Les gazaoui-es se réveillent ce matin entre espoir et méfiance, alors que le cessez-le-feu vient tout juste d’entrer en vigueur, Israël ayant poursuivi son offensive génocidaire jusqu’à la dernière minute.
Par l’Agence Média Palestine, le 10 octobre 2025

Le cessez-le-feu, ratifié hier par Israël et le Hamas, a reçu ce matin l’approbation finale du gouvernement israélien et est désormais officiellement en vigueur à Gaza.
Des frappes aériennes, des tirs d’artillerie et des coups de feus israéliens ont été rapportés jusqu’à la dernière minute, et les journalistes rapportent que, sur place, le calme est loin d’être installé.
Dernier jour du génocide ?
Israël a maintenu son oppression brutale sur la bande de Gaza, multipliant les attaques aériennes et terrestres, alors que l’accord de cessez-le-feu proposé par Donald Trump la semaine passée a été approuvé par le Hamas vendredi 3 octobre, et était entré en discussion lundi 6 octobre en Égytpe.
Les frappes israéliennes se sont poursuivies dans la bande de Gaza, y compris jeudi 9 octobre 2025, malgré l’annonce d’un accord conclu par les médiateurs. Des bombardements et tirs d’artillerie ont été signalés, notamment à Khan Younis et dans le quartier de Sabra à l’ouest de la ville de Gaza.
Par ailleurs, des chars israéliens ont bloqué la route d’al-Rasheed pour empêcher les Palestinien-nes déplacé-es de rentrer chez elles et eux dans le nord de Gaza depuis le sud, tirant par intermittence des balles réelles et des obus d’artillerie.
Au moins 29 Palestinien-nes ont été assassiné-es dans cette seule journée de jeudi.
Des frappes ont également été rapportées à Khan Younis dans la nuit, et les journalistes locaux rapportent une forte activité aérienne depuis ce matin, menaçant des regroupements de familles déplacées de force qui se préparaient à reprendre la route vers le Nord.
« En ce moment même, tandis que je vous parle, j’entends le vrombissement des avions de chasse israéliens au-dessus du camp de réfugiés de Nuseirat », rapporte Tareq Abu Azzoum sur Al Jazeera ce matin. « C’est un signe qu’Israël n’a pas encore pleinement mis en œuvre les premières mesures du retrait des forces israéliennes sur le terrain, afin que l’aide puisse être acheminée en toute sécurité et transparence dans la bande de Gaza et atteindre les entrepôts désignés de l’ONU, qui seront chargés de l’acheminer aux personnes dans le besoin. »
Israël avait violé le cessez-le-feu précédemment conclu en janvier dernier, en menant des frappes sporadiques tout au long des deux mois que l’accord avait duré et en restreignant l’entrée de l’aide humanitaire, avant de le briser officiellement en mars 2025.
Les Gazaoui-es se préparent au retour
« Hier matin, les nouvelles étaient difficiles. Mais maintenant, c’est mieux », explique Nasser al-Qernawi, 62 ans, au micro d’Al Jazeera à Deir Al-Balah. « J’ai l’impression que c’est plus proche, mais il n’a pas prononcé le mot « paix », pas Netanyahou. Les autres ont prononcé le mot « paix », mais pas lui. On ne sait toujours pas ce qu’il pense, mais je pense qu’il s’en tiendra à cela… si Trump vient et signe, ce sera terminé. »
Malgré les réticences, au camp de Nuseirat, dans le centre de Gaza, des familles ont commencé à se déplacer vers le nord de la bande, en attendant de pouvoir accéder aux zones du corridor de Netzarim, où l’armée israélienne opérait auparavant.
Elles attendent que le dernier char israélien quitte la région pour entrer sur le territoire, alertées par un communiqué des services de secours palestiniens qui exhorte la population à ne pas s’approcher des zones frontalières tant que le retrait des forces israéliennes n’aura pas été officiellement annoncé et confirmé par les autorités.
Des centaines de milliers de Palestinien-nes ont été déplacé-es à plusieurs reprises au cours de deux années de guerre et souhaitent désespérément rentrer chez eux, mais la présence israélienne continue dans ces zones rend cela peu probable à court terme.
La première phase de l’accord stipule qu’Israël, qui contrôlait jusqu’à hier plus de 80% Gaza, se retirerait derrière ce qui a été désigné comme « la ligne jaune », maintenant son emprise sur 53% de l’enclave, dont les sites de Beit Lahiya, Beit Hanoun, de quartiers de Shujayea, Tuffah et Zeitoun dans la ville de Gaza, de plus de la moitié du gouvernerai de Khan Younis et d’une majeure partie du gouvernerai de Rafah. Israël continuera de contrôler l’ensemble des points d’accès de la bande de Gaza, y compris le passage avec l’Égytpe à Rafah.
Le retrait total de l’armée israélienne de la bande de Gaza, auquel de nombreux ministres israéliens s’opposent, doit intervenir progressivement au cours des deuxième et troisième phase de l’accord.
« Demain, nous seront choqués par le nombre réel de martyrs »
Malgré ces points d’inquiétude, la trêve semble opérer et les journalistes locaux annoncent des mouvements de l’armée israélienne en direction de sa nouvelle ligne.
Ce matin dans la ville de Gaza, les équipes de secours palestiniennes profitent de l’accalmie pour effectuer des opérations sur les sites d’attaques israéliennes antérieures. Elles rapportent avoir extrait depuis ce matin au moins 35 cadavres des décombres.
« Demain, nous serons choqués par le nombre réel de martyrs, de blessés et de disparus, ceux qui sont sous les décombres », déclare Oum Mahdi, une habitante attendant de pouvoir rentrer chez elle, sur Al Jazeera. « Ces deux dernières années, j’ai vu tout ce qu’il était possible d’imaginer, tout ce qu’il y avait de plus douloureux. Nous avons vu des massacres, la mort, des camions remplis de cadavres, des charrettes tirées par des animaux. »
La fin du génocide « paraît irréelle », explique le journaliste Ahmed al-Najja, qui rappelle les précédentes violations des accords de paix par Israël. « C’est une douleur collective partagée par toute la population de Gaza. Mais la douleur est différente d’un individu à l’autre »



