Les attaques israéliennes se poursuivent dans la bande de Gaza, un mois et demi après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. L’armée israélienne renforce ses positions autour de la ligne jaune dans l’enclave palestinienne, tandis que la situation humanitaire se dégrade avec le climat à l’approche de l’hiver.
Par l’Agence Média Palestine, le 27 novembre 2025.

De nouvelles explosions ont retenti ce matin dans la bande de Gaza. Ces explosions dûes à des frappes aériennes de l’armée israélienne se sont concentrées sur le sud et le centre de l’enclave assiégée. Depuis le début du cessez-le-feu, les attaques de l’Etat génocidaire ont fait 357 morts côté palestinien, violant l’accord plus de 500 fois.
Des bombardements destructeurs derrière la ligne jaune
Les dernières frappes se sont concentrées sur le camp d’Al-Bureij, au centre de la bande de Gaza, et sur Rafah, au sud. Même chose à Khan Younis. Plusieurs d’entre elles ont eu lieu au-delà de la ligne jaune, dans la zone censée être contrôlée par les Palestiniens conformément à l’accord de cessez-le-feu. Pourtant, Israël n’a de cesse de tester les limites de cet accord, menant des actions en-dehors de sa zone régulièrement, tout en poursuivant la fortification d’une ligne jaune pourtant temporaire.
Ces opérations sont confirmées par des reporters d’Al Jazeera sur place : “L’armée israélienne a également mené une opération de démolition avec des tirs nourris depuis ses hélicoptères derrière la ligne jaune à l’est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza.”
Ces attaques israéliennes répétées et quasi-quotidiennes sont devenues le cauchemar de la population gazaouie. Faiq, habitant de Gaza-ville, décrit son ressenti à Al Jazeera après la vague de bombardements israéliens qui a fait 24 morts samedi dernier : “C’est un cauchemar, pas un cessez-le-feu […] Après un moment de calme, la vie redevient soudainement comme si c’était la guerre. On voit des morceaux de corps, de la fumée, du verre brisé, des personnes tuées, des ambulances. Des scènes dont nous ne nous sommes toujours pas remis et qui restent gravées dans nos mémoires.”
Faiq a déjà perdu trente membres de sa famille depuis le 7 octobre 2023. Il a perdu tout espoir. Et depuis le début du cessez-le-feu, chaque explosion est une nouvelle plongée en enfer : “Tous les quelques jours, une vague de bombardements et de frappes ciblées s’abat sur la ville, et tout est bouleversé sans avertissement.”
Quatre membres du Hamas tués hier
Mercredi 26 novembre, quatre combattants du Hamas ont été abattus par les forces armées israéliennes, alors qu’ils sortaient d’un tunnel du côté israélien de la ligne jaune. Et pour cause, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plusieurs membres de cette organisation palestinienne sont toujours piégés dans ces tunnels qui débouchent sur la zone de l’enclave actuellement sous contrôle d’Israël, et risquent d’être abattus à vue par l’armée génocidaire. 20 d’entre eux ont déjà été tués en une semaine d’après les autorités israéliennes.
Le Hamas réclame à la communauté internationale de faire pression sur le gouvernement Netanyahu pour garantir un passage libre et sécurisé des combattants vers la surface : “Nous tenons Israël pleinement responsable de la vie de nos combattants et appelons nos médiateurs à prendre des mesures immédiates pour faire pression sur Israël afin qu’il permette à nos fils de rentrer chez eux”. Israël est accusé par le Hamas de violer le cessez-le-feu en visant ces combattants “piégés dans les tunnels sous Rafah”.
En parallèle, un autre citoyen gazaoui est mort abattu par les forces armées israéliennes. Une fois de plus, ce dernier posait soi-disant une menace pour l’armée lorsqu’il aurait tenté de traverser la fameuse ligne jaune.
Le passage à la deuxième phase traîne
La ligne jaune, qui trace la limite entre la partie contrôlée par l’armée israélienne et l’autre partie administrée par le Hamas, cristallise toujours les tensions. Actuellement, 54% de l’enclave palestinienne est sous domination israélienne. Mais cette partition n’est censée être que temporaire. Pourtant, les forces israéliennes ont été aperçues à de maintes reprises essayant de déplacer cette ligne symbolisée notamment par des blocs de béton jaunes.
A certains endroits dans l’enclave, l’armée israélienne commence déjà à fortifier ces positions autour de cette ligne, laissant penser qu’elle ne compte pas se retirer de sitôt. Tout dépend de l’avancée des puissances occidentales, en tête desquelles se trouve les Etats-Unis, autour des négociations pour le passage à la seconde étape du plan Trump avalisé la semaine dernière par l’ONU dans une décision majeure du Conseil de sécurité.
Un gouvernement de transition technocratique est censé être constitué sous la supervision du “comité de paix” présidé par Trump, mais les discussions sont en réalité au point mort. Ce processus est rejeté en bloc par le Hamas qui y voit une soumission de la bande de Gaza au bon vouloir des dirigeants impérialistes occidentaux.
Du côté d’Israël, la situation rampante actuelle permet à l’État génocidaire de poursuivre ses attaques moins régulièrement mais en maintenant la population dans une situation de terreur et de précarité extrême. Pour Ahed Farwana, analyste politique palestinien interrogé par Al Jazeera, “l’occupation israélienne s’efforce de consolider une situation similaire à celle qui prévaut dans le sud du Liban en aggravant la situation de temps à autre et en multipliant les assassinats.”
Ce dernier est convaincu que Netanyahu ne souhaite pas passer à la seconde phase, qui forcerait une discussion sur la reconstruction et l’administration de la bande de Gaza. En attendant, Israël prévoit de “s’emparer d’autant de terres que possible dans la bande de Gaza et d’avoir ainsi le dessus dans tout accord futur”.
“Notre vie est une guerre sans guerre réelle”
Pendant que les puissances mondiales se disputent le leadership sur la bande de Gaza sans les Palestiniens, la réalité sur le territoire s’aggrave. De nouvelles pluies diluviennes ont frappé le territoire en début de semaine, alors que des centaines de milliers de Gazaouis survivent dans des camps de fortune sans disposer de matériel suffisant pour se loger décemment.
D’après le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), “plus de 4000 bâches ont été distribuées à 13000 foyers de Khan Younis et Deir Al-Balah”. Pour autant, OCHA affirme que les besoins réels sont largement plus élevés. Mais Israël continue de filtrer drastiquement l’entrée du matériel humanitaire et notamment de tout ce qui constitue un rempart contre le froid et les intempéries : tentes, duvets… Si 30 000 tentes ont été distribuées ces dernières semaines, il en faudrait dix fois plus.
Pour Raghda, habitante de l’enclave palestinienne, chaque jour marque le début d’une nouvelle mission pour trouver de la nourriture et de l’eau : “Nous n’avons aucun revenu. Notre vie est inexistante. Nous vivons grâce à la cuisine communautaire et à l’eau. Notre vie est une guerre sans guerre réelle.”
Depuis le 7 octobre 2023, plus de 100.000 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, d’après une nouvelle étude de l’Institut Max Planck.
L’ONG Amnesty International condamne aussi dans un nouveau document publié ce jeudi 27 novembre les exactions de l’armée israélienne et confirme que le génocide se poursuit malgré l’accord de cessez-le-feu. Selon Agnès Callamard, secrétaire générale de l’organisation, “si les autorités et les forces israéliennes ont réduit l’ampleur de leurs attaques et autorisé l’entrée d’une aide humanitaire limitée à Gaza, le monde ne doit toutefois pas se laisser berner. Le génocide perpétré par Israël n’a pas pris fin.”



