L’assaut terrestre israélien destiné à prendre le contrôle de la ville de Gaza, cible de bombardements incessants depuis plusieurs semaines, a été lancé hier, assassinant de nombreux-ses Palestinien-nes et en forçant des milliers d’autres à fuir.
Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 16 septembre 2025

« Depuis tôt ce matin, nous voyons des gens fuir la ville de Gaza. Elles et ils sont désespéré-es. Elles et ils disent être sur la route depuis minuit », rapporte la journaliste d’Al Jazeera Hind Khoudary depuis le camps de Nuseirat, au sud de la ville de Gaza. « Nous voyons des gens fuir les larmes aux yeux – une nouvelle journée de déplacement dans ce périple monstrueux. Les forces israéliennes les forcent à évacuer dans des conditions inhumaines. »
Annoncée depuis des semaines par Netanyahu, l’offensive terrestre israélienne a débuté hier, et laisse craindre une accélération des massacres, alors que les bombardement n’ont pas cessé ces derniers jours. Depuis l’aube de ce matin, mardi 16 septembre, on dénombre au moins 64 Palestinien-nes assassiné-es par Israël, alors que le ministre israélien de la défense se vantait ce matin que « Gaza brûle ».
Nuit d’horreur
Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, des milliers de familles de Gaza ont rejoint la route, fuyant comme elles le pouvaient, souvent sans véhicule et lourdement chargées, portant leurs maigres affaires et des enfants endormis. Cette fuite chaotique et douloureuse fait suite notamment au bombardement du plus haut immeuble résidentiel de Gaza, la tour Al-Ghafri, lors d’une vague massive de frappes sur la ville de Gaza.
« Je n’ai même pas de tente. Je n’ai emporté que quelques affaires ; je n’ai rien pu prendre dans ma maison », raconte un père de famille. « Depuis plus de trois jours, ils bombardent toutes les écoles et vident le camp de Shati [près de la côte nord de Gaza], frappant toutes les zones. On ne peut même plus bouger. »
Les journalistes locaux rapportent « l’une des pires nuits de ces dernières semaines, avec des explosions incessantes semant la peur et la panique parmi les habitants. » Une source résidant à Tel Aviv nous a confié entendre ses propres vitres trembler depuis hier sous la violence des bombardements à Gaza.
Malgré les ordres d’évacuation répétés par Israël, de nombreux habitant-es refusent de fuir, faute d’endroit où aller. 84 % de l’enclave palestinienne est actuellement sous contrôle militaire israélien, sous ordre d’évacuation ou les deux. Les avis d’évacuation désignent la zone d’Al Mawasi comme « sûre », mais ce vaste camp improvisé sur la côte est déjà largement saturé, et est en outre régulièrement la cible de frappes israéliennes.
Le porte parole du secrétaire général de l’ONU Stéĥane Dujarric estimme néanmoins qu’au moins 70 000 personnes se sont déplacées vers le sud ces derniers jours seulement, principalement vers Deir el-Balah et Khan Younis. « Au cours du mois dernier, nos partenaires ont observé environ 150 000 déplacements du nord vers le sud », a-t-il déclaré. « Les gens fuient en empruntant la route Al Rashid, qui est la seule voie disponible pour se déplacer vers le sud et qui est extrêmement encombrée, c’est le moins qu’on puisse dire », a-t-il ajouté.
L’offensive terrestre sur la ville de Gaza a débuté
Les habitant-es qui fuient leurs logements à Gaza racontent que les bombardements se sont considérablement intensifiés au cours des deux derniers jours, avec des explosions plus violentes qui ont détruit des dizaines de maisons, et des navires militaires qui se sont joints aux chars et aux avions pour bombarder la côte.
Dans la seule ville de Gaza, 35 personnes ont été tuées dimanche, et au moins de 51 lundi, alors que l’armée israélienne détruisait de nombreux bâtiments résidentiels, forçant la population à fuir. « Nous ne savons pas où aller », a déclaré Marwan al-Safi, un Palestinien déplacé. « Nous avons besoin d’une solution à cette situation… Nous sommes en train de mourir ici. »
Le Bureau des médias du gouvernement à Gaza a condamné les « bombardements systématiques » de bâtiments civils par Israël, affirmant que l’objectif de l’offensive était « l’extermination et le déplacement forcé », précisant que les forces israéliennes bombardaient « des écoles, des mosquées, des hôpitaux et des centres médicaux » et détruisaient des immeubles résidentiels, des tentes et les quartiers généraux de diverses organisations, y compris des organisations humanitaires internationales.
Le directeur de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a déclaré dans un message publié sur X que 10 bâtiments de l’agence avaient été touchés à Gaza au cours des quatre derniers jours seulement. Parmi ceux-ci figurent sept écoles et deux cliniques qui abritaient des milliers de personnes déplacées : « Aucun endroit n’est sûr à Gaza. Personne n’est en sécurité. »
L’agence WAFA a indiqué en fin de matinée que l’aviation israélienne avait ciblé un quartier résidentiel (Nord-ouest), les quartiers d’Al-Daraj (Est), et d’Al-Sabra (Sud), ainsi qu’une maison dans le camp de Deir al-Balah, (Centre), faisant 24 tué-es, dont des enfants, et 60 blessé-es. Le bilan continue de s’alourdir, alors que les secours tentent d’extraire des corps des décombres et que les assauts israéliens se poursuivent.
La famine continue de s’aggraver
Pendant ce temps, la famine s’aggrave dans la bande de Gaza. Deux Palestiniens sont également morts hier de malnutrition dans la bande de Gaza, et trois aujourd’hui, portant à 425 le nombre de morts de faim depuis le début de la guerre menée par Israël.
Les habitant-es de Gaza rapportent que leur panneaux solaires sont la cible de tirs de drones, leur coupant leur seul accès à l’électricité. « Hier, l’occupation israélienne a bombardé l’immeuble de nos voisins, qui était équipé de panneaux solaires sur le toit. Ces panneaux étaient une bouée de sauvetage pour de nombreux habitants du quartier. Nous comptions sur eux pour pomper l’eau et recharger nos appareils », raconte Emad Sarsawi, 43 ans. « Dans ces conditions, nous ne pouvons même pas trouver d’eau potable, ni même d’eau non potable, et nous mourrons lentement de soif. »
Depuis le début de son génocide à Gaza en octobre 2023, Israël a coupé l’eau et l’électricité, bombardé les infrastructures Internet et bloqué l’entrée de carburant dans l’enclave assiégée, mais aussi bombardé les terres cultivables et infrastructures agricoles, empêchant toute forme d’autonomie sanitaire et alimentaire et rendant la population largement dépendante d’aide humanitaire extérieure.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a déclaré que sur les 17 missions humanitaires coordonnées avec Israël dimanche, seules quatre ont été autorisées par les forces israéliennes. Une mission visant à livrer des réservoirs d’eau dans le nord s’est également vu refuser l’entrée.
Une enquête des Nations Unies parue aujourd’hui conclut que la guerre menée par Israël contre Gaza constituait un génocide. C’est la première fois, depuis près de deux ans, qu’une si haute instance de l’ONU emploie le terme. « La Commission conclut que les autorités israéliennes et les forces de sécurité israéliennes ont l’intention génocidaire de détruire, en tout ou en partie, les Palestiniens de la bande de Gaza », indique le rapport.



