L’Autorité palestinienne soumet des dossiers concernant le centre historique de Gaza et des sites emblématiques de Cisjordanie à la liste du patrimoine mondial des Nations unies, dans le but de protéger son patrimoine culturel contre les attaques et l’appropriation israéliennes.

Par Mohammad Mansour, le 15 janvier 2026
Pour les Palestinien·nes, préserver leurs terres et leur patrimoine, occupés par Israël depuis 1948, est devenu une priorité nationale. L’Autorité palestinienne a officiellement entrepris d’inscrire 14 nouveaux sites culturels et naturels sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO afin de protéger ses sites culturels et historiques contre l’appropriation et les attaques israéliennes.
« La Palestine n’est pas seulement un espace de conflit politique, mais une civilisation enracinée dans l’histoire de l’humanité », a déclaré Marwa Adwan, directrice générale par intérim du patrimoine mondial au ministère palestinien du Tourisme, à Al Jazeera.
« La Palestine n’est pas seulement un espace de conflit politique, mais une civilisation enracinée dans l’histoire de l’humanité »
« Cette diversité est la réponse la plus forte aux tentatives de monopolisation du récit historique », a-t-elle déclaré, faisant référence aux tentatives israéliennes d’appropriation des symboles de la culture et de l’histoire palestiniennes.
La candidature annoncée par le ministère du Tourisme et des Antiquités le 1er janvier vise à obtenir la reconnaissance internationale des sites patrimoniaux menacés de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza, qui ont été dévastés par la guerre génocidaire menée par Israël. Plus de 200 sites historiques ont été détruits par les bombardements israéliens dans ce que les experts ont qualifié de « génocide culturel ».
La nouvelle liste porte à 24 le nombre total de sites palestiniens inscrits sur la liste indicative, couvrant une vaste période allant des cités-États cananéennes datant de 3 000 avant J.-C. au centre historique de Gaza.
Les 14 sites proposés
Le ministère du Tourisme et des Antiquités a confirmé la liste complète des sites proposés à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). La liste comprend des grottes préhistoriques, des itinéraires religieux et des œuvres d’architecture moderne. Les sites sont les suivants :
- Le centre historique de Gaza, y compris la Grande Mosquée Omari et l’église Saint-Porphyre
- L’église byzantine de Jabalia (Mukheitim)
- Les cités-États cananéennes
- La ville historique de Naplouse et ses environs
- Les miracles de Jésus-Christ en Palestine
- Les monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah)
- Maqamat (sanctuaires) en Palestine
- Système d’approvisionnement en eau de Jérusalem Qanat es-Sabeel
- Jabal al-Fureidis / Hérodium
- La vallée du Bas-Jordán
- Palais archéologiques de Tulul Abu el-‘Alayiq
- Paysage culturel des grottes préhistoriques de Wadi Kharitoun
- Grottes d’habitation (Al-Maghayir) de Palestine
- Architecture moderne en Palestine
Sauvegarder l’histoire de Gaza
Un élément crucial de cette candidature est la protection du patrimoine de Gaza, qui a subi des destructions catastrophiques pendant la guerre génocidaire menée par Israël. La liste comprend la Grande Mosquée Omari, construite il y a près de 1 400 ans, et l’église Saint-Porphyre, toutes deux prises pour cible lors des bombardements israéliens. L’église grecque orthodoxe a été construite en 425.
Mme Adwan a décrit cette initiative comme une étape stratégique pour « l’après-guerre ».
« L’inscription de sites tels que la Grande Mosquée Omari […] constitue une première reconnaissance internationale de leur valeur universelle et de la nécessité urgente de les protéger », a-t-elle expliqué.
« Nous comptons sur l’UNESCO non seulement pour le financement, mais aussi pour documenter les dégâts comme source juridique internationale afin de préserver nos droits culturels. »
« Le patrimoine est un pont »
Cette initiative a suscité une vive réaction de la part du gouvernement israélien, en particulier en ce qui concerne les sites situés dans la zone C de la Cisjordanie, tels que Herodium (Jabal al-Fureidis), qui est sous contrôle militaire israélien total. La zone C représente plus de 60 % de la Cisjordanie.
Selon la chaîne israélienne Channel 14, le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a envoyé mardi une lettre urgente au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qualifiant l’initiative palestinienne de « terrorisme archéologique ».
Eliyahu a exigé la création d’un groupe de travail gouvernemental pour bloquer cette initiative, arguant qu’il s’agit d’un « terrain stratégique pour un combat politique » visant à s’emparer de sites « d’importance historique pour les Juifs ».
« L’absence de réponse sera interprétée sur la scène internationale comme une acceptation tacite », a averti Eliyahu, affirmant que cette initiative est le prélude à des « ingérences juridiques internationales ».
Israël a été accusé d’effacer le patrimoine culturel palestinien et d’utiliser l’archéologie comme une arme pour s’approprier les terres palestiniennes. L’État hébreu a déclaré des dizaines de sites archéologiques palestiniens en Cisjordanie occupée comme « sites du patrimoine israélien » afin de s’emparer des terres palestiniennes et de consolider son occupation.
En septembre 2024, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution demandant à Israël de mettre fin à son occupation de la Palestine dans un délai d’un an. Cette résolution fait suite à la décision de la Cour internationale de justice qui a jugé illégale l’occupation israélienne des territoires palestiniens.
Les responsables palestiniens ont rejeté la version israélienne.
« Le patrimoine n’est pas une arme, mais un pont », a déclaré Mme Adwan à Al Jazeera. « Tenter de lier le patrimoine à la sécurité ou le qualifier de « terrorisme » est une déformation intentionnelle. »
Elle a précisé que les dossiers avaient été sélectionnés sur la base de critères techniques afin de mettre en valeur la diversité religieuse et culturelle de la Palestine, notamment l’itinéraire des « Miracles de Jésus » et les monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah).
« Cela reflète un pluralisme culturel et religieux rare qui doit être préservé pour le bien de l’humanité tout entière », a ajouté Mme Adwan.
Rupture des liens avec l’ONU
La controverse sur le patrimoine survient alors qu’Israël s’apprête à rompre complètement ses relations avec le système des Nations Unies.
Lundi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a annoncé qu’Israël « romprait immédiatement tout contact » avec plusieurs agences de l’ONU, notamment ONU Femmes et le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, invoquant un « parti pris anti-israélien ».
L’année dernière, Israël a expulsé l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), considéré comme une bouée de sauvetage pour les Palestinien·nes des territoires occupés ainsi que pour les réfugié·es palestinien·nes accueillis dans les pays voisins. Plus de 750 000 Palestinien·nes ont été chassé·nes de leur terre natale à la suite du nettoyage ethnique qui a précédé la création d’Israël en 1948.
Cette décision fait suite à la récente décision de l’administration du président américain Donald Trump de se retirer de l’UNESCO pour la deuxième fois. Les États-Unis, l’allié régional le plus proche d’Israël, ont également coupé leurs fonds à l’UNRWA.
Malgré le climat diplomatique hostile, Mme Adwan a insisté sur le fait que la requête palestinienne était un « droit souverain ».
« Ce n’est pas une course contre la montre », a-t-elle déclaré, faisant référence à l’expansion des colonies israéliennes. « Il s’agit d’une mesure stratégique visant à intégrer ces sites dans des plans de protection avant qu’il ne soit trop tard.
Traduction : LD pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera



