Près d’un mois et demi après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le Conseil de sécurité doit valider ce soir la proposition de résolution américaine sur le partage et la gouvernance de l’enclave palestinienne. Le caractère impérialiste de ce plan élaboré sans les Palestinien·nes, principaux concernés, et les velléités colonisatrices israéliennes interrogent la durabilité du cessez-le-feu.
Par RM pour l’Agence Média Palestine, le 17 novembre 2025.

C’est l’avancée nécessaire au passage à la seconde étape de l’accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza. La résolution américaine, basée sur le plan de partage de l’administration Trump présenté à la fin du mois de septembre, sera discutée et votée ce soir au Conseil de sécurité de l’ONU. Au cœur des débats se trouve entre autres le déploiement d’une Force de Stabilisation Internationale (FSI).
Ce texte sera soumis au vote du Conseil de sécurité à 23 heures (heure de Paris) aujourd’hui. Il mentionne pour la première fois l’éventualité d’un Etat palestinien, d’après l’AFP qui a pu consulter cette nouvelle mouture. Une modification qui n’est pas du tout au goût du gouvernement israélien, farouchement opposé à la création d’un État indépendant pour les Palestinien·nes.
Intervention internationale et démilitarisation de Gaza
Dans la proposition débattue ce soir, on retrouve plusieurs éléments déjà présents dans le plan en vingt points de Trump sur lequel se base ce nouveau texte.
La création d’une FSI devrait être entérinée. Elle serait chargée de veiller à la sécurisation des frontières partagées avec Israël et l’Egypte (le point de passage de Rafah, toujours fermé à ce jour), en coopération avec les gouvernements de ces pays. Son rôle consistera aussi à organiser la démilitarisation de la bande de Gaza.
Pour ce faire, il va falloir régler la question épineuse du désarmement des “groupes armés non étatiques” comme le Hamas. Une mesure souhaitée par Israël notamment mais que la majorité des Palestinien·nes désapprouvent. C’est cette FSI qui devra s’occuper de cette question, ainsi que de la protection des civils et de la formation d’une police palestinienne.
A quelques heures du vote de ce projet de résolution au Conseil de sécurité, la composition d’une telle force avec des responsabilités majeures n’est pourtant toujours pas déterminée.
Ce texte marque sans aucun doute une victoire diplomatique pour l’administration Trump, qui revendique cette position d’acteur de la paix, bien que les politiques américains ont soutenu le génocide à Gaza depuis deux ans, qu’ils soient les gouvernants d’aujourd’hui ou d’hier (Biden avait à la fin 2023 soutenu le droit d’Israël à se défendre après les attaques du 7 octobre).
Autre point évoqué dans le projet américain discuté ce soir : la création d’un “comité de la paix” avec un mandat jusqu’au 31 décembre 2027. Ce comité ferait office d’organe “de gouvernance de transition” en attendant la réforme de l’Autorité palestinienne. Il serait présidé par Donald Trump, conformément au plan en vingt points initialement réfléchi par son administration.
“Imposer une tutelle étrangère”
Le projet de résolution se heurte à la critique de plusieurs groupes palestiniens, notamment concernant le caractère impérialiste du texte. Le Hamas a d’ores et déjà condamné un plan qui “reviendrait à confier la gouvernance et la reconstruction de Gaza à un organisme supranational, privant ainsi les Palestiniens de leur autonomie, et ont qualifié les projets de création d’une force internationale d’imposition d’une tutelle étrangère.”
Même colère pour le Palestinian Youth Movement, qui a déclaré sur X : “ Nous rejetons la tentative américaine et impérialiste, à travers cette résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, de réhabiliter et de renforcer davantage le projet sioniste en Palestine et dans tout le monde arabe. Nous appelons les personnes de conscience partout dans le monde à poursuivre la lutte contre cette résolution et tout ce qu’elle représente.”
Comme détaillé dans les colonnes d’Al Jazeera, les Palestinien·nes ont été mis à l’écart dès le départ dans tous ces projets de plan pour la paix sur leur propre territoire : “ Des critiques ont été formulées selon lesquelles les voix et les aspirations palestiniennes ont été mises de côté dans tout le spectacle entourant le plan de Trump pour Gaza depuis son lancement, qui s’est accompagné de la fanfare habituelle du président américain ”.
L’administration américaine, forte du soutien accordé par plusieurs pays arabes à son plan (les EAU, le Qatar ou encore l’Egypte), ne mâche pas ses mots, à l’image de cette déclaration de l’ambassadeur à l’ONU Mike Waltz : “ Tout refus de soutenir cette résolution est un vote en faveur de la poursuite du règne des terroristes du Hamas ou en faveur de la reprise de la guerre avec Israël, condamnant la région et sa population à un conflit perpétuel ”. Le message est clair : c’est nous ou le chaos.
Ce dimanche, plusieurs groupes de résistance palestiniens dont le Hamas ont appelé l’Algérie, membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, à agir grâce à sa voix temporaire ce soir pendant le vote : “ Nous lançons un appel sincère et fraternel à la République algérienne, à son gouvernement et à son peuple, afin qu’ils continuent à adhérer à leurs positions de principe en faveur de la Palestine et à leur rejet catégorique de tout projet visant l’identité de Gaza et le droit de notre peuple à l’autodétermination.”
Dans ce même communiqué, le déploiement d’une force de stabilisation internationale est décrit comme “ une nouvelle tentative visant à imposer une autre forme d’occupation sur notre territoire et notre peuple, et à légitimer une tutelle étrangère ”. Quoiqu’il en soit, tous les pays favorables à la création de cette force ont affirmé qu’ils y participeraient uniquement dans le cadre d’un mandat international de l’ONU.
De son côté, Israël continue de refuser le déploiement d’une force dans laquelle des troupes turques seraient parties prenantes, bien que le pays a joué un rôle important dans les négociations pour atteindre un cessez-le-feu.
Un Etat palestinien impossible pour Israël
Si la majorité du contenu de la proposition de résolution discutée ce soir reste un calque du plan de paix imaginée par l’administration Trump, une modification légère de ce texte apparaît dans la dernière version du projet, mais qui pèse symboliquement très lourd : “ Les conditions pourraient finalement être en place pour un chemin crédible vers une autodétermination palestinienne et un statut d’Etat ”.
Une disposition inenvisageable pour le gouvernement israélien et son chef Benjamin Netanyahu. Ce dernier a rappelé hier : “ Notre opposition à la création d’un Etat palestinien sur quelque territoire que ce soit n’a pas changé” […] Gaza sera démilitarisée et le Hamas sera désarmé, que ce soit par la manière douce ou par la manière forte. Je n’ai besoin ni de renforts, ni de tweets, ni de leçons de la part de qui que ce soit ”. Une réponse sans équivoque qui renforce l’instabilité d’un cessez-le-feu pour le moins illusoire.
En réalité, Netanyahu est lui même sous la pression de l’aile droite de son gouvernement, notamment des figures d’extrême-droite telles qu’Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. Ce dernier s’est exprimé sur X, exigeant une réaction claire du chef du gouvernement israélien : “ Formulez immédiatement une réponse appropriée et décisive qui fera clairement comprendre au monde entier qu’aucun État palestinien ne verra jamais le jour sur les terres de notre patrie.” Il avait accusé Netanyahu d’être resté silencieux après la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays au mois de septembre.
Dans le même temps, Ben Gvir qualifiait l’identité palestinienne “ d’invention ”. L’actuel ministre israélien de la Sécurité nationale avait d’ailleurs déclaré que son parti Otzma Yehudit ne ferait partie “ d’aucun gouvernement qui accepterait ” la création d’un Etat palestinien.
Du côté de l’État-major israélien, les déclarations va-t-en guerre se multiplient, alors même que le cessez-le-feu est officiellement en vigueur. Le chef de l’armée Eyal Zamir a affirmé hier : “ Nous devons être prêts à lancer une offensive pour occuper des zones de l’autre côté de la ligne jaune ”. Cette ligne jaune délimite les franges de la bande de Gaza sous contrôle israélien depuis l’accord du 10 octobre. Pour Eyal Zamir, il faut “ insister sur le fait que le Hamas ne pourra pas s’installer de l’autre côté de la frontière […] Nous y parviendrons par la voie de l’accord ou par la force ”. Une affirmation de plus qui suggère un cessez-le-feu sans aucune valeur aux yeux de l’Etat génocidaire israélien.
Le vote de ce soir, même s’il débouche sur la validation du projet américain pour Gaza, ne marquera pas la fin du génocide et de la colonisation en Palestine. Le Palestinian Youth Movement persiste : “ Le peuple palestinien de Gaza a tout sacrifié pour préserver son droit à rester sur sa terre et à déterminer son propre destin et son propre avenir. Nous ne devons pas nous laisser bercer par un faux sentiment de complaisance. La lutte se poursuit pour obtenir un embargo sur les armes, des sanctions et le plein droit au retour et à l’autodétermination, de la mer au Jourdain ”.



