Un délai qui doit servir à amplifier la mobilisation : le débat sur la loi Yadan reporté à l’assemblée

L’Agence Média Palestine s’est entretenue avec Gabrielle Cathala, députée France Insoumise à l’Assemblée nationale, sur la proposition de loi Yadan, qui devait être débattue à l’assemblée lundi dernier.

Par l’Agence Média Palestine, le 2 février 2026



“Au fond, vous le savez, votre texte ne permet pas de “lutter contre l’antisémitisme”. Il ne protège pas juifs. Il protège une politique. Celle de l’Etat d’Israël et de ses dirigeants criminels. L’antisémitisme ne se combat ni par l’amalgame, ni par la censure, ni par l’exception pénale, mais par une politique publique globale inscrite dans la lutte contre toutes les formes de racisme.”

C’est en ces mots que la députée Gabrielle Cathala s’est fermement opposée, lors de sa discussion en commission des loisi, à la proposition de loi Yadan, un texte qui prétend lutter contre l’antisémitisme mais vise plutôt à museler l’expression de soutien à la cause palestinienne. 

Un calendrier chargé

Suite à l’acceptation à 18 voix contre 14 de la proposition de loi en commission, le texte devait être débattu à l’assemblée nationale le 26 janvier dernier. À l’annonce du report de ce débat à l’assemblée, l’Agence Média Palestine s’est entretenue avec Gabrielle Cathala, députée France Insoumise et porte-voix de l’opposition à ce texte.

“Dans le calendrier de l’assemblée nationale, les semaines où sont discutées les propositions de lois sont rares, et la “majorité présidentielle” (qui n’a rien d’une majorité) dispose d’un seul après-midi pour porter ses textes au débat, le reste de la semaine est consacré aux textes trans-partisans”, nous explique Gabrielle Cathala. “Or cet après-midi-là, il y avait 4 points à l’ordre du jour, dont le débat sur la proposition de loi pour interdire les réseaux sociaux aux mineurs, une discussion qui a duré plus de 6 heures, ne laissant donc pas le temps d’aborder la proposition de  loi Yadan.”

Ces semaines sont plus rares que celles du gouvernement et leur programme chargé, nous explique la députée, et avec l’interruption des débats durant les élections municipales, le débat pourrait être reporté au 7 avril. Toutefois, le gouvernement a enclenché vendredi 23 janvier une procédure accélérée pour ce texte, confirmant son soutien.

“Il y a donc une possibilité que le gouvernement mette le texte à son propre ordre du jour et qu’il soit discuté avant, une fois passés les débats sur la fin de vie, soit peut-être la semaine du 30 mars.”

Un texte qui rassemble la droite

L’annonce de la procédure accélérée démontre que le gouvernement est favorable à ce texte, mais Gabrielle Cathala note qu’il ne fait pas l’unanimité, y compris dans le camp présidentiel.

“On voit ici, une fois encore, un mouvement de jonction des droites. C’est un texte qui rassemble ces droites pour plusieurs raisons, d’abord pour décrédibiliser le soutien au peuple palestinien et criminaliser son expression, puis pour diaboliser   la France Insoumise en particulier ; mais c’est aussi une occasion pour le Rassemblement National de faire oublier son histoire de parti antisémite et de s’offrir une virginité sur le sujet, alors que le RN reste un parti antisémite.”

Pour ses opposant·es, le texte est une réponse aussi inadaptée que dangereuse à l’antisémitisme. L’union Juive Française pour la Paix (UJFP) considère que le texte de Caroline Yadan constitue “un danger pour les populations assignées comme juives” , en ce qu’elle est porteuse d’une assignation identitaire des Français·es juif·ves au soutien de l’État d’Israël et de sa politique qui les expose.

C’est aussi l’analyse de la plateforme des Plateforme des ONGs françaises pour la Palestine, qui affirme que “ce texte, plutôt que de combattre l’antisémitisme et les autres formes de racisme, cherche à protéger l’État d’Israël des mises en cause liées à ses violations gravissimes et répétées de toutes les règles du droit international et du droit international humanitaire. Au nom de la lutte contre l’antisémitisme, la PPL tente de museler certaines formes de contestation de l’État d’Israël et de sa politique ; en agissant ainsi, elle ne ferait qu’affaiblir et déconsidérer la lutte contre l’antisémitisme.”

Un report qui doit servir à nous organiser

Le report des discussions est, pour l’Association France Palestine Solidarité, “une première satisfaction. A très court terme, les dangers de cette proposition de loi liberticide et destinée à museler les oppositions à la politique israélienne ainsi que les voix de la solidarité avec le peuple palestinien sont, eux aussi, reportés.” Un répit donc, mais qui devra servir à amplifier la mobilisation.

Les organisations de solidarité avec la Palestine sont très mobilisées contre cette loi, et les appels à action sont nombreux. De nombreuses tribunes sont parues : dans l’Humanité, Le Monde, Médiapart, le Nouvel Obs, Libération et une deuxième tribune dans Le Monde. Une lettre argumentée du Bureau de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme a aussi été envoyée à l’ensemble des députés le 22 janvier.

“Le délai que nous offre ce report doit servir à nous organiser, à alerter sur les dangers de ce texte par tous les moyens, à commencer par l’éducation populaire”, déclare Gabrielle Cathala.

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

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