106 Palestiniens assassinés à Gaza, alors que les pourparlers du « plan de paix » de Donald Trump ont commencé

Depuis l’acceptation par le Hamas du « plan de paix » de Donald Trump, et la demande faite par ce dernier à Israël d’arrêter ses bombardement, Israël a assassiné au moins 106 Palestinien-nes dans la bande de Gaza.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 6 octobre 2025

Malgré l’appel lancé par Trump pour une pause dans l’offensive, au moins 106 Palestiniens ont été tués par les troupes israéliennes depuis vendredi [Fichier : Amir Cohen/Reuters].

Alors que les négociateur-ices de tous les partis sont réunis ce lundi en Égypte pour discuter d’une éventuelle application du plan Trump, rien à Gaza ne laisse présager une accalmie. Les forces israéliennes ont mené 131 frappes aériennes et d’artillerie sur des zones densément peuplées de la bande de Gaza au cours du week-end, assassinant au moins 96 personnes.

Depuis l’aube de ce jour, lundi 6 octobre, Israël a assassiné au moins 10 Palestinien-nes, mené une attaque contre l’école grecque orthodoxe – également connue sous le nom d’école al-Rum – dans le quartier de Tal al-Hawa à Gaza, tuant et blessant plusieurs Palestinien-nes déplacé-es, dont des enfants. Des bombardements ont également été signalés au sud-ouest de Khan Younis, dans le sud de Gaza, près d’un centre de distribution d’aide humanitaire, où des civils s’étaient rassemblés pour recevoir de l’aide.

De plus, une personne est morte de malnutrition aujourd’hui, portant à au moins 460 le nombre de victimes de la famine imposée par Israël, et la destruction des infrastructures de soin combinée au siège israélien laissent les Palestinien-nes dans la plus grande vulnérabilité.

Malgré cela, des délégations du Hamas, d’Israël et des États-Unis doivent sont réunies aujourd’hui en Égypte pour discuter de la proposition du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza. Ces négociations pourraient durer plusieurs jours et comprennent de nombreuses inconnues.

Le plan Trump

Mardi dernier, Donald Trump annonçait fièrement avoir trouvé un accord avec Israël qui devait conduire à une « paix éternelle au Moyen-Orient », tout en menaçant le Hamas des pires représailles s’il n’acceptait pas ses conditions « sous 3 ou 4 jours ».

La réponse du Hamas est arrivée vendredi, le groupe palestinien acceptant de libérer tous les prisonniers israéliens selon les conditions énoncées dans la proposition en 20 points, sans clarifier sa position sur les autres termes du plan, notamment le désarmement et l’implication proposée de troupes étrangères à Gaza, se déclarant toutefois prêt à entamer des négociations « pour discuter des détails ».

Le président états-unien a aussitôt réagi sur les réseaux sociaux, affirmant que « sur la base de la déclaration que vient de publier le Hamas, je pense qu’ils sont prêts pour une paix durable », , ajoutant qu’« Israël doit immédiatement cesser les bombardements sur Gaza, afin que nous puissions libérer les otages rapidement et en toute sécurité ! »

Le Qatar, l’Égypte et la Turquie ont également accepté la réponse du Hamas, tandis que le président français Emmanuel Macron a déclaré que « la libération de tous les otages et un cessez-le-feu à Gaza sont à portée de main » et que le Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié la réponse du Hamas de « pas en avant significatif ».

Ces réactions ont pris au dépourvu Israël, qui refuse pour sa part de considérer la réponse du Hamas comme une acceptation de ses conditions, et a ignoré les appels de Trump a cesser ses bombardements, tout en affirmant envoyer ses délégations pour participer à des négociations qui pourraient aboutir à la libération des prisonniers israéliens « dans la semaine ».

« Voir Israël ignorer ouvertement l’appel au cessez-le-feu lancé par Trump et continuer à bombarder Gaza en dit long sur ce qui va se passer ensuite », déclarait ce matin Mohammad Abu Dahrouj, Palestinien de Gaza, au micro d’Al Jazeera. « Je pense qu’ils continueront à bombarder Gaza, peut-être même plus violemment, une fois que les prisonniers auront été libérés. »

Des pourparlers à multiples inconnues

Les pourparlers, qui interviennent à la veille du deuxième anniversaire de la campagne militaire israélienne qualifiée par l’ONU de « génocide », font naître l’espoir d’un cessez-le-feu, même provisoire. Mais dans le même temps, de nombreux obstacles pourraient empêcher la conclusion d’un accord.

Tout d’abord, Israël ne semble pas vouloir se retirer de la ville de Gaza, comme l’exigerait l’accord à ce stade, et de nombreuses déclarations israéliennes contradictoires laissent entendre qu’Israël n’est pas prêt à appliquer les points le concernant. La création d’un État palestinien, mentionnée dans le plan de Trump comme une perspective à terme, a été explicitement écartée par Netanyahu, qui après son retour des États-Unis mercredi affirmait dans une vidéo sur son compte Telegram qu’il s’opposerait fermement à la création d’un tel État.

Une nouvelle fois, Israël manipule les termes en présentant le Hamas comme refusant de négocier, quand c’est Israël qui refuse les conditions qu’il a lui-même posé.

Ensuite, la question de l’avenir du Hamas apparaît également comme un obstacle potentiel. Le Hamas a effectivement accepté confier l’administration de la bande de Gaza à une commission palestinienne composée de « technocrates » indépendants, qui serait formée « sur la base d’un consensus national palestinien et soutenue par les pays arabes et islamiques », conformément à la proposition états-unienne.

La déclaration du Hamas ne répond cependant pas à la volonté de Trump de créer un « conseil de paix » présidé par le président américain, de la participation potentielle, largement médiatisée, de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, et du déploiement de forces internationales et arabes pour « démilitariser » Gaza. Ce « conseil de paix », le Gaza International Transitional Authority (GITA), serait composé d’hommes d’affaires, diplomates, et expert-es économiques et aurait la responsabilité de toutes les décisions clés en matière de politique, sécurité et économie.

Plus important encore, la déclaration ne fait aucune mention de l’exigence de désarmement du Hamas et des autres factions de résistance à Gaza. Le Hamas affirme qu’il participera

Les Palestinien-nes de Gaza sceptiques

« S’il y a un accord, alors nous aurons survécu. S’il n’y en a pas, c’est comme si nous étions condamnés à mort », résume Gharam Mohammad, 20 ans, déplacée avec sa famille dans le centre de Gaza.

Si les prochains jours seront décisifs, les Palestinien-nes de Gaza restent aussi sceptiques. Les bombardements continus, la famine et le dénuement laissent en effet peu de place à l’espoir. Des observateur-ices sur place affirment cependant que les déplacements du nord vers le sud ont réduit en nombre, suggérant que les Gazaoui-es croient en une interruption prochaine des bombardements dans le Nord, et à la possibilité du retour.

Nombre d’entre elles et eux se disent cependant résigné-es : « Cela fait deux ans que personne n’a bougé pour nous. Et nous vivons dans la rue », explique al-Abed depuis son abri à Deir Al-Balah, montrant son abri de fortune fait de chiffons et de bâtons. « L’hiver va arriver et nous n’avons ni couvertures ni tentes. »

« Notre sang est-il si bon marché que tout le monde retarde la prise d’une décision décisive pour mettre fin à nos souffrances ? » demande Suleima Bakhit, un Palestinien de Gaza, sur Al Jazeera. « Pourtant, nous ne pouvons qu’espérer que cela cesse. Nos vies ont été détruites, nos maisons détruites, l’avenir de nos jeunes perdu dans cette guerre, et ils se préoccupent de savoir si Tony Blair va gouverner. »


Pour plus de détails sur le plan Trump, consultez notre article paru la semaine dernière :

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