Alors que le dernier navire de la Flottille du Sumud a été intercepté ce matin par les forces israéliennes, les habitant-es de Gaza subissent un nouveau déchaînement de violence.
Par l’Agence Média Palestine

Au moins 148 Palestinien-nes ont été assassiné-es depuis notre dernier bilan, il y a moins de trois jours, dans des attaques israéliennes dont le système opératoire morbide se répète : cibler les civils, les . 73 de ces meurtres ont eu lieu mercredi, dont 47 dans la seule ville de Gaza. Jeudi, au moins 53 Palestinien-nes ont été assassiné-es, dont 10 à Gaza-ville. Depuis l’aube de ce jour, vendredi 3 octobre, au moins 22 Palestinien-nes ont été assassiné-es dont 17 à Gaza-ville.
500 000 habitant-es de Gaza-ville pris au piège
Mercredi 1er octobre, le ministre israélien de la Défense Israel Katz annonçait sur X que toute personne restant sur place serait considérée comme un « terroriste ou un sympathisant du terrorisme », une menace lancée aux dizaines de milliers de personnes restant dans la ville de Gaza de les expulser de force, affirmant qu’il s’agissait de leur « dernière chance » de fuir ou de subir la « pleine puissance » de l’assaut israélien.
Les bombardements continus de la ville, et l’envoi de véhicules explosifs télécommandés ont rasé ce qui était le plus grand centre urbain du territoire, tuant des dizaines de personnes chaque jour, détruisant de nombreux immeubles résidentiels et écoles et forçant des dizaines de milliers de Palestinien-nes à fuir vers le sud, vers un destin inconnu, souvent pris pour cible en chemin.
On estime cependant à près d’un demi million le nombre d’habitant-es demeurant encore dans la ville de Gaza. De nombreux journalistes rapportent que celles et ceux qui décident de partir sont poursuivis par des hélicoptères militaires, des drones et des chars israéliens, créant ainsi « le chaos et la panique ». « Si les gens ne quittent pas Gaza aujourd’hui, c’est en grande partie à cause de la peur et de l’intimidation créées par l’armée israélienne », explique Hani Mahmoud sur Al Jazeera.
Nombre de celles et ceux qui se résignent à fuir la ville sont voués au grand dénuement des camps de tentes le long de la côte, déjà largement surpeuplés et vulnérables aux intempéries. « Je ne sais pas comment nous allons survivre dans cette tente. À l’approche de l’hiver, nous risquons d’être inondés et la tente pourrait être détruite », a déclaré Mohammed al-Turkmani, un Palestinien déplacé qui a récemment fui la ville de Gaza avec sa femme et ses enfants. « Je ne sais vraiment pas comment je vais faire face à cette situation. Je veux juste protéger ma famille de la chaleur et du froid. »
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a déclaré mercredi qu’il avait temporairement suspendu ses opérations dans la ville de Gaza, tout comme l’ONG Médecins sans frontières (connue sous son acronyme français, MSF) l’avait fait la semaine dernière. « Le CICR continuera à s’efforcer d’apporter son soutien aux civils de la ville de Gaza, chaque fois que les circonstances le permettront, depuis ses bureaux de Deir el-Balah et de Rafah, qui restent pleinement opérationnels », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Philippe Lazzarini, directeur de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), a condamné la menace proférée par Israël à l’encontre des Palestiniens qui restent dans la ville de Gaza, la qualifiant de signal inquiétant « qui suggère des massacres à grande échelle planifiés ».
Un mode opératoire systématique et morbide
Les massacres s’intensifient effectivement dans la ville depuis mercredi, Israël utilisant des véhicules chargés d’explosifs et télécommandés pour raser des quartiers entiers.
Les attaques aériennes israéliennes se poursuivent méthodiquement, avec des modes opératoires récurrents, comme les « double frappes », où l’armée attaque une zone à deux reprises, la seconde frappe ciblant les secours et journalistes accourus suite à la première. Mercredi, deux missiles ont frappé mercredi l’école al-Falah, qui avait été transformée en refuge pour des centaines de personnes déplacées dans le quartier de Zeitoun, à l’est de la ville de Gaza.
« Des témoins oculaires ont rapporté que lorsque les équipes de la défense civile se sont précipitées sur les lieux et ont tenté de sortir les gens des décombres, elles ont été la cible d’une attaque massive qui a fait plusieurs blessés graves », a rapporté Ibrahim al-Khalili, journaliste d’Al Jazeera, depuis la ville de Gaza.
La technique des « double frappes » est largement considérée comme illégale au regard du droit international, non seulement parce qu’elle vise délibérément les premiers intervenants tels que les journalistes, les secouristes et les médecins, mais aussi parce qu’elle vise à dissuader toute tentative de sauvetage et à causer davantage de dommages aux civils.
Si une grande partie des meurtres israéliens de Palestinien-es ont eu lieu à Gaza-ville ces derniers jours, l’armée continue cependant ses massacres systématiques sur l’ensemble de l’enclave palestinienne, ciblant les camps de réfugié-es et les regroupement de civils patientant aux abords des centres humanitaires pour recevoir de l’aide.
Le dernier navire de la flottille du Sumud intercepté
Une vidéo en direct montrait ce matin les forces israéliennes forçant l’entrée du dernier navire vendredi matin, avant que la connexion soit perdue. Le Marinette, battant pavillon polonais, qui compterait six membres d’équipage, était le dernier bateau de la flottille Global Sumud, qui comptait 44 navires, à être saisi par Israël.
Depuis mercredi, les forces navales israéliennes procèdent à l’interception annoncée des bateaux transportant des fournitures humanitaires à destination de Gaza, et ont arrêté environ 500 militant-es de plus de 40 pays. Israël avait précédemment accusé les volontaires de tenter de « violer un blocus naval légal » – une affirmation qui va à l’encontre du droit international – et a déclaré qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour les arrêter.
Les pays européens, notamment l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Grèce et l’Irlande, ont également appelé Israël à respecter les droits des membres d’équipage qu’il a capturés, mais ces déclarations sont bien en deçà de ce que la situation exige et sont qualifiées d' »honteuses » par les militant-es. Les Nations unies ne se sont pas encore prononcées sur les actions d’Israël, mais la rapporteuse spéciale des Nations unies pour la Palestine, Francesca Albanese, a qualifié ces interceptions d’« enlèvements illégaux ». « Mes pensées vont au peuple de Gaza, pris au piège dans les champs de la mort d’Israël », écrit-elle sur X.
Des manifestations massives ont été déclenchées à travers le monde en réaction à ces arrestations, exigeant la libération des militant-es et la levée du siège israélien de Gaza. Sur tous les continents, de l’Europe à l’Australie en passant par l’Amérique du Sud, des foules se sont rassemblées jeudi pour protester et exiger la fin du génocide.
En France, alors que la journée de mobilisation nationale du 2 octobre portant sur des revendications économiques a été largement investie par la solidarité avec le Palestine, de nombreux rassemblements en soutien à la Flottille ont eu lieu le soir. À Paris, plusieurs milliers de manifestant-es se sont rassemblés place de la République, tandis qu’à Marseille, une centaine de manifestants ont été arrêtés après avoir tenté de bloquer l’accès à Eurolinks, un fabricant d’armes accusé de vendre des composants militaires à Israël.
Le Comité international pour briser le siège de Gaza a également annoncé dans un communiqué que plusieurs détenus arrêtés par les forces israéliennes avaient « entamé une grève de la faim illimitée dès leur arrestation ».



