Deux Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza hier. Au même moment, les Etats-Unis annonçaient un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour soutenir le plan de paix de Donald Trump à Gaza. Pourtant, la première partie de l’accord de cessez-le-feu est déjà largement fragilisée par les violations répétées d’Israël.
Par l’Agence Média Palestine, le 6 novembre 2025.

Ils sont morts hier, abattus par l’armée israélienne dans le centre de la bande de Gaza, deux Palestiniens qualifiés de “terroristes” pour justifier leur assassinat par le régime génocidaire. Dans son communiqué officiel, l’armée d’occupation israélienne a déclaré “qu’ils s’approchaient des soldats israéliens d’une manière qui constituait une menace pour eux”. Ils sont morts car ils ont traversé la fameuse ligne jaune, invoquée à de multiples reprises pour justifier les meurtres de Palestinien·es depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu.
Le piège de la ligne jaune
La ligne jaune en question coupe la bande de Gaza en deux zones distinctes. La zone à l’ouest est gouvernée par le Hamas et c’est en son sein que s’entassent plus de deux millions de Gazaouis éprouvés par le génocide. A l’est, Israël règne en maître sur 58% de l’enclave palestinienne. Cette zone n’est pourtant pas destinée à rester aux mains de l’État israélien. Elle devait servir de zone de repli pour l’armée avant son retrait de la bande de Gaza dans le cadre des différentes étapes de l’accord de cessez-le-feu.
En attendant, l’armée israélienne y construit des fortifications, comme pour signifier qu’elle ne se retirera pas si facilement. Le Hamas ne contrôle donc pour le moment que 42% de la bande de Gaza. Et la traversée de cette fameuse ligne jaune de démarcation est souvent synonyme de mort pour les Gazaouis, qu’ils l’aient effectuée volontairement ou non. Elle reste donc un élément déterminant de la propagande coloniale depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu pour justifier les violations à répétition de cet accord par Israël.
La partie de l’enclave palestinienne sous domination israélienne devait normalement être administrée par une force internationale encore indéterminée, mais les Israéliens ne semblent pas vouloir passer la main comme l’explique un article du média +972 traduit par l’Agence Média Palestine : “L’ouest de Gaza commence à ressembler au sud du Liban, que l’armée israélienne continue de bombarder régulièrement depuis la signature d’un cessez-le-feu avec le Hezbollah en novembre dernier”. Plus de 200 Palestiniens de Gaza sont morts tués par l’armée israélienne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Le projet de résolution américain au Conseil de sécurité
Dans le cadre des discussions autour des prochaines étapes de l’accord, les Etats-Unis ont annoncé hier un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier est directement lié aux interrogations qui entourent la mise en place d’une force internationale de gouvernance de la bande de Gaza. D’après Mike Waltz, ambassadeur américain auprès des Nations Unies, le projet “autorise la force de stabilisation internationale esquissée dans le plan de paix en 20 points du président Trump”.
Ce plan en vingt points, dont nous avions détaillé les ressorts ici, reste un point d’achoppement crucial. La question du désarmement du Hamas est centrale, et la majorité des Palestinien·nes n’y sont pas favorables. Pour autant, les Etats-Unis, éternels complices du génocide israélien, continuent leur mission diplomatique afin de se poser en promoteurs de la paix. Ils ont d’ailleurs fait valoir un soi-disant “soutien régional” à leur projet de résolution en invitant l’Egypte, le Qatar, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et la Turquie lors de sa réunion hier avec les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.
268 000 logements détruits par Israël
Pendant que les grandes puissances se disputent l’avenir de la bande de Gaza, la situation sur le terrain est toujours aussi désastreuse. Le Bureau des médias gazaoui a annoncé aujourd’hui que près de 268 000 logements ont été détruits par les bombardements israéliens depuis le 7 octobre 2023. Des bombardements qui se poursuivent encore depuis l’accord de cessez-le-feu bien qu’ils soient moins fréquents. Aujourd’hui encore, des frappes aériennes ont eu lieu sur l’est de la ville de Gaza, détruisant plusieurs immeubles.
Ces destructions de logements ont laissé 288 000 familles palestiniennes à la rue, créant une véritable crise d’hébergement dans l’enclave. Le Comité pour les personnes disparues à Gaza estime la présence d’environ 10 000 personnes sous les décombres des immeubles bombardés : “ Nous appelons la communauté internationale à envoyer des équipes internationales pour récupérer les corps des personnes disparues. Nous appelons la communauté internationale à fournir l’équipement nécessaire pour récupérer les corps.”
L’Office des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a déterminé à l’aide de satellites onusiens qu’environ 80% des structures à Gaza ont été détruites ou endommagées par les frappes aériennes d’Israël. “Les bombardements israéliens ont détruit des maisons, des hôpitaux et des réseaux d’approvisionnement en eau, laissant les infrastructures de Gaza en ruines” précise Middle East Eye.
Quant aux bâtiments qui tiennent encore debout, nombre d’entre eux ne constituent pas un refuge stable pour les Gazaouis. Certains menacent de s’effondrer, à l’image de cet immeuble qui s’est écroulé aujourd’hui dans le quartier de Daraj à Gaza-ville. L’UNRWA a alerté : “Les familles qui rentrent chez elles sont également exposées au risque des munitions non explosées.”
100 camions d’aide par jour
Les déplacés gazaouis qui retournent vers le nord par dizaines de milliers depuis plusieurs semaines sont confrontés à la crise du logement, mais aussi à la faim et au froid. Malgré l’accord de cessez-le-feu, le blocus israélien empêche toujours l’aide humanitaire des organisations internationales d’entrer efficacement dans l’enclave palestinienne. Au lieu des 500 camions prévus par jour, le Conseil norvégien pour les réfugiés affirme que seuls 100 camions atteignent l’enclave quotidiennement, un chiffre largement insuffisant : “La plupart des gens n’ont pas de tentes, ceux qui en ont sont chanceux”.
Shaina Low, conseillère en communication au sein de cette organisation, poursuit : “Nous demandons simplement l’acheminement de fournitures d’urgence pour les abris, comme des tentes, des bâches… qui permettront d’offrir un minimum d’abri pour l’hiver.” La baisse des températures est déjà amorcée, et préfigure une aggravation de la situation humanitaire. Dans un communiqué publié mardi, le Programme alimentaire mondial a affirmé que 50% seulement des denrées alimentaires nécessaires parvenaient dans la bande de Gaza.
D’après le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 10% des enfants examinés à Gaza souffrent encore de malnutrition aiguë. Amjad El-Shawa, directeur du Réseau des ONG palestiniennes, tire la sonnette d’alarme : “L’hiver approche à grands pas, ce qui signifie que des pluies et des inondations sont à prévoir, et qu’il existe un risque de propagation de nombreuses maladies en raison de la présence de centaines de tonnes de déchets à proximité des centres urbains.”
Depuis le 7 octobre 2023, 68 875 Gazaouis sont morts d’après le dernier bilan du ministère de la Santé gazaoui publié hier.



