanitaires aux Nations unies (OCHA), de nombreux services essentiels ont été détruits par les bombardements incessants dans la ville de Gaza , et la situation continue de s’aggraver : “Certaines structures humanitaires de la ville de Gaza ont été contraintes de suspendre leurs services et beaucoup d’autres risquent de fermer, notamment les espaces d’apprentissage temporaires et ceux qui offrent des services de santé sexuelle et reproductive aux femmes et aux filles.”
La situation humanitaire à Gaza empire
Famine galopante, déplacement forcé de centaines de milliers de Gazaouis, destruction intensive des infrastructures de santé dans l’enclave, le régime israélien continue son entreprise génocidaire à Gaza, laissant les Palestiniens survivre dans des conditions toujours plus intenables. D’après Tom Fletcher, sous-secrétaire général aux affaires humanitaires à l’ONU, “La fenêtre étroite, jusqu’à la fin septembre, pour empêcher la famine de se propager à Deir al-Balah et Khan Younis se referme rapidement », soulignant que « la mort, la destruction, la famine et le déplacement des civils palestiniens sont le résultat de choix qui défient le droit international et ignorent la communauté internationale ».
D’après le dernier bilan hebdomadaire de l’OCHA, deux travailleurs humanitaires ont été tués ces sept derniers jours, tous deux dans la ville de Gaza. Cela porte le bilan de ces travailleurs assassinés par Israël à 540 depuis le début de la guerre génocidaire. Pour pallier le manque d’infrastructures de santé dû aux bombardements de l’aviation israélienne, l’Organisation mondiale de la Santé essaie tant bien que mal de procéder à des évacuations de patients pour un traitement médical hors de l’enclave palestinienne. L’organisation estime à au moins 15800 le nombre de ceux dont l’état requiert une évacuation hors du territoire pour pouvoir recevoir les soins dont ils ont besoin.
La zone soi-disant déclarée humanitaire d’Al-Mawasi au sud de l’enclave palestinienne n’offre aucune garantie de sécurité pour les réfugiés déplacés de la bande de Gaza, d’après les ONG et les agences humanitaires des Nations Unies, qui dénoncent “une dangereuse escalade à Gaza-ville”, laissant “près d’un million de personnes sans aucune option sûre ou viable, car ni le nord ni le sud n’offrent de sécurité.” 72 personnes sont mortes tuées par le régime israélienne ces dernières 24 heures, portant le bilan des morts palestiniens depuis le 7 octobre 2023 à 64718 victimes d’après les derniers chiffres du ministère de la Santé gazaoui publiés aujourd’hui.



