Lettre de Palestine : à Gaza, perte et espoir sont dans chaque conversation  

Quand je parle à des ami.es et à des membres de ma famille à Gaza, il est impossible d’avoir une conversation sans parler de perte : perte de nos maisons, de nos moyens de subsistance et de nos proches. Mais alors même que nous sommes en train de sortir de deux ans de génocide, l’espoir de notre peuple subsiste. 

Par Tareq S. Hajjaj, le 26 décembre 2025 

Gaza-ville, le 12 décembre 2025 (Photographe : Yousef Zaanoun)

Dans les nombreuses conversations que j’ai avec les membres de ma famille et mes ami.es de la bande de Gaza, ils et elles me parlent de leur vie quotidienne et de la façon dont elle a changé. La situation avant avait son lot de problèmes, mais elle était, en fin de compte et dans une certaine mesure, sûre et joyeuse. C’était un endroit où la famille pouvait se rassembler à la fin de la journée,  une maison, la table du dîner, où l’on discutait, buvait le thé, mangeait des bonbons, puis on allait se coucher.

Quand je parle avec des ami.es et des parents, je me souviens des jours que j’ai passés avec elles et eux à Gaza quand ces rituels étaient encore possibles. Quand je m’asseyais au milieu de ces gens, les conversations tournaient autour du mariage de l’un, de l’autre qui construisait une maison, du diplôme de celle-ci et de divers autres événements. Bien sûr, il y avait toujours une triste nouvelle à annoncer, car à Gaza il y a toujours de tristes nouvelles, mais la joie et le bonheur prévalaient toujours et dominaient dans l’atmosphère.

Aujourd’hui, nombre des membres de ma famille et de mes ami.es ont perdu leur maison, et vivent sous des tentes ou d’autres abris à travers la bande de Gaza. Je parle avec ma sœur des moments que nous avons passé.es ensemble chez elle dans notre quartier d’al-Shuja’iyya, à l’est de la ville de Gaza. Je lui demande alors si, même dans les camps de déplacé.es, la famille se rassemble toujours après le dîner, s’ils rient, socialisent et discutent autour du thé. 

Elle dit que tout a changé pour les gens – même les conversations qu’ils et elles ont. La plupart des discussions tournent autour de la recherche de nourriture, d’eau propre ou de savoir quand ils et elles vont rentrer chez eux et elles. Et quand je parle à ma sœur, ces choses prennent aussi beaucoup de place. 

Elle me dit que le camp dans lequel ils et elles vivent distribue de l’aide alimentaire aux familles, mais elle déplore que son fils marié qui vit séparément avec sa femme, ne reçoive aucune aide parce qu’ils ne sont que deux personnes et non une famille nombreuse.

Ma sœur plaisante et demande : «Parce qu’ils sont deux, un mari et une femme, est-ce que cela signifie qu’ils ne mangent ou ne boivent pas ? »

Quant à ses plus jeunes enfants, âgés de neuf et six ans, ils passent leurs journées dans de longues files d’attente pour obtenir de la nourriture et remplir des jerrycans d’eau pour la famille. Je pose des questions sur leur école ; elle me répond qu’ils y vont maintenant deux à trois jours par semaine. C’est la situation actuelle pour tous les enfants, pas seulement les siens.

La maison de ma sœur, qui abritait neuf personnes, n’est pas seulement à l’intérieur de la «ligne jaune», mais aussi à la frontière orientale de la ville de Gaza, dans le quartier de Shuja’iyya – même si les habitant.es des zones de la ligne jaune sont un jour autorisé.es à revenir, ces zones-ci ne seront probablement plus accessibles parce qu’elles bordent Israël.

Elle me demande souvent, puisque je travaille dans le journalisme, « n’y a-t-il pas de bonnes nouvelles à propos de notre retour chez nous ? » Mais avant que je puisse répondre, elle me devance, en disant: «Je sais que même si les gens reviennent, moi je ne pourrai pas rentrer chez moi.»

Quand je lui rendais visite chez elle, avant que nous soyons tous déplacé.es, je me souviens comment elle décorait la maison avec des fleurs. Elle avait de l’espace à l’extérieur pour cultiver des fruits et des légumes tels que des tomates, des pommes de terre, des oignons, des choux, des aubergines, de la pastèque et de la courge. Elle ramenait toujours de nouvelles choses à la maison à planter, et chaque fois que je lui rendais visite, je trouvais toujours quelque chose de prêt à manger.

Pendant la conversation, elle m’explique comment, même déplacée, elle plante des petits arbres autour de sa tente et les fait pousser, espérant pouvoir en récolter quelque chose – des fruits qui, elle l’espère, nourriront un jour sa famille. Elle m’a envoyé quelques photos, et quand je les ai vues, j’ai compris l’un des secrets de la survie de ce grand peuple qui est le mien : même dans les ruines et exsangues, dans une tente de réfugiés, nous essayons par tous les moyens possibles de recréer de la vie –  rendre la vie possible, et prendre ce que la vie nous offre.



Traduction : LG pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss

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