Malgré ses engagements dans l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur il y a deux semaines, Israël continue de bloquer l’entrée de l’aide humanitaire.
Par l’Agence Média Palestine, le 23 octobre 2025

Israël bloque arbitrairement les camions humanitaires
Bien que l’accord de cessez-le-feu soit entré en vigueur il y a maintenant deux semaines à Gaza, Israël continue de ne pas respecter ses engagements en bloquant le passage de Rafah. Cela restreint d’une part drastiquement les entrées d’aide humanitaire, mais bloque également l’évacuation de malades et de blessé-es, alors que le système de santé a été presque entièrement détruit par les bombardements et les restrictions israéliennes.
Le passage est fermé depuis le 7 mai 2024, pris d’assaut par les forces israéliennes lors de leur invasion de la ville de Rafah. La Cour internationale de justice (CIJ), a ordonné à Israël de rouvrir le point de passage de Rafah le 24 mai 2024, à la suite d’une requête d’urgence déposée par l’Afrique du Sud, mais le point de passage est resté fermé, l’accès n’étant possible que de manière limitée via le point de passage adjacent de Karem Abu Salem.
Un seul autre point de passage, celui d’Al Karara dans le centre de l’enclave, est partiellement ouvert au passage des camions humanitaires. Les ONG dénoncent des contrôles excessivement longs et des autorisations délivrées au compte-goutte, avec environ 750 tonnes de nourriture qui entrent quotidiennement, bien loin en dessous des 2 000 tonnes exigées par l’ONU et prévues par l’accord.
Alors que la Cour Internationale de Justice a statué mercredi qu’Israël avait l’obligation de veiller à ce que les « besoins fondamentaux » de la population de Gaza soient satisfaits, 41 organisations humanitaires, dont Oxfam, ont publié jeudi une lettre ouverte accusant Israël de refuser « arbitrairement » les livraisons d’aide à Gaza, affirmant que le gouvernement israélien bloquait systématiquement leurs demandes visant à lancer des efforts humanitaires sérieux.
« Entre le 10 et le 21 octobre, 99 demandes d’ONG internationales visant à acheminer de l’aide à Gaza ont été rejetées, tandis que six demandes soumises par les agences des Nations unies ont été refusées », indique la lettre. « L’aide refusée par les autorités israéliennes comprend des tentes et des bâches, des couvertures, des matelas, des denrées alimentaires et des produits nutritionnels, des kits d’hygiène, du matériel sanitaire, des appareils fonctionnels et des vêtements pour enfants, qui devraient tous être autorisés sans restriction pendant le cessez-le-feu. »
La famine persiste
En conséquence de ces restrictions illégales, la situation à Gaza « reste catastrophique, car les approvisionnements sont insuffisants », déclarait mercredi Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé.
Le porte-parole a déclaré que l’agence des Nations unies disposait désormais de 26 points de distribution alimentaire ouverts à Gaza, contre cinq vendredi, mais que ce chiffre était encore loin des 145 qu’elle espère gérer sur l’ensemble du territoire. La plupart se trouvent dans le sud et le centre de la bande de Gaza.
L’ONU a estimé qu’au moins un quart de la population, dont 11 500 femmes enceintes, souffre de la famine, avertissant sur les séquelles que cette famine laissera sur les enfants à naître.
Andrew Saberton, directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), précise que soixante-dix pour cent des nouveau-nés sont prématurés ou présentent une insuffisance pondérale, contre 20 % avant octobre 2023. « La malnutrition aura des effets générationnels, non pas sur la mère, mais sur le nouveau-né, ce qui entraînera probablement des soins et des problèmes encore plus longs tout au long de la vie du bébé », explique-t-il.
De nombreux Palestinien-nes de Gaza stockent les vivres qu’ils reçoivent, craignant que les approvisionnements ne s’épuisent à nouveau. « Ils en mangent une partie, rationnent et conservent une partie des vivres pour les cas d’urgence, car ils ne savent pas vraiment combien de temps le cessez-le-feu va durer et ce qui va se passer ensuite », expliquait la porte-parole du PAM, Abeer Etefa, lors d’une conférence de presse à Genève mardi.
Funérailles anonymes
Malgré la fragilité du cessez-le-feu en raison des nombreuses violations israéliennes, les échanges de prisonnier-es prévus par l’accord de Trump se poursuivent, avec la restitution progressive des dépouilles palestiniennes et israéliennes.
Si les corps restitués par la Hamas des prisonniers israéliens qui étaient détenus à Gaza ont été immédiatement identifiés, nommés et leur histoire racontée par les médias, il n’en est malheureusement pas de même pour les corps des Palestinien-nes restitués par Israël.
Parmi les 135 prisonnier-es palestinien-nes restitués par Israël, beaucoup présentaient des signes de torture et d’exécution. Certains étaient enchaînés, d’autres simplement méconnaissables.
Suite à cela s’est tenu mercredi à Deir-al Balah un enterrement à la tristesse toute particulière : celui de 54 de ces corps qui, malgré les efforts des équipes médico-légales, n’avaient pas pu être identifiés.
Des images montrent les sacs posés au sol, des secouristes rassemblé-es pour prier les mort-es, et des proches de disparu-es venu-es avec l’espoir de reconnaître l’un des corps. « Chaque jour, je viens ici, peut-être que je le reconnaîtrai à ses vêtements ou au pantalon qu’il portait depuis le 7 octobre », explique Umm Hassan Hammad, qui continue de rechercher le corps de son fils, disparu il y a deux ans.
Outre les 360 corps détenus que l’armée israélienne s’est engagée à restituer dans le cadre de l’accord Trump, plus de 10 000 dépouilles sont estimées ensevelies sous les décombres de Gaza, après deux ans de bombardements massifs.
Environ 20 % de la population palestinienne a été arrêtée ou détenue par Israël au cours des dernières décennies, et que la situation dans les prisons israéliennes s’est considérablement détériorée depuis le début de la guerre contre Gaza en octobre 2023, avec au moins 80 Palestinien-nes décédé-es des suites de mauvais traitements lors de leur détention ces deux dernières années.



