Les réseaux pro-israéliens tentent de salir la réputation du docteur Abou Safiya

Hussam Abu Safiya, le directeur de l’hôpital Kamal Adwan, enlevé par l’armée d’occupation israélienne devant son établissement assiégé à Gaza le 27 décembre 2024 et détenu depuis lors dans des conditions dénoncées par ses proches comme inhumaines, est ciblé ces derniers jours par une campagne calomnieuse de la part des réseaux israéliens et pro-Israéliens. 

Par l’Agence Média Palestine, le 3 février 2026



« Le Dr Hussam Abu Safiya, citoyen d’honneur de la ville de Lyon est donc … un colonel du Hamas, mouvement terroriste islamiste qui a commis les massacres du 7 octobre 2023 », a écrit la députée Caroline Yadan, fervente soutien d’Israël, sur son compte X le 1er février. Avant d’interpeller le maire de Lyon, Grégory Doucet : « Rassurez-nous, après cette preuve accablante, vous n’allez pas maintenir votre inique décision ? »

Pour appuyer son propos, la députée de la 8e circonscription des Français établis hors de France, anciennement membre du groupe Renaissance de la majorité présidentielle (avant de s’en éloigner fin août 2025 quand le président Emmanuel Macron a reconnu l’État de Palestine), a par la même occasion partagé un article du New York Post portant lesdites accusations contre le célèbre docteur. On peut notamment y lire : « Un médecin de Gaza qui a critiqué Israël dans deux tribunes publiées dans le New York Times est colonel du groupe terroriste Hamas, selon un organisme de surveillance israélien et les Forces de défense israéliennes. Hussam Abu Safiya a été photographié portant un uniforme militaire de camouflage du Hamas lors d’un rassemblement d’élites du Hamas pour célébrer l’achèvement de l’hôpital Kamal Adwan en 2016, selon l’ONG de surveillance Monitor, basée à Jérusalem. »

Sur la photo accompagnant l’article, censée servir de preuve ultime à l’accusation, on voit effectivement le docteur Abu Safiya en tenue militaire. Or, comme l’explique le site d’information Drop Site News, le médecin travaillait au sein du Service de santé militaire, « un organisme médical gouvernemental chargé de fournir des soins aux forces de police et de sécurité, équivalent fonctionnel à un corps médical d’État et non à un groupe armé partisan ». L’article du New York Post le reconnaît lui-même indirectement en précisant que la photo en question est disponible sur la page Facebook du Service de santé de Gaza, un groupe « supervisé par le ministère de la Santé du Hamas ». Cette information confirme qu’Abu Safiya travaillait pour un établissement de santé public et non pas pour une faction armée.

La stratégie de déligitimation israélienne vise, comme le fait Caroline Yadan, à effacer la distinction entre les employés civils du gouvernement palestinien et les combattants de la branche armée du Hamas afin de faire accepter au public les enlèvements, les tortures et les meurtres massifs de fonctionnaires de Gaza. La députée française va même jusqu’à tenter d’associer le docteur à l’attaque du 7 octobre 2023. Or, dans l’article du New York Post sur lequel elle s’appuie, il est écrit que : « ni l’ONG Monitor ni l’armée israélienne n’ont accusé Safiya d’avoir participé à des actes terroristes spécifiques. » Une information qui n’a rien de surprenant étant donné que le docteur est détenu depuis plus de 13 mois sans qu’aucune charge n’ait été prononcée contre lui par les autorités israéliennes.

Par ailleurs, selon plusieurs sources locales, le Hamas et les Brigades Qassam, qui sont une milice n’utilisent pas de grades tels que « colonel » pour leurs combattants. Le grade en question désignerait le corps médical du gouvernement palestinien, et non la branche militaire du Hamas. L’uniforme porté par le docteur décrit comme « camouflage Hamas » dans l’article du New York Post n’a aucun lien avec une quelconque faction armée. « Il ne s’agit pas d’un uniforme du Hamas et il n’est ni un “agent”, ni un “colonel ». C’est un uniforme de sécurité nationale qui comprend le corps médical et les secouristes, totalement distinct de la branche militaire. S’il est un tel génie du crime, pourquoi Israël ne l’a-t-il pas inculpé ? » ironise Etan Nechin, correspondant du journal Haaretz à New York.

Selon les récits de sa famille et de son avocate rapportés par Drop Site News, le Dr Abu Safiya a décrit de graves tortures et des traitements dégradants depuis son enlèvement par l’armée israélienne, « notamment le fait d’avoir été déshabillé de force, menotté serré et contraint de rester assis des heures durant sur des pierres pointues au tristement célèbre centre de détention, de torture et de viols de Sde Teiman, géré par l’armée israélienne ». Il a raconté avoir été « battu à coups de matraque, soumis à des chocs électriques et frappé à plusieurs reprises à la poitrine ». Après son transfert à la prison d’Ofer le 9 janvier 2025, il a été maintenu à l’isolement pendant 25 jours, interrogé à maintes reprises, il a perdu connaissance en raison de difficultés respiratoires et a perdu environ 14 kilos, selon les dernières informations rapportées par ses proches.

Israël a systématiquement détruit les infrastructures civiles, y compris les hôpitaux et les centres de santé à Gaza, de sorte que plus aucun hôpital de l’enclave n’est entièrement fonctionnel.

Les personnels soignants sont très régulièrement ciblés, assassinés, blessés ou font l’objet d’arrestations arbitraires, de détentions et de tortures. Le docteur Adnan Al-Borsh éminent chirurgien orthopédiste de l’hôpital Al-Shifa est mort sous la torture en avril 2024 dans la prison d’Ofer où est détenu le directeur de l’hôpital Kamal Adwan. Les proches et soutiens du docteur Abou Safiya craignent que cette campagne de calomnie ne précède de mauvaises nouvelles sur son sort.

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