L’armée israélienne lance une opération militaire de grande envergure dans le nord de la Cisjordanie, affirmant qu’elle vise à empêcher le regroupement des groupes de résistance armés dans le district de Tubas. Mais la véritable raison pourrait être liée à l’expansion des colonies.
Par Shatha Hanaysha, 26 novembre 2025

Photographe : Mosab Shawer
L’armée israélienne a annoncé le lancement d’une opération militaire dans le nord de la Cisjordanie, concentrée sur quelques villages et villes situés à l’extérieur de la ville de Tubas. Les forces israéliennes ont pénétré mercredi dans le gouvernorat de Tubas, déployant des unités des brigades Menashe, Shomron et Commando.
L’armée israélienne a déclaré le X qu’elle visait à « renforcer son contrôle sur la région » dans le cadre d’opérations plus larges dans le nord de la Cisjordanie, affirmant que l’opération de Tubas avait pour but d’empêcher la reconstitution de groupes de résistance armés dans le gouvernorat.
Mais des sources locales ont déclaré à Mondoweiss qu’il ne s’agissait là que d’un prétexte. La véritable raison de cette mobilisation militaire à grande échelle est de préparer le terrain pour la confiscation de vastes étendues de terres en vue d’un prochain projet de colonisation.
Voici ce que vous devez savoir.
Villes et villages assiégés
L’opération, qui a débuté peu après minuit, a placé Tubas et les villes environnantes de Tammun, Aqaba, Tayasir et Wadi al-Fara sous siège. Quelques heures plus tôt, les forces israéliennes avaient investi de vastes zones du gouvernorat, y compris les villages voisins d’al-Badhan et de Talluza, isolant Tubas à l’aide de barrages routiers, de monticules de terre et de points de contrôle.
Les soldats sont entrés avec des renforts, des bulldozers et des hélicoptères Apache, qui ont ouvert le feu sur des zones résidentielles, selon le maire de Tubas, Mahmoud Daraghmeh, qui a déclaré à Mondoweiss que c’était la première fois depuis la deuxième Intifada que des hélicoptères étaient utilisés à Tubas.
M. Daraghmeh a déclaré que l’opération, qui devait se poursuivre pendant plusieurs jours, avait commencé par des incursions coordonnées et des raids de maison en maison dans toute la ville et les villes environnantes.
À Tammun, les soldats ont endommagé les infrastructures et coupé l’électricité et l’eau dans plusieurs rues. Selon des informations locales, les forces israéliennes ont transformé plusieurs maisons en bases militaires, expulsé les familles qui y résidaient et leur ont ordonné de ne pas revenir pendant plusieurs jours. L’armée a également arrêté plus de 22 jeunes hommes et les a interrogés sur place. Vers 20 heures, heure locale, l’armée israélienne avait arrêté plus de 73 personnes.
Ahmad Assad, gouverneur de Tubas et de la vallée du Jourdain nord, a déclaré à Mondoweiss que les forces israéliennes avaient imposé un couvre-feu total, restreint les déplacements des ambulances et des équipes médicales et bloqué l’accès aux patients nécessitant des soins urgents.
Ces informations ont été corroborées par une déclaration de la Société du Croissant-Rouge palestinien (PRCS) plus tard dans la journée, faisant état de 10 blessés suite à des « coups violents ». Quatre d’entre eux ont été hospitalisés, tandis que les six autres ont été soignés sur place.
L’organisation a ajouté que ses équipes avaient été confrontées à des obstructions continues de la part des forces israéliennes à Tubas et Tammun depuis l’aube, et qu’elles avaient transporté 30 cas médicaux à l’hôpital, dont 20 patients sous dialyse rénale et une personne décédée.
Un objectif principal : la confiscation des terres
Une source locale qui s’est entretenue avec Mondoweiss sous couvert d’anonymat a déclaré que le véritable objectif de l’opération n’était pas d’empêcher la reconstitution de groupes de résistance dans le gouvernorat, mais bien la confiscation des terres pour l’expansion des colonies.
« L’armée utilise ces revendications pour faciliter l’expansion des colonies à Tubas et dans la vallée du Jourdain », a déclaré la source à Mondoweiss, affirmant que l’opération vise à faire pression sur les habitants pour qu’ils quittent la région avant la construction d’une nouvelle route et d’un poste de contrôle militaire annoncés en début de semaine, afin de garantir une résistance minimale une fois que la confiscation des terres aura commencé.
« Ils veulent s’assurer qu’il n’y aura aucune réaction de la part des habitants une fois que la construction de la route aura commencé, ce qui entraînera de fait la confiscation de terres », a déclaré la source.
Le 22 novembre, la Commission de résistance au mur et aux colonies a rapporté que les autorités israéliennes avaient saisi 1 042 dunams de terres palestiniennes dans le nord de la vallée du Jourdain grâce à neuf ordres de « confiscation de terres » à des « fins militaires ».
Ces ordonnances visent les villes de Tammun, Tayasir et Talluza, ainsi que la ville de Tubas, afin de tracer une route horizontale partant d’Ein Shibli au sud et atteignant Aqaba au nord.
Muayyad Shaban, président de la commission, explique que ces ordonnances représentent un « changement qualitatif » dans l’utilisation par l’occupant des ordonnances de confiscation de terres à Tubas et dans le nord de la vallée du Jourdain. Bien que ces ordonnances semblent distinctes, M. Shaban indique à Mondoweiss qu’en les superposant sur des cartes, on constate qu’elles forment un seul et même projet cohérent : la construction d’une large route s’étendant sur 22 kilomètres du nord de Tubas vers Tayasir et la vallée du Jourdain.
Shaban précise que cette route traverse de vastes zones agricoles et résidentielles, encercle le hameau de Yarza de tous côtés et vise à priver les habitants de l’accès aux pâturages qui s’étendent à l’est de la route, estimés à des dizaines de milliers de dunams.
Israël la qualifie de « route de sécurité », explique Shaban, un terme généralement utilisé pour désigner les routes de contournement militaires qui permettent à l’armée de contrôler rapidement les vallées et les collines tout en reliant ses bases dans la vallée du Jourdain.
Il souligne que l’ampleur de la route indique qu’il s’agit d’un corridor stratégique plutôt que d’une route militaire temporaire, car elle trace un nouvel axe de circulation reliant la vallée du Jourdain à Israël proprement dit. Cela signifie également un renforcement du contrôle sur les terres agricoles entre Tubas, Tammun et Tayasir, ajoute-t-il, précisant que cela empêche de fait toute continuité géographique palestinienne en dehors du contrôle israélien.
En d’autres termes, les ordres militaires de saisie de terres sont utilisés comme couverture. « L’expérience montre que 90 % des « routes militaires » sont ensuite transformées pour desservir les colonies ou servir de couloirs de séparation entre les communautés palestiniennes », explique Shaban à Mondoweiss.
Daraghmeh affirme qu’Israël a imposé une nouvelle réalité territoriale à Tubas et dans la vallée du Jourdain. Sur les 400 kilomètres carrés de Tubas, 70 % sont situés dans la zone C, c’est-à-dire sous contrôle militaire total d’Israël conformément aux accords d’Oslo. Cette zone abrite sept colonies et neuf sites d’entraînement militaire. Seuls 30 % des terres restantes de Tubas sont classées en zone A, sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, ainsi qu’en zone B, sous le contrôle conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne.
Les avant-postes de bergers se sont rapidement développés, les colons clôturant les terres sous la protection de l’armée. Selon M. Daraghmeh, le nouveau projet routier confisquera les terres palestiniennes restantes pour tracer une route entre Ein Shibli et Aqaba, rompant ainsi la continuité de la vallée du Jourdain.
« Il y a maintenant plus de 27 avant-postes de bergers », explique M. Daraghmeh. « Un colon peut clôturer n’importe quelle zone de son choix et s’en emparer immédiatement, tout en étant naturellement protégé par l’armée israélienne. »
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss



